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Fin du bonalan: la fin de nos cultures de terroir?

Nous le savons toutes et tous, le retrait de substances actives est devenu monnaie courante pour le secteur agricole. Mais dans ce cas, le retrait de la Benfluraline, plus connue sous le nom de Bonalan, ça va plus loin : Pourquoi ?

Temps de lecture : 4 min

Malgré les efforts récents de recherche, il n’y a pas ou peu de solutions « phytos » de remplacement. De plus, ce retrait suit d’autres retraits récents de produits (Asulam, Legurame…) avec des spectres similaires et utilisés sur les mêmes cultures.

Les cultures les plus touchées sont souvent des cultures « terroirs » : chicorées, endives chez nous, mais aussi cultures « porte-graines », persil, laitues, haricots, légumes secs, etc, qui font parfois vivre des filières agricoles et agroalimentaires très importantes localement. Qui plus est, ces cultures sont pour la plupart de plus en plus demandées par les consommateurs. Si aucune alternative n’est trouvée ce n’est pas seulement une perte de rendement à laquelle on doit s’attendre mais bien à un arrêt pur et simple de ces productions sous nos contrées. Et il est vraiment très dommage que les multiples remontées du terrain, que ce soit par les producteurs, par les filières ou même par les ingénieurs des centres de recherches publiques, pour le signaler n’ont pas trouvé d’oreilles attentives dans les organes de décisions.

Quelles alternatives aujourd’hui ?

Évidemment, si tous ceux qui critiquent la phytotechnie sans savoir délaissent leurs chers iPhone et se mettent à manier la rasette avec autant de dextérité… alors il n’y aura pas de problème ! On peut rêver…

Il est fort probable que la réussite des futurs désherbages passe par une combinaison d’alternatives. Mais, il faut pour cela de très sérieuses évolutions des cadres législatifs ainsi que des aides financières rapides et importantes vers des acteurs efficaces. Où sont les résultats concrets des projets « Horizon 2020 » ?

Il y a évidemment les solutions génétiques avec des plantes à la levée plus rapide et qui couvrent le sol plus rapidement. Des variétés moins sensibles aux herbicides comme s’oriente par exemple la sélection en betteraves (mention spéciale aux infatigables équipes de Warcoing, Tirlemont ou de la Pévèle voisine). Il y a un savoir-faire régional de grande qualité et qu’il faut soutenir car tout cela coûte cher, très cher surtout en rapport aux surfaces emblavées par les cultures concernées. Des solutions de repiquages- paperport pour certaines cultures mineures devront sans doute également être envisagées

Les bineuses, déjà en plein développement, seront bien sûr de plus en plus utilisées lorsque la météo le permettra. Les robots ainsi que les autres outils dotés d’Intelligence artificielle (IA) qui permettent un binage sur le rang ou une pulvérisation localisée, un traitement laser ou électrique seront eux aussi sans doute bien utiles.

Et si on peut vraiment féliciter les pionniers – qui souvent à partir d’idées et de prototype sortis de leurs garages – proposent aujourd’hui des solutions en plus ou moins abouties. Félicitons également Monsieur Julien Denormandie, qui, au cours de son mandat de ministre de l’Agriculture français a su fournir le terreau bien nécessaire pour faire germer ces idées. Mais avant de voir un déploiement aussi large que les robots de traite, de ces solutions dans nos champs, il y a un grand besoin d’investissements publics-privés et d’aides à l’achat pour les utilisateurs finaux.

Le cadre législatif doit également être amélioré au niveau européen. Pour l’usage des robots, une telle utilisation est visiblement bien plus compliquée à autoriser au milieu des plaines que pour tondre les pelouses de nos concitoyens. Au niveau de la pulvérisation localisée, « spot spraying », il y a un besoin urgent d’adapter le processus d’homologation des produits. En effet, certains outils permettent l’usage de produits non sélectif pour la culture. Il faut donc les homologués en traitement localisés même si c’est à grande échelle. Je pense également à certains extraits de plantes et huiles essentielles qui, aujourd’hui, sont développées en herbicide total de biocontrôle. Nous avons besoin de ces produits et autorisations d’utilisation en cultures avec du matériel spécifique. Selon moi, il faudrait même ouvrir la porte à leur utilisation en agriculture biologique mais c’est un autre débat.

Donc oui, « sauveurs de la planète », décideurs européens et nationaux. Nous n’avons pas le loisir de délocaliser nos productions ou de choisir des alternatives plus nocives pour la planète comme vous le faites trop fréquemment. Nous voulons des alternatives réalistes et nous avons besoin que vous vous retroussiez les manches avec nous pour les trouver et en permettre l’utilisation.

Xavier Bourgeois

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