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Au Gaec Olivier-Renard, dans le Puy-de-Dôme (Fr): améliorer sa génétique rapidement et à faible coût

En novembre dernier, à Cournon d’Auvergne, le Sommet de l’Elevage faisait la part belle à la race charolaise. L’occasion pour les visiteurs, dont 4 Belges, d’aller à la rencontre d’éleveurs français renommés. Arrêt à Le Bouchat (Teilhet), dans le Puy-de-Dôme au Gaec Olivier-Renard.

Temps de lecture : 6 min

C ’est Bernard Olivier qui nous accueille accompagné de sa fille, Sabine, et de Cyril Renard, les deux repreneurs actuels de l’exploitation.

D’emblée, le paternel revient sur son histoire : « J’ai toujours travaillé avec la charolaise. Dès 1980, mon épouse et moi nous sommes faits membres du Herd-book. Nous avions alors une quinzaine de mères. Et nous avons grandi petit à petit. Chaque année, nous achetions des génisses pleines. Il m’arrivait de revendre trois génisses de l’exploitation pour en acheter deux voire 1,5, de haute qualité dans des exploitations reconnues pour leurs géniteurs. »

Il l’avoue, il a eu un peu de chance : « J’ai pu acheter de très bonnes bêtes, ce qui m’a permis d’aller plus vite que si je n’avais avancé qu’avec mon cheptel. Plutôt que tout garder chez moi, j’ai acheté à l’extérieur. Je devais grandir vite ! » Et effectivement, cette optique lui permit un progrès génétique rapide à faible coût.

De gauche à droite: Bernard Olivier, Cyril Renard et Sabine Olivier.
De gauche à droite: Bernard Olivier, Cyril Renard et Sabine Olivier. - P-Y L.

Un GIE pour avancer en qualité

Cette évolution a aussi été possible grâce à la constitution en 1989 du GIE (groupe d’intérêt économique) Charolais Leader, qui fédère aujourd’hui une quarantaine d’éleveurs. C’est la vision d’un petit groupe d’éleveurs qui a permis à un petit département pour ladite race de s’inscrire sur la carte du Charolais. « Aujourd’hui, les éleveurs de ce GIE font partie des meilleurs de France », note Bernard.

« Notre particularité ? N’utiliser que des taureaux aux excellentes qualités maternelles pour obtenir des très bonnes vaches, qui vêlent bien, qui ont de bons bassins, du lait et du développement. Les éleveurs choisissent d’abord en priorité les (doses de) reproducteurs de ce Groupe. Nous achetons nos animaux par le groupe et nous prélevons nos taureaux. Nous ne pratiquons que l’insémination. Disposer de doses constitue une meilleure assurance. Nous n’avons pas le droit de faire autrement »

« Voilà comment nous avons pu constituer un cheptel présentant toutes les caractéristiques de la race et avec beaucoup de taille. Nos vaches sont lourdes, elles sont sélectionnées pour faire de la race pure et non du croisement. »

« Les concours sont bien évidemment une façon de faire connaître notre génétique », explique Bernard qui a sillonné les concours dont celui du Sommet de l’Elevage. L’exploitation est régulièrement présente sur quelques concours régionaux dont celui de Moulins, où elle propose quelques veaux reproducteurs lors d’une vente aux enchères à destination des sélectionneurs.

De jeunes reproducteurs qui ont leur place aux concours. Une de leurs caractéristiques? Leur gueule typiquement charolaise!
De jeunes reproducteurs qui ont leur place aux concours. Une de leurs caractéristiques? Leur gueule typiquement charolaise! - P-Y L.

Une reprise en association

« Nous avons, mon épouse et moi, avons pris notre retraite en 2020. L’exploitation a donc pris un souffle nouveau il y a deux ans avec l’installation en GAEC de ma fille, Sabine, 39 ans, et de mon ancien stagiaire, Cyril, 23 ans », explique Bernard.

Une installation plus compliquée puisque Cyril ne fait pas partie du cadre familial. « Pour ce faire, il a fallu regrouper deux exploitations : la nôtre qui s’étend sur 110 ha et une seconde de 40 ha (qui était dans le giron familial de Cyril). »

Afin que les deux jeunes puissent vivre de leur travail, ils ont ajouté deux poulaillers hors sol en Label Rouge (Chapons, poulets de chair et pintades), une diversification rentable pour les deux associés, et augmenté le nombre de vaches. « De 65 mères, nous sommes passés à 85 charolaises toutes inscrites au Herd-book. » poursuit Cyril.

