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Météo et culture des chicons : les clés du succès

Les conditions climatiques exceptionnelles de cette année ont fortement impacté la culture des chicons, influençant la qualité des racines et exigeant des adaptations stratégiques, notamment sous serres maraîchères.

Temps de lecture : 7 min

La qualité des racines est déterminante pour la production de chicons. Et c’est la réussite du semis qui est le principal facteur de succès de cette production.

Cette année, il fut bien difficile de semer avant fin mai, ce n’était un problème que pour les quelques parcelles destinées aux arrachages très précoces.

La dernière semaine de mai et juin furent propices aux semis, et ceux-ci ont souvent été réussis. Les derniers semis programmés lors de la dernière décade de juin se sont également bien déroulés ou ont été complètement ratés, suivant l’état structurel du sol et la capacité de rétention d’eau après plusieurs semaines de forte sécheresse.

Comme pour toutes les cultures au cycle annuel, la chaleur et la sécheresse ont influencé l’état sanitaire et le développement des plantes.

Les racines de chicon s’en sortent, elles, plutôt bien avec leur très profond enracinement pivotant. De plus, le poids idéal des racines ne doit pas atteindre des sommets pour disposer de lots très conformes aux besoins de la forcerie.

Des précipitations estivales venues à point

Les conditions météo sèches de l’été jusque mi-juillet ont défavorisé la minéralisation des matières organiques du sol. Par contre, les fortes précipitations des quatre semaines suivantes ont lancé une forte minéralisation des matières organiques. La mise à disposition d’azote qui s’en est suivi a favorisé la croissance foliaire et racinaire.

De plus, les conditions moins pluvieuses à partir de mi-août ont permis de limiter l’extension des maladies du collet. Mais, assez classiquement, les maladies foliaires se sont développées à la faveur des longues périodes de rosée nocturne.

De manière générale, le fait que la forte minéralisation se soit produite en pleine croissance des cultures est favorable. Mais nous ne savons pas encore comment se terminera la saison de culture.

Le poids par racine est généralement bon, même si la variabilité reste élevée d’une parcelle à l’autre. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces différences. D’une part, la réussite du semis et de la levée et, d’autre part, une bonne structure de sol. Ces éléments sont déterminants. La présence d’une semelle de labour ou de pseudo-labour bloque ce développement en profondeur dans une parcelle, la sensibilité à la sécheresse durant les premières semaines de l’été a pu être un frein. Cela peut être le cas dans les parcelles qui ont été matraquées lors des travaux de récolte ou de travail du sol en fin d’année passée.

Aux différences sous-régionales liées aux hétérogénéités des précipitations s’ajoute une hétérogénéité entre parcelles suivant la structure du sol.

Les teneurs en matières sèches sont bonnes jusqu’à présent, c’est favorable pour poursuivre la saison de culture et pour le forçage.

Le chicon peut développer un enracinement profond et performant, le rendant peu sensible aux déficits hydriques. Les précipitations estivales sont venues à point.

L’azote : un facteur de réussite

La mise à disposition d’azote à la culture est un élément clé de la réussite. C’est la minéralisation des matières organiques du sol qui apporte l’essentiel de ce qui sera consommé par la plante. Or, cette minéralisation dépend de l’état de fertilité du sol et des conditions météo qui l’influencent.

Les précipitations abondantes de mi-juillet à mi-août ont été déterminantes. La minéralisation a permis la libération d’azote à partir d’août, alors que les besoins de la culture sont élevés.

Depuis cette époque, les pluies ont permis le soutien de cette activité biologique dans le sol, permettant une croissance soutenue de la culture. Les différences de texture et de drainage d’une parcelle à l’autre et, surtout, l’état de la structure de chacune amène une variation importante du comportement des cultures.

Il faudra donc bien vérifier l’état de maturité de chaque parcelle indépendamment du planning prévu initialement d’après les dates de semis.

Notons qu’il peut être intéressant de faire analyser, peu après la récolte des racines, le profil à 90 cm du sol pour vérifier que le reliquat après culture est inférieur à 30 U. C’est un bon contrôle a posteriori de la conduite de la culture et du pilotage de la fertilisation en fonction de la richesse du sol et du type de variété concernée (sensible, tolérant ou préférant en besoin azoté). Et nous risquons d’avoir des surprises cette année.

