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Nos amis à quatre pattes

Ils s’appellent Poulou, Bobby, Sam, Sultan, Lisette…, ou encore Mistigri, Poussy, Chanou, Chaussette…, et nous n’en parlons jamais dans les colonnes du Sillon Belge ! Ils occupent pourtant une place de choix dans nos quotidiens à la ferme. Je parle de nos animaux familiers, nos meilleurs amis à quatre pattes, les chiens et les chats ! Ils méritaient bien quelques lignes, pour les aides diverses qu’ils nous apportent, l’amitié fidèle qu’ils nous témoignent sans rien demander en retour, ou si peu…

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Êtes-vous plutôt « chien », ou plutôt « chat » ? Les deux me fascinent, chacun à leur manière. Un bon chien vous accompagne partout ; il irait joyeusement pour vous en enfer, sans hésiter. Les chats vous adoptent, et non l’inverse ; leur regard semble toujours vous scruter, essayer de comprendre ce que vous avez en tête. Chiens et chats font partie intégrante de la plupart des « familles » agricoles élargies, bêtes et gens. Quand vous pénétrez dans la cour d’une ferme, le premier à vous saluer « amicalement » n’est autre que le chien de la maison. Parfois vaut-il mieux ne pas sortir de la voiture, tant que leur maître ne vient pas refréner leur humeur tapageuse de gardien incorruptible… Mon berger allemand, de son vivant, ne disait pas un mot et ne daignait pas lever une oreille quand un visiteur se présentait, s’il nous savait présents dans le coin. Quand nous étions absents, il était terrible, paraît-il, et ne laissait personne s’approcher. Il adorait les « nounousses » de la maisonnée et les protégeait, mais traquait férocement les autres « mordants » étrangers : fouines, renards, chiens et chats venus d’ailleurs. Aucune pitié, ce bandit xénophobe !

Nos amis à quatre pattes ne vivent pas très longtemps, hélas ! On se prend facilement d’affection pour eux, chien ou chat, et leur décès au bout de dix-douze ans nous arrache à chaque fois un petit bout de cœur. Un chien vous suit partout, partage tous vos bons et vos mauvais moments, sans vous juger, sans vous trahir, sans jamais vous laisser tomber. Mon Border Collie actuel est attaché à mes pas comme mon ombre. Il rassemble les moutons, capte les veaux en fuite, poursuit pour rire les pies et les corbeaux, fait la fête aux visiteurs. Il est toujours de bonne humeur et joue sans arrêt avec des bouts de bois, des seaux en plastique, et tout ce qui tombe sous sa dent. Le chien est un confident, qui peut tout entendre : on lui raconte nos secrets, nos sentiments les plus intimes, et jamais il ne les mettra sur Facebook ou Instagram. Il écoute nos pleurs et nos rires, nos déceptions et nos victoires, en penchant drôlement la tête sans jamais se moquer, apaisant et compatissant. La vie de fermier est essentiellement solitaire, et ce compagnon à quatre pattes nous apporte une présence amicale inestimable.

Les chats ont un tout autre caractère. Si le chien ne rentre jamais à la maison, nos deux chats ont investi notre petit intérieur, à leur manière feutrée et ronronnante. Ce sont de redoutables chasseurs de souris, dans les étables, les hangars et les prairies. Ils se nettoient sans cesse, et sont d’une propreté remarquable. Leur faculté à dormir durant des heures est impressionnante ; mais plus stupéfiante encore est leur rapidité de réaction quand ils perçoivent un bruit inhabituel ou devinent un mouvement du coin de l’œil. Ils sont égoïstes et imprévisibles, mais tellement doux et câlins qu’on leur pardonne leur caractère lunatique. Ils se reproduisent à une vitesse déconcertante. Autrefois, les chatons étaient noyés ou « euthanasiés » contre un mur, les chiots également. Les chattes plus intelligentes se cachaient au fin fond de la grange et revenaient avec leur portée une fois leurs minous devenus rapides et costauds, tellement mignons qu’ils échappaient au massacre, bien aidés par les enfants qui les prenaient en affection.

Aujourd’hui, ces actes barbares n’ont plus lieu d’être, car nos amis à quatre pattes passent par la case « vétérinaire » et sont délestés de leurs organes reproducteurs. Les chiens mâles ne courent plus les routes, et les matous ne viennent plus donner leurs infernales sérénades pour séduire les minettes. Nos chiens et chats sont beaucoup mieux soignés qu’autrefois : pucés, vermifugés, vaccinés, auscultés, quelquefois toilettés, nourris de bonnes croquettes, logés la nuit sur des coussins moelleux… Il n’est pas si loin le temps où nos amis à quatre pattes dormaient à l’étable dans la paille, recevaient le minimum syndical, les reliefs de nos repas, et se débrouillaient eux-mêmes pour se nourrir. « Mwouais, pas si mauvais que ça, cette délivrance de vache, et ce petit « fromage » laissé par le veau, cette souris morte oubliée par le chat ! ». L’heure de la traite était pour eux le moment attendu pour venir quémander un peu de lait. Je me rappelle ma grand-mère assise sur son tabouret sous une vache, un chat perché sur son genou, qui attendait un jet de lait projeté directement dans sa bouche ouverte. Le tintinnabulement de l’écrémeuse attirait la famille Minou, laquelle recevait une rasade généreuse versée dans une écuelle, convoitée également par le chien jaloux et affamé. Coups de griffes et morsures se perdaient lors de bagarres homériques…

Chiens et chats occupent une place à part dans nos cœurs, aucun agriculteur n’en disconviendra. Certains emmènent leur favori sur le tracteur, souvent un toutou de taille plus modeste. Les très gros chiens, quant à eux, suscitent un regain d’intérêt pour protéger les troupeaux contre… les loups ! Là, il faut de sacrés bestiaux pour tenir à distance leurs cousins sauvages : les peu commodes patous des Pyrénées, les bergers des Abruzzes ou d’Anatolie, à côté desquels nos malinois et bouviers des Flandres ont l’air de gamins efflanqués.

Un brave chien de taille modeste suffit déjà amplement pour apporter son amitié ; de même que ses copains chats, à moitié siamois et sibériens, tigrés, noirs et blancs ou trois couleurs. Tout ce petit monde est bien utile ; il nous distrait des vicissitudes et nous accompagne dans nos activités quotidiennes à la ferme. Nos meilleurs amis à quatre pattes…

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