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Durabilité en maraîchage: peut-on réunir et atteindre des objectifs économiques, sociauxet environnementaux?

Lorsque nous voyons les statistiques concernant le nombre de fermes maraîchères et les besoins de la population pour se nourrir, il paraît évident que nous manquons de productions locales.

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Nous devons aussi nous poser la question corollaire, pourquoi cette situation persiste-t-elle depuis des décennies ?

Une ferme maraîchère est riche du contexte socio-économique général mais elle en subit aussi les contraintes.

Plus localement, nous nous posons régulièrement la question : une exploitation est-elle viable, transmissible et reproductible ? En d’autres termes, pouvons-nous réunir et atteindre des objectifs économiques, environnementaux et sociaux dans une telle structure ? Idéalement, la question est étudiée avant de se lancer dans la profession ou la diversification maraîchère. Mais il est salutaire de se remettre en question régulièrement dans les entreprises installées.

Loin de n’être que théoriques ou idéalistes, ces notions nous guident dans l’approche de la durabilité en maraîchage. Chaque mot de la définition a son importance.

Enfin, mieux vaut réfléchir à deux fois avant de se lancer dans l’aventure, surtout si nous sommes novices.

Nous n’aurons pas une réponse unique. Plus simplement, décortiquons des éléments de réponse.

 

Mon projet est-il durable ?

Il existe des méthodes permettant de chiffrer la durabilité de la ferme grâce à des indicateurs. Leur avantage est de permettre des simulations pour comparer l’établissement à lui-même en testant différents niveaux d’adaptation.

Les transports

Au niveau de la ferme maraîchère, le transport peut être très important si les parcelles ne sont pas proches. Nous devons visiter les cultures pratiquement tous les jours ou presque lors des périodes délicates. L’approvisionnement des lieux de commercialisation a aussi un impact potentiel important sur la durabilité économique, environnementale et sociale.

L’eau

L’emploi d’eau d’autres sources que l’eau de pluie est un autre facteur de production important. Les citernes et bassins d’eau de pluie interviennent directement dans cette appréciation. Sous cet aspect, les précipitations de 750 à 850 mm d’eau de chez nous et la répartition de ces pluies sur les 12 mois de l’année sont des atouts au regard de la durabilité. En pratique, nous avons quand même besoin de stockage d’eau de pluie pour combler les besoins en période de sécheresse. Sur les cinq dernières années, quatre furent marquées par des périodes de déficit hydrique de plus de 6 semaines.

Des méthodes d’estimation

Il existe plusieurs méthodes d’estimation de la durabilité d’une ferme. À titre d’exemple parmi d’autres, la méthode IDEA (Indicateurs de Durabilité des Exploitations Agricoles, France) présente la facilité d’être disponible en ligne via la toile internet. Depuis la version 2 cette méthode est bien adaptée aussi au maraîchage. Les associations professionnelles, les services économiques officiels et les services techniques de banques fournissent aussi des outils performants en Belgique.

En observant le site d’implantation projeté ou avéré de la ferme maraîchère, nous pouvons dégager les pistes les plus adaptées pour travailler avec la nature et non contre elle. Deux exemples simples illustrent ce fait. Une terre à tendance argileuse et retenant bien son eau est un avantage pour les légumes demandant une alimentation soutenue en eau et dont on ne doit pas laver les racines, des choux par exemple. Une terre à tendance sablo-limoneuse peut permettre plus facilement les récoltes de racines et le lavage de celles-ci, des carottes par exemple. Par contre, inverser ces choix culturaux sur ces terrains mène à des difficultés, un surcoût en énergie, en temps et en eau.

La durabilité signifie en pratique la possibilité de produire sur une petite surface de façon durable, avec une viabilité économique pour être économiquement rentable et en assurant une qualité de vie au maraîcher. En bref, produire de manière durable, rentable et vivable.

 

La diversité floristique et faunistique

Les haies, les mares, les îlots boisés, les bandes herbées multi-espèces permettent l’établissement et le maintien d’espèces animales auxiliaires prédatrices de ravageurs des cultures. Ces éléments complètent une rotation large et diversifiée. À ce propos, nous pouvons observer l’importance de ces aménagements pour la ferme elle-même, mais aussi pour ce qu’elle apporte dans son entourage. Nous revenons très souvent sur ces aspects sous cette rubrique.

La fertilité des sols

Une des difficultés est la gestion de la fertilité des terres si la ferme maraîchère n’est pas complétée par de l’élevage. En effet, l’élevage apporte du fumier bien utile au maintien de la fertilité des sols, mais justifie aussi la présence de cultures fourragères permettant d’allonger la rotation tout en aidant à maîtriser l’enherbement. Une solution serait d’associer la ferme maraîchère à la ferme d’un éleveur et de pratiquer les échanges. Une autre solution est de consacrer une partie de la surface disponible à la production d’une culture de masse végétale, un peu comme nous pourrions le faire pour des prairies temporaires qui restent en place 2 ou 3 années. Ces cultures sont récoltées et sont compostées. Ce point a été abordé dans notre édition du 9 mars 2023. La question de la maîtrise de l’enherbement et de fertilité des sols se résout ainsi d’une autre façon qu’avec de l’élevage.

