Accueil Maraîchage

Haies ou bandes herbées: comment bien aménager les abords de ses parcelles?

Pour les abords des terrains cultivés en plein air et sous abris, les haies ou les bandes herbées sont des aménagements indispensables. C’est le cas pour toutes les surfaces maraîchères et particulièrement pour celles exploitées en culture diversifiée. Les interactions entre ces zones de vie sont nombreuses. Le savoir paysan et la vision globale de la protection des cultures en démontrent toute l’importance.

Temps de lecture : 7 min

Les haies sont primordiales pour les parcelles maraîchères pour leur protection biologique et physique des cultures (économie d’eau, protection des plantes vis-à-vis des effets du vent). Il s’agit d’une des bases de la durabilité en maraîchage.

De manière concrète, nous devons aussi tenir compte de l’évolution des réglementations liées à l’emploi de produits phytosanitaires et des connaissances récentes ou confirmées relatives aux équilibres entre les espèces.

La gestion des parcelles elles-mêmes et des abords (bandes herbées, haies, etc.) forment un tout.

Ainsi, la fertilisation, la maîtrise de l’enherbement et la rotation influencent la vie et en particulier l’activité des insectes auxiliaires dans le sol et dans la masse végétale.

Une des difficultés en ferme maraîchère diversifiée est d’arriver à limiter l’impact des façons culturales sur les parcelles voisines. C’est essentiellement une question d’organisation de chantier.

Maîtriser la fertilisation

Il est difficile d’estimer les besoins en éléments fertilisants pour chacune des parcelles, comme pour toutes les cultures, mais surtout d’épandre les fertilisants avec une précision suffisante et adaptée. En effet, la diversification nous amène à gérer souvent plusieurs dizaines de parcelles, chacune étant de taille modeste. D’autre part, les récoltes échelonnées de chacun des lots font que les exportations ne sont pas les mêmes en début et fin de récolte.

En augmentant le stock de matières organiques dans le sol, nous augmentons son pouvoir tampon quant aux réserves disponibles et maîtrisons alors mieux la fertilisation en général.

Les broyats de rameaux des haies concourent au maintien des matières organiques pouvant revenir aux sols maraîchers.

L’impact du désherbage sur les parcelles voisines

Les opérations de désherbage ont un impact sur les parcelles avoisinantes. À chaque intervention, la flore valorisée des terrains adjacents peut en pâtir. Le désherbage mécanique ou thermique peut entraîner la disparition ou des dommages aux plantes environnantes.

Les dimensions des parcelles, l’adaptation de celles-ci aux tailles des outils, ou plutôt l’inverse, le maintien de bandes d’accès en bon état de drainage sont autant d’actions qui auront une incidence directe sur les qualités et rendements des cultures sur chacune des parcelles.

Le rôle primordial des haies

Le rôle des haies vis-à-vis des cultures maraîchères se comprend surtout pour des aspects physiques et des actions biologiques.

La préférence ira vers des haies mélangées qui sont susceptibles d’abriter une importante faune d’auxiliaires. Les essences indigènes s’adaptent forcément bien à nos conditions pédoclimatiques. De plus, le prix des plants est souvent bon marché.

La densité de plantation doit être telle que le vent puisse passer entre les plantes et les branches. On ne cherche pas à obtenir un mur végétal mais un filtre qui ralentira la vitesse des vents.

Pour les maraîchers, le rôle de la haie est aussi crucial que pour les agriculteurs en général. De plus, les spécificités du maraîchage ajoutent des avantages et des inconvénients supplémentaires à leur appréciation.

Un brise-vent essentiel pour les cultures

Le rôle de brise-vent des haies est précieux pour les cultures maraîchères. Végétal, il ralentit mais n’empêche pas le passage du vent. Cela permet une bonne aération de la culture et un séchage rapide du feuillage après une rosée ou une pluie. Un léger vent sur le feuillage permet aussi de favoriser l’évapotranspiration et donc la remontée de minéraux avec le transit de sève ascendante. Cet élément est important pour éviter les carences en méso- et en oligo-éléments.

Elle permet de réduire les dommages dus aux vents forts tumultueux. Cela signifie en pratique moins de dégâts mécaniques au feuillage des légumes et moins de dessèchement marginal dû aux vents secs, une meilleure reprise après plantation. Une porosité de 30 à 50 % semble idéale pour une haie brise-vent. L’efficacité est très élevée sur une largeur de 4 fois la hauteur de la haie. Cet élément sera d’autant plus efficace s’il agit sur les vents dominants.

