Pommes de terre : les rendements et la qualité 2017, sous la loupe… et un œil sur le futur

Comment les prix vont-ils évoluer
? Y aura-t-il une embellie et des cours rémunérateurs dans les mois qui viennent
? Difficile à prévoir, mais la Fiwap délivre toutefois une série d’éléments éclairants.
Comment les prix vont-ils évoluer ? Y aura-t-il une embellie et des cours rémunérateurs dans les mois qui viennent ? Difficile à prévoir, mais la Fiwap délivre toutefois une série d’éléments éclairants. - M. de N.

L a collaboration étroite entre la Fiwap et le Carah en Wallonie, ainsi qu’avec le Pca, Inagro et le Pibo en Flandre, a permis de réaliser le suivi cultural de 76 parcelles de référence pour 7 variétés choisies selon leur représentation dans les surfaces belges de pomme de terre de consommation.

Selon les variétés, l’échantillonnage a eu lieu de 2 à 6 fois au cours de la période de croissance. Au total, quelque 330 prélèvements ont été réalisés.

Variétés (mi)-hâtives Amora et Anosta

L’essentiel des plantations a eu lieu durant la première décade d’avril, ce qui est relativement tôt pour une variété mi-hâtive telle qu’Anosta. En raison de la sécheresse quasi permanente en mai et juin, le premier prélèvement en Amora (fin juin) et en Anosta (début juillet) a montré des rendements très faibles sur les parcelles « en sec », tandis que les parcelles irriguées atteignaient un rendement correct avec un calibre bien plus gros. Les pluies survenues à partir de mi-juillet sont arrivées trop tard et en trop faibles quantités, de sorte que la différence entre parcelles irriguées et non irriguées s’est maintenue.

Amora a obtenu un rendement moyen de 32 t/ha (contre 42 t/ha de moyenne pluriannuelle). Anosta a terminé à 37 t/ha (moyenne pluriannuelle à 41 t/ha). Le PSE avait atteint de très hautes valeurs sur les parcelles sèches; avec le retour des pluies, la différence avec les parcelles irriguées s’est réduite. La couleur de friture était excellente pour les 2 variétés.

Bintje : PSE en souffrance...

Les plantations se sont succédé rapidement en avril de sorte que les variétés de conservation ont une date moyenne de plantation variant entre le 10 et le 21 avril. La sécheresse a très rapidement limité la croissance du feuillage, et les températures élevées ont induit du rejet/repousses dès fin juin-début juillet, de manière quasi généralisée.

Le rendement de Bintje a pris du retard jusqu’à la mi-août lorsque les pluies sont revenues. Accompagnées de températures modérées, elles ont stimulé une croissance continue et régulière et ont mené à une sénescence lente. La variété a ainsi compté près de 160 jours de culture pour atteindre un rendement brut (tare pomme de terre non déduite) de 50 t/ha en 35 mm+, légèrement supérieur à la moyenne des 10 dernières années, comme le montre le tableau 2 . Le rejet/repousses (ou parfois l’excès d’azote rajouté en cours de culture et couplé à une bonne minéralisation fin août – début septembre) ont pesé sur le poids sous eau à seulement 373 g/5 kg de moyenne, avec 30 % des parcelles sous la norme de 360 g/5 kg, et 30 % comprises entre 360 et 370 g/5 kg.

Des flottantes (bain de sel de 1.060 g/l) sont observées sur près d’une parcelle sur 2, variant de 3 à 16 %.

Comparé à la moyenne des 10 dernières années, le rendement 2017 est plus élevé de quelque 2 t/ha, mais il reste inférieur à celui obte nue en 2014 ! Le calibrage moyen est très comparable à la moyenne pluriannuelle, tandis que le PSE est bien inférieur (de l’ordre de 15 g/5 kg).

... comme en Fontane

Les parcelles suivies pour cette variété ont été plantées en moyenne le 12 avril, soit près de 2 semaines plus tôt que lors des 9 années précédentes. Après un arrêt prolongé dû à la sécheresse, la croissance a repris en août et s’est prolongée exceptionnellement tard (164 jours de culture !). Le rendement brut final (tare pomme de terre non déduite) est évalué à 58 t/ha avec un calibre normal et un PSE inférieur à la moyenne pluriannuelle ( tableau 3 ). Pour 10 à 15 % des parcelles, la norme de 360 g/5 kg n’a pas été atteinte, ce qui est assez exceptionnel puisque Fontane ne montre habituellement pas de problèmes d’accumulation de matière sèche. L’indice de brunissement à la friture était toutefois excellent.

Par rapport à la moyenne des 9 dernières années, Fontane atteint cette année 6 t/ha de rendement brut en plus grâce à un plus gros calibre. Mais le rendement de cette année est bien inférieur à celui de 2014 (- 4 t/ha !). Le PSE cette année est le plus faible de ces 5 dernières saisons (et de 20 points inférieurs à la moyenne pluriannuelle), mais comparable à 2014 et 2015.

Innovator : gros calibre, faible PSE

Les 7 parcelles de référence se situaient toutes en Wallonie. Innovator a fait son rendement plus tôt que les autres variétés pour atteindre une production brute finale de 54 t/ha ( tableau 4 ), légèrement plus élevée que la moyenne des 7 dernières années (52 t/ha). Le calibre est finalement un peu plus gros que la normale, tandis que le PSE est le plus faible des 4 variétés principales de conservation : 365 g/5 kg de moyenne, avec 1 seule parcelle (sur les 7) supérieure