Si la diversité des cultures maraîchères permet d'élargir l'offre pour la vente au détail, c'est d’autant plus difficile de produire et de récolter avec des machines adaptées  et performante. Des choix sont nécessaires.
Si la diversité des cultures maraîchères permet d'élargir l'offre pour la vente au détail, c'est d’autant plus difficile de produire et de récolter avec des machines adaptées et performante. Des choix sont nécessaires.

Le maintien et l’amélioration de la fertilité des sols

Les légumes en général demandent des sols fertiles. La croissance rapide, l’enracinement à faible profondeur sont des contraintes de nombreuses cultures maraîchères. Les apports de fertilisants complètent les composts et engrais verts pour nourrir la vie du sol et les plantes. Les fumiers des animaux de la ferme ou d’une ferme partenaire ont une place particulière.

Les apports de matières organiques viennent en renfort du maintien de la fertilité, tenant compte des périodes de travaux dans les champs en conditions humides. Lorsque nous récoltons en fin d’automne et en hiver, l’impact des passages dans des sols détrempés est énorme. Nous avons besoin de décompacter efficacement les zones tassées et aussi de favoriser au maximum l’activité biologique pour espérer redonner une structure plus ou moins correcte aux terres.

 

La protection microclimatique des cultures

La protection microclimatique des cultures revêt une importance particulière pour toutes les cultures avancées ou retardées des fermes maraîchères. C’est vrai pour les légumes destinés à la vente directe comme pour ceux orientés vers les circuits longs de commercialisation. La protection vient de haies ou de cultures brise-vent, de voiles ou de bâches plastiques perforées, de tunnels ou de serres maraîchères.

 

L’efficacité et la pénibilité du travail

Il faut que l’activité maraîchère soit vivable. L’épuisement ne mène à pas grand-chose de bon. Les moments de très grande activité saisonnière doivent être suivis de périodes de moindre activité. Par exemple, les petites fermes maraîchères ont souvent aussi un magasin de vente au détail. Les horaires d’ouverture doivent être annoncés clairement et respectés afin de préserver des moments suffisamment longs pour que le maraîcher puisse aussi s’occuper de la production et des tâches administratives. Il doit aussi se réserver des moments de repos suffisants. Ces aspects ont aussi beaucoup de similitudes avec les fermes de polyculture et élevage.

Les outils et machines sont des aides précieux, mais point trop n’en faut, sous peine de devoir amortir des charges importantes sans réelle plus-value. C’est un point important dans toutes les fermes, les maraîchers n’y échappent pas. Lors de l’étude de départ, la bonne estimation des temps de travaux est très difficile. Il existe bien des références auprès des services de comptabilité agricole, mais l’efficacité de la main-d’œuvre peut varier significativement selon l’organisation de la ferme maraîchère.

Dans un premier temps, il est préférable de ne pas viser une occupation à 100 % de la main-d’œuvre. L’adage « qui trop embrasse mal étreint » a tout son sens. En cas de surcharge de travail, des aspects des productions seront négligés, avec des conséquences pour l’avenir. Le manque de maîtrise de l’enherbement est un bel exemple : un manque de suivi une année aura des conséquences pour les années suivantes, avec une augmentation du stock semencier d’adventices dans le sol et son corollaire, l’augmentation de temps de désherbage.

La haie protège les cultures en ralentissant le vent et en hébergeant  une foule d'auxiliaires indispensables en maraîchage moderne.
La haie protège les cultures en ralentissant le vent et en hébergeant une foule d'auxiliaires indispensables en maraîchage moderne.

 

La rentabilité économique

La rentabilité économique du maraîchage n’est pas systématiquement au rendez-vous, loin s’en faut. Le coût du foncier, les formes de commercialisations possibles et leurs limites, les incertitudes de la météo et des cours de marché peuvent amener des difficultés importantes de trésorerie. Pour les jeunes maraîchers, des maladresses liées au manque d’expérience peuvent aussi conduire à des déconvenues économiques.

Une mise au point du projet de maraîchage alors que nous n’en sommes encore qu’au stade de la réflexion a tout son sens. L’approche de l’estimation de la durabilité permet cette mise au point avec une vue large de ce qui nous attend dans les années qui suivront l’installation, même si dans un premier temps l’étude reste assez théorique.

 

En pratique, que puis-je faire ?

C’est LA question : l’emplacement et les surfaces : nous les prenons où c’est possible, le choix est limité. Le marché est ce qu’il est, nous devons le subir. Mais il y a des éléments sur lequel nous avons une prise : la rotation, la gestion technique en général, la gestion économique et de la main-d’œuvre (familiale et extra-familiale). Un autre point important : réduire les temps et coûts liés au transport de la ferme au champ et de la ferme aux points de vente.

En étudiant ses atouts et faiblesses (type de sol, proximité de centres urbains, intérêt personnel pour la vente directe, etc.) nous pouvons, avant de se lancer dans le maraîchage en général, orienter sa future exploitation pour lui donner un maximum de chance de réussite.

F.

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