La moitié des veaux mâles sont vendus en reproducteurs soit à 9 mois, soit à deux ans. Du côté des génisses, 25 % d’entre elles sont gardées pour le renouvellement, 25 % des mères partent donc à la réforme et sont engraissées sur l’exploitation. La moyenne des vaches se situe entre 480 et 600kg de viande.

S’adapter à la sécheresse

Le premier challenge pour les deux repreneurs ? S’adapter à la sécheresse que le Gaec traverse depuis 7 à 8 ans. La ferme se situe en zone de semi-montagne, entre 600 et 700m, qui ne permet déjà pas des gros rendements. Si la SAU de la ferme s’étend sur 150 ha, en termes de culture, les éleveurs comptent sur 30 ha de céréales. Ils travaillent dorénavant aussi 4 à 5 ha de maïs. « Nous travaillons avec du maïs ensilage juste pour engraisser les vaches de réforme et quelques génisses qui n’iront pas à la reproduction. L’exploitation compte encore 10-12 ha de luzerne et des méteils sont implantés depuis 4 ans pour être enrubannés. « Ces cultures sont nouvelles pour nous. Elles sont une réponse aux années sèches. Outre la diminution de notre charge en bétail à l’ha, nous sommes obligés de faire beaucoup de stock pour le printemps. Aujourd’hui, nous devons nourrir régulièrement les animaux durant l’été. Nous allons d’ailleurs nous essayer à la culture de l’épeautre cette année, une bonne céréale pour l’élevage, surtout pour les jeunes veaux, pour les faire ruminer. »

L’exploitation dispose de 50 ha de prairies autour du site. « Il ne faut pas aller très loin pour atteindre les autres parcelles », sourit l’éleveur. « Il est arrivé à Bernard de donner de l’ensilage d’herbe mais cela a été arrêté. Les veaux allaient en manger dans le silo, ce qui leur provoquait des diarrhées. Ils ne profitaient donc pas ! L’ensilage d’herbe n’est pas efficace sur les charolaises, il leur faut du sec, du foin, de la luzerne, des enrubannages fauchés tardivement. Par chez nous, rares sont ceux qui ensilent leur herbe en allaitant ».

S’améliorer continuellement

« Quoi que nous fassions, nous essayons toujours d’améliorer le cheptel. L’important : ne pas se tromper dans le choix des reproducteurs pour éviter de perdre en qualité ! Nous cherchons à améliorer le développement, la finesse d’os, le poids carcasse, les qualités de race… Nous voulons aussi que nos animaux gardent une bonne gueule, courte avec un mufle assez large ! La vraie gueule charolaise, une belle caractéristique de race que l’on garde chez nous ! », sourit Cyril.

De jeunes taureaux aux excellentes qualités maternelles.
De jeunes taureaux aux excellentes qualités maternelles. - P-Y L.

La docilité, le poids et la capacité à valoriser les fourrages en kilos de viande sont les grandes qualités de la race.

En ce qui concerne l’insémination, Cyril et Sabine la pratiquent eux-mêmes. « Nous avons 5 taureaux prélevés pour 85 vêlages/an. Nous n’avons pas de sélectionneur de prédilection, nous les choisissons en fonction des besoins. Nous gardons les géniteurs jusqu’à six ou sept ans. Nous essayons toujours d’en avoir cinq sur la ferme et d’acheter un veau reproducteur tous les ans. Du côté des nôtres, nous engraissons ceux qui ne seront pas vendus pour la reproduction. Les taureaux gras sont vendus à 18 mois ou avant qu’ils n’aient 24 mois.

Les 3/4 des vêlages sont groupés de novembre à fin janvier. Les boxes dédiés, sont dans l’ancien bâtiment, là où les animaux peuvent être surveillés à l’aide d’une caméra. « Avec un éleveur voisin, nous avons investi aussi dans le système Smartvel, un détecteur de vêlages non invasif. Sa période de vêlage précède la nôtre, ce qui nous permet de nous partager l’outil. »

La paille, l’élément manquant

Si les vaches restent l’hiver en bâtiment, elles sortent pour manger en libre-service. Elles reçoivent foin et enrubannage à volonté. La paille permet de les tenir propres, mais vu le peu de culture, la disponibilité en pailles est un problème. « Nous devons encore acheter quelque 80 tonnes par an pour être à l’aise. ».

Pas convaincu par le sans-corne

Au Gaec Olivier-Renard, la génétique sans-corne n’est pas présente. « Nous constatons effectivement que c’est une pratique de plus en plus courante. Toutefois nous ne sommes pas convaincus par les résultats. Ce que nous voyons actuellement ne nous convainc pas d’y adhérer. Nous préférons attendre que cela se développe… Nous écornons toutes nos femelles et quelques broutards avec un pistolet à gaz. »

P-Y L.

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