Les blés 2017 sous l’angle de la qualité: rien de particulier, et des teneurs en protéines faiblardes

Parmi les milliers d’échantillons de grains réceptionnés au laboratoire de technologie céréalière du Cra-w à Gembloux, certains – humidité excessive – sont placés dans des étuves avant analyse.
Parmi les milliers d’échantillons de grains réceptionnés au laboratoire de technologie céréalière du Cra-w à Gembloux, certains – humidité excessive – sont placés dans des étuves avant analyse. - M. de N.

Les conditions climatiques rencontrées aux mois de mai et juin, ont permis aux moissons d’être très à l’avance par rapport aux dates habituelles. Le coup de chaud qui a touché notre région autour du 22 juin a probablement précipité les récoltes surtout dans les situations très hâtives sur terrains caillouteux et sablonneux. Dans les autres situations, la végétation a pu reprendre et la maturation du grain a pu se poursuivre.

Dans les situations cumulant des facteurs de précocité (région, variété, date de semis), les froments étaient mûrs vers mi-juillet. Pour les autres situations, la maturité a été atteinte fin juillet voire début août. Dans la plupart des situations, les froments ne sont arrivés à maturité complète que vers le 24 juillet. La moisson s’est étalée sur une période de trois semaines en fonction des conditions climatiques locales.

La présente synthèse repose essentiellement sur les analyses réalisées par les négociants et sur des données issues de réseaux d’essais organisés à l’échelon national par le Département Productions et filières (Obtentions végétales) du Centre wallon de recherches agronomiques en étroite collaboration avec l’Ilvo à Gand. Ces essais sont réalisés avec une fumure azotée modérée (130 N/ha) et sans traitement fongicide ni régulateur. D’autres résultats proviennent d’essais menés par le Département Productions et filières du Cra-w ou par l’Unité de Phytotechnie tempérée de ULg-GxABT.

Le suivi des analyses de pré-récolte et début de récolte a permis de rassurer assez rapidement la filière sur les faibles teneurs en DON (mycotoxines) de la récolte 2017. En outre, contrairement à l’année 2016, une autre mycotoxine, la Zéaralénone (ZEA), ne devrait pas poser de problème cette année.

Aucun souci cette année en ce qui concerne la teneur en mycotoxines  de la récolte 2017: les valeurs en DON sont très basses.
Aucun souci cette année en ce qui concerne la teneur en mycotoxines de la récolte 2017: les valeurs en DON sont très basses. - M. de N.

Aperçu global de la qualité de la récolte

Coordinateur de l’Unité technologies de la transformation des produits au Centre wallon de recherches agronomiques à Gembloux, Georges Sinnaeve rappelle qu’en matière de qualité du froment, les tractations commerciales entre le négoce et les agriculteurs sont régies par le barème publié par Synagra. Depuis 2015, les critères habituels requis pour le blé meunier ont été remplacés par la mention « A déterminer pour les variétés panifiables ». La notion de blé fourrager a été remplacée par la notion de blé standard avec des critères de réception des lots.

Les critères de qualité tels que définis antérieurement gardent cependant une certaine pertinence et seront encore utilisés à des fins de comparaison avec les années antérieures. Les critères « blé meunier » repris au tableau 1 sont extraits du barème Synagra 2014 alors que les critères blé standard du tableau 2 sont repris du barème Synagra 2017.

Les données relatives à la qualité des froments 2017 se basent sur les échantillons analysés à la date du 8 août. Le tableau 3 reprend les moyennes, les minima et maxima observés. Le tableau 4 permet de situer, pour les différents critères d’évaluation de la qualité, la récolte 2017 par rapport aux années antérieures.

En ce qui concerne l’humidité, la moyenne des valeurs est au niveau du barème Synagra (< 14,5 %). Quelque 54 % des lots livrés présentent une valeur inférieure à 14,5 % avec une dispersion assez large (de 10,2 à 24,8 %) traduisant la variabilité climatique et la difficulté d’avoir quelques jours consécutifs de franc soleil. La livraison de lots mûrs et secs reste une condition essentielle pour le stockage des céréales.