L’alternance de périodes plus sèches avec les semaines de pluie a joué en faveur du maintien assez sain des collets. Les quantités d’eau ont été très hétérogènes dans les différentes sous-régions, et même d’un village à l’autre

En pratique

Les premières parcelles semées sous voile ou sous plastique perforé sont ou seront bientôt récoltées. Les parcelles semées sans protection approchent doucement de la maturité, à vérifier au cas par cas. Le poids des racines donne une première indication : nous espérons nous approcher de la fourchette de 130 à 170 grammes. La teneur en nitrates de la racine est une deuxième indication avec un maximum de 100 mg d’N nitrique par kg de matière sèche (MS) et une teneur en azote total entre 8 et 12 grammes /kg de MS.

D’autres critères peuvent être choisis, comme le rapport pondéral feuilles/racines (< 0,8), le calibre des racines (diamètre entre 3 et 6 cm, idéalement de 3,5 à 5,5 cm au galbe de la racine) ou encore la teneur en matières sèches ou en sucres réducteurs.

En théorie, les variétés les plus hâtives ont besoin de 20 semaines de culture, les variétés de mi-saison de 24 semaines. Les variétés actuelles, plus productives, se rapprochent plus de ce deuxième type.

Vu les conditions de l’année, les racines de beaucoup de parcelles semées sans voile ni plastique arrivent presque à maturité. À la récolte, après une cicatrisation des plaies de récolte de 24 à 48h et un séjour d’une semaine au frigo, les racines devraient pouvoir entrer en forcerie. En cas d’absolue nécessité pour le calendrier de forçage, il reste la possibilité de récolter avant maturité et de laisser les racines séjourner 7 à 21 jours en frigo à température réglée entre 0 et 4ºC. Mais regardons-y à deux fois pour limiter les frais de fonctionnement du frigo, surtout avec des températures extérieures élevées.

En cas de collets gras (pourritures d’origine bactérienne), la bonne mise en œuvre des mesures prophylactiques contre ces maladies du collet a tout son sens. Il s’agira notamment de diminuer quelque peu la température de forçage. Les dégâts sont beaucoup moins importants à 17ºC qu’à 20ºC et le sont encore beaucoup moins à 14ºC. Ce sera la recherche d’un compromis entre l’état sanitaire des racines et les besoins organisationnels de chauffage pour s’accorder au planning de production. Comme les premières productions d’automne demandent une température de 20ºC, nous commencerons par les parcelles aux racines les plus saines.

Le point sur le forçage

La météo de l’année influence l’état des racines dans nos parcelles, en particulier suite à la minéralisation des matières organiques du sol. Quelles en seront les conséquences pratiques ? À l’examen de début octobre, la maturité est plutôt à normale. Les conditions météo n’ont que peu permis le développement de plusieurs maladies du feuillage, à l’exception de l’oïdium. Les sols sont suffisamment humides pour permettre les arrachages en bonnes conditions.

L’eau arrivée en été et les précipitations répétées ont permis aux racines de prendre du poids à la faveur de la photosynthèse. La libération soutenue d’azote amène une activité végétative et donc une maturité technique assez « normale » pour le forçage. Lorsque la végétation est très dense, il reste le risque de développement de maladies bactériennes et des collets gras (Pectobacterium carotovora notamment).

Comme lors de trois des quatre dernières années, le puceron des racines a encore été une préoccupation estivale. Cette année, il semble que les sols se sont mieux refermés sous les fortes pluies estivales et les populations ont été moins massives. Les pucerons des racines sont maintenant en migration vers les peupliers pour leur hivernage.

Les défis de la culture en serres maraîchères

Dans les petites fermes maraîchères en polyculture, nous installons parfois les couches de chicons dans les serres maraîchères. C’est bien difficile cette année d’y produire des chicons avec les conditions de températures très élevées, comme nous les avons connues jusqu’à la mi-novembre. Il faut essayer de jouer avec les apports d’eau fraîche en irrigation souterraine et sur l’épaisseur des couches isolantes en dessus de couche. Mais si la température est élevée au niveau du chicon proprement dit, la qualité et la forme du légume ne sont pas idéales. C’est souvent le cas, mais cette année est particulièrement compliquée pour cet aspect. De toute façon, nous sommes encore trop tôt en saison pour espérer de bonnes conditions de forçage en couches sous serres.

La solution est bien d’aménager des espaces de forçage spécifiques pour cette culture.

F.

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