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Chaud, le monde est chaud!

Nous sommes au solstice d’hiver et on ne parle plus que de cela: le changement de climat. Avant, c’étaient surtout les fermiers qui s’inquiétaient du temps (…) Puis sont venus les vacanciers, d’abord en été, puis toute l’année. Aujourd’hui, c’est la planète entière qui est concernée.

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Les températures montent parce que les gaz à effet de serre (G.E.S) augmentent dans l’atmosphère… Ils sont passés de 0.025 à 0.04% en un bon siècle. C’est quand même 50% de plus. Comme souvent, c’est la dose qui fait le poison car sans G.E.S, la température de la terre serait de -10°C. Brrrr!

C’est grave Docteur? Oui, si cela fait 4 ou 5 degrés à la fin de ce siècle. C’est la différence entre la température actuelle et celle qui régnait il y a 10.000 ans, à la fin de la dernière glaciation, quand les glaces polaires descendaient jusqu’à la frontière belgo-hollandaise, que l’on pouvait se rendre à pied en Angleterre parce que le niveau des mers était 100 m plus bas, que la France ressemblait à la Toundra et que le bassin fertile se trouvait en Mésopotamie.

Mais les choses changent, quoique … Voilà 27 ans que les COP informent au sujet du réchauffement climatique sans en modifier la trajectoire. Apparemment, le temps de réactivité du climat est de 20 ans (cfr. JM Jancovici)

Voilà 27 ans que les incantations commencent toutes par «Le climat est grand et le GIEC est son prophète». Ceci dit, le GIEC en est la caution scientifique la plus crédible.

Voilà 27 ans que, au niveau des États, climatique rime avec hypocrite: «Ce n’est pas ma faute, c’est celle des autres!». Il est vrai que c’est un peu la quadrature du cercle. C’est lié à la démographie et au niveau de consommation. Les deux ont triplé, le temps de ma génération. On peut difficilement les réduire.

Alors, il faut gratter ailleurs. En agriculture par exemple, en cherchant du côté des intrants, donc de l’énergie fossile: le combustible des tracteurs et la fabrication de l’azote minéral. Mais d’autres phénomènes tout-à-fait naturels sont désormais identifiés pour leurs fuites en méthane et protoxyde d’azote, principalement les vaches et les rizières. Pour le coup, l’agriculture ne laisse pas indifférent.

On oublie un peu vite que les ruminants comprennent aussi les moutons, les biches et les chevreuils, et qu’ils ont toujours ruminé pour digérer. Autrement dit, ils n’émettent pas plus qu’avant. Il faudrait donc les sacrifier parce que l’Homo sapiens émet du CO2 abusivement? D’autant que le méthane ne reste pas plus de 10 ou 15 ans dans l’atmosphère, le CO2, c’est à perpète.

Pour les rizières et marécages, pareil. Cela a toujours existé, et les zones humides sont devenues des sanctuaires de la biodiversité. OK, tant mieux. Mais leur flore microbienne continuera de fonctionner, n’en déplaise à l’Homo sapiens.

Curieusement, on parle beaucoup des émissions, pas tellement de l’autre partie de l’équation: la fixation du CO2 par la photosynthèse des végétaux. Évidemment, au bilan, l’agriculture et la forêt ont le monopole de l’efficacité, et sans investissement extérieur.

Les chiffres sont là: une tonne de matières sèches capte 1,5 t de CO2. Tout qui sait comment faire une règle de trois peut comprendre que si l’on produit 2 X plus avec intrants, on siphonne 2 x plus de CO2 et on consomme 2 x moins de terre. On peut alors, soit éviter de déforester, soit reboiser. Il est logique de mettre les intrants dans le bilan «carbone», à condition d’aller jusqu’au bout du raisonnement et de comptabiliser le carbone fixé à court, moyen et long terme. Et là, l’agriculture sort la tête haute de tous ces débats, ce qui n’intéresse guère ceux qui les mènent.

Se dire que 180 unités d’azote/ha en froment pèsent 1 t d’équivalent CO2, d’accord. Mais reconnaître que cet investissement permet d’en capter 10 X plus, c’est autre chose. Et se rendre compte qu’avec les hectares économisés au profit de la forêt, c’est aussi 3 x plus efficace à long terme… Gloups! Cela voudrait dire qu’un préjugé s’effondre: l’azote ne serait pas aussi mauvais qu’on l’imagine. Il a libéré l’homme de la faim, voilà qu’il pourrait l’aider à lutter contre le réchauffement climatique?

Avec le temps, dans les deux sens du terme, tout change. Hormis la guerre en Ukraine, les fonds publics se répartissent désormais autour de l’axe climatique. On prélèvera de plus en plus chez les uns au nom de la pollution et on subsidiera de plus en plus chez les autres au nom de la transition énergétique. Il faut juste aider (informer?) les politiques à mettre en place les règlements qui conviennent… C’est la mission que se donnent les lobbys. Ils étaient d’abord idéologiques. Ils sont maintenant économiques et pragmatiques.

Les constructeurs automobiles sont exemplaires dans l’art de transformer le greenwashing en intérêts particuliers. En face, le monde agricole, qui gère la plus grande machine à lessiver le CO2 de la planète, est confronté à l’agribashing, cette autre machine qui abîme injustement son image. Que faire?

JMP

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