Le poids à l’hectolitre est dans la moyenne habituelle (78,0 kg/hl). Une grande disparité dans la plage de mesure est cependant observée (de 59,1 à 87,6 kg/hl). À l’exception de quelques lots présentant des valeurs faibles, ce critère ne devrait pas poser problème lors de la valorisation. Sur base du barème blé meunier de 2014, 51 % des lots rencontrent les exigences, 30 % seraient en situation neutre, 16 % sont en situation de moindre qualité et seuls 3 % seraient déclassés en fourrager.

Et la qualité technologique ?

Pour ce qui est des paramètres relatifs à cette dimension, la teneur en protéines des échantillons analysés jusqu’au 8 août s’élevait à 11,6 %. C’est une valeur moyenne à faible par rapport aux années antérieures.

L’indice Zélény moyen des lots analysés est de 34 ml ce qui est plutôt faible par rapport aux moyennes antérieures.

La détermination du nombre de chute de Hagberg au laboratoire du Cra-w à Gembloux est essentielle pour statuer sur les possibilités de valorisation en meunerie- boulangerie.
La détermination du nombre de chute de Hagberg au laboratoire du Cra-w à Gembloux est essentielle pour statuer sur les possibilités de valorisation en meunerie- boulangerie. - M. de N.

L’enclenchement de la moisson est intervenu très rapidement (vers le 15 juillet) dans les situations cumulant les facteurs de précocité pour se terminer vers le 8 août pour les situations plus tardives. La valeur moyenne du nombre de chute de Hagberg est de 305 s soit bien au-dessus des exigences minimales de la meunerie-boulangerie (220 s). La variabilité rencontrée reste importante et couvre une large plage de mesure, de 109 secondes jusqu’à des valeurs de 430 secondes.

Qualité de la récolte au regard des exigences des différents acheteurs

L’exécution des livraisons des négociants vers l’amidonnerie (Syral-Tereos) ou vers Biowanze ne devrait pas poser de problèmes à l’exception des lots de faible poids à l’hectolitre (10 % des lots à moins de 75 kg/hl) et des lots de faibles teneurs en protéines (11 % des lots à moins de 10,5 % de protéines).

En ce qui concerne les utilisations en meunerie boulangerie, l’application du barème 2014 permet la comparaison avec les années antérieures. Plus de 81 % des lots présentent un poids à l’hectolitre supérieur à 78 kg/hl ou compris entre 76 et 78 kg/hl, 16 % des lots seraient en situation de réfaction et 3 % des lots seraient déclassés en fourrager (tableau 5). L’application du barème Synagra 2017 en vigueur pour les blés standards conduirait à des réfactions pour 10 % des lots en 2017 contre 82 % en 2016 et 5 % en 2015 (tableau 6).

Et le Hagberg ?

Une « surveillance Hagberg » a été menée sur base de cinq variétés (Anapolis, Bergamo, Edgar, KWS Smart et Reflexion) issues des essais mis en place dans la région de Gembloux par l’Unité de Phytotechnie tempérée de l’ULg GxABT. Le suivi a permis d’établir que la maturité physiologique a été globalement atteinte vers le 24 juillet. Les valeurs de Hagberg se sont maintenues jusqu’au 11 août pour avoisiner 220 s au 14 août pour les variétés Anapolis, Bergamo, et Reflexion et 180 s pour les variétés Edgar et KWS Smart. La variété Bergamo a montré une évolution du Hagberg en « dents de scie » avec des valeurs plutôt faibles souvent sous les 220 s. Des analyses complémentaires au Rapid Visco Analyser (RVA) ont confirmé qu’il s’agissait bien d’une contribution enzymatique.

Les résultats obtenus sur 722 échantillons réceptionnés par le négoce montrent que 93 % des lots analysés présentent un nombre de chute de Hagberg supérieur au seuil de 220 s habituellement requis pour la meunerie. L’exécution des contrats de livraison vers les industries ayant des exigences de Hagberg ne devrait pas poser de problème particulier cette année (tableau 7).

Les teneurs en protéines sont moyennes à basses. Les hauts rendements exercent un effet de « dilution ». Ainsi 55 % des lots présentent une teneur en protéines supérieures à 11.5 % et 33 % des lots présentent une teneur supérieure à 12 %. Pour la meunerie-boulangerie, il faut cependant vérifier que, pour ces lots à teneurs élevées en protéines, la qualité au niveau du gluten (réseau protéique) (Zélény, Alvéographe ou Mixolab Chopin) est bien rencontrée.

D’après Georges Sinnaeve

, le Livre Blanc, septembre 2017