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Courrier des lecteurs : le Graal de la connaissance à… Bonne Espérance

S’il est une fête bon enfant où l’on ne se prend pas la tête, c’est bien la fête des moissons à l’abbaye de Bonne Espérance, près de Binche. Et pourtant, entre vieux tracteurs et bière d’abbaye, deux heures durant, une petite centaine de cerveaux agricoles ont « fumé » le dimanche matin.

Temps de lecture : 4 min

Objectif : « tout savoir » sur les maladies des céréales et la traçabilité des interventions. À la manœuvre, le Corder. L’argument mobilisateur était évidemment le point « phytolicence ».

Pour le retraité que je suis, la phytolicence n’est plus vraiment indispensable mais la maintenir en ordre de marche, c’est un peu comme si j’avais toujours mon certificat de « bonne vie et mœurs en agriculture ».

À vrai dire, cela m’a rajeuni : un vrai cours de phytopathologie ! Pour ceux qui croient qu’en agriculture, on voit la vie en rose, il y a matière : septoriose, helminthosporiose, rhynchosporiose… Chez les humains aussi, on connaît l’arthrose, par exemple.

Curieusement, personne ne conteste l’intérêt de la médecine. Pour les cultures, c’est différent. Il y a des militants qui se battent pour « la non-protection des plantes en danger ».

Cela s’appelle le zéro-phyto et cela rouvre la porte aux maladies du Moyen Âge que l’on croyait disparues : l’ergot du seigle et la carie du blé. À cela s’ajoutent de nouveaux fléaux qui accompagnent le réchauffement climatique. La rouille noire, quand les vents du sud comme le sirocco remontent jusque chez nous. Heureusement, tout n’arrive pas toujours en même temps. Une année sans trop d’humidité, c’est le meilleur des fongicides.

Mais les temps changent. Il y a 50 ans, c’étaient les multinationales qui donnaient le ton en proposant des solutions pour tout. Et la trilogie « opinion – médias – politique » applaudissait. Aujourd’hui, ce sont les associations anxiogènes qui occupent le terrain et la trilogie demande toujours plus de réglementations.

C’était l’autre partie de la formation du jour : le registre électronique des pulvérisations à tenir à partir de 2026, avec une nouvelle application informatique « Appi’Field » pour combiner le carnet de gestion des cultures, le local phyto et tout ce qui concerne les traitements par parcelle.

J’aurais aimé que tous mes amis écologistes suivent ce type de formation et se rendent compte de la complexité du travail d’agriculteur. Pour l’heure, quand je me balade en campagne et qu’un champ est un peu trop riche en mauvaises herbes, je leur fais remarquer : « Avant, on aurait dit en regardant ce champ que le cultivateur était bien peu soigneux. Aujourd’hui, on s’extasie : Oh, comme il est respectueux de l’environnement. Il ne met pas trop de produits ! »

Par contre, quand ils se plaignent d’avoir trop de prêles ou de liserons dans leur jardin, je leur dis : « Avant, on vendait le Roundup en grande surface à côté des couches-culottes. Aujourd’hui, vous ne pouvez plus l’utiliser et n’allez surtout pas « emmerder » votre fermier voisin, il doit tout justifier. Mais vous pouvez consulter votre « Green Machin » local ou Amazon, puis vérifiez sur Fytoweb si c’est autorisé. Si vous trouvez, prenez de préférence un bidon « prêt à l’emploi » pour éviter « la règle de trois » ».

En général, ils se contentent d’un seul produit « H.D.B » (Huile de Bras) et ne font plus d’erreur de dosage, ce qui est bien mieux pour la biodiversité. Pour les agriculteurs, il n’y a pas l’embarras du choix : il faut s’adapter à la législation, en savoir toujours plus, ne pas laisser les parasites prendre le dessus quand les conditions leur sont favorables… En espérant que les consommateurs auront au moins la reconnaissance du ventre.

JMP

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