Cet effet brise-vent est essentiel pour la bonne réussite des plantations de plants à racines nues ou en mottes. La reprise est plus rapide et plus complète, cela se remarque dès le premier jour.

En Wallonie, les vents du sud-sud-ouest sont les plus fréquents. La protection montrera son efficacité sur le taux amélioré de reprise après plantation, sur la vitesse de croissance des plantes et sur l’économie en eau et donc sur l’économie d’apports par irrigation.

Un refuge pour les insectes auxiliaires

Certaines espèces de carabes ont été repérées par des centres de recherches belges ou de pays voisins comme étant particulièrement importantes en nombre dans les premières dizaines de mètres au-delà de la bande herbée ou de la haie. Arvalis mentionne la présence dans Hauts-de-France de Carabus auratus, de Pterostichus melanius et Pseudophoonus rufines.

Ces dernières sont connues pour leur rôle dynamique dans la régulation des limaces, escargots, taupins et pucerons. Au départ de refuges, elles explorent les parcelles sur plusieurs dizaines de mètres. Ces refuges sont des chemins herbeux, des bandes enherbées, des haies, des bosquets. Plus une espèce de carabe est abondante, plus loin elle part en exploration dans la parcelle. Certaines sont favorisées par les techniques de travail simplifié du sol, d’autres pas.

Dans les mêmes refuges se maintiennent et développent, de nombreuses espèces de syrphes qui sont de grands régulateurs des populations de pucerons, notamment. Ce sont les larves qui sont consommatrices de pucerons. Les adultes se nourrissent de pollen et de nectar, ils sont aussi des pollinisateurs en volant de fleur en fleur.

Les coccinelles adultes hivernent au pied des haies, dans les creux de murs ou de roches. Elles se nourrissent de pollen et de nectar d’Astéracées et d’Ombellifères.

Les chrysopes et les hyménoptères parasitoïdes sont d’autres auxiliaires précieux. Ils sont favorisés par la diversité des écosystèmes du paysage.

Toutes ces espèces sont très actives au printemps et en été, elles le sont nettement moins en automne et en hiver.

Les haies accueillantes sont composées d’espèces végétales indigènes et diversifiées.

Gérer les effets négatifs et positifs de l’ombrage

La haie donne de l’ombre proportionnelle à sa portée et donc à sa hauteur, l’incidence peut être négative pour les cultures voisines, surtout si la hauteur est importante. L’ombrage du matin et du soir aura une incidence alors que l’activité photosynthétique est maximale, lorsque les stomates sont béants. En pleine journée, les stomates se referment par temps sec et l’incidence peut alors être plutôt bénéfique par la modération de l’effet desséchant.

Une influence pour les serres

Les cultures protégées par des serres maraîchères, souvent des serres tunnel, sont directement impactées par le climat créé par la protection. Celui-ci est influencé par les éléments proches du paysage environnant. Une haie placée à quelques mètres des aérations va jouer un rôle déterminant. La réduction de la vitesse du vent va protéger la structure elle-même et va aussi influencer l’efficacité de l’aération de la serre. Une forte réduction de celle-ci peut poser des problèmes. L’ombrage influence aussi l’effet de serre et donc la température intérieure. L’orientation de la serre et de la haie sont à coordonner.

SB 4107 serre (4)

D’autres cultures pour protéger les plantes

D’autres cultures sont aussi de bons brise-vent temporaires. Une bande de céréales protège les plantes juste au-dessus du niveau du sol sur plusieurs dizaines de mètres de largeur, au printemps et jusqu’au milieu de l’été surtout. Le maïs joue aussi ce rôle également, de juin à octobre. L’avantage secondaire est que ces cultures incorporées dans le plan de culture vont allonger la rotation, ce qui est très bénéfique.

A lire aussi en Maraîchage

Les sols maraîchers: entre fragilité et fertilité

Maraîchage En ce début d’année 2024, la fertilité des sols destinés au maraîchage retient toute notre attention. Il est important de tenir compte de l’état des structures, mais également des disponibilités en éléments minéraux. Une observation rapide des différentes parcelles permet de constater une large palette de situations, de la très bonne à l’épouvantablement dégradée.
Voir plus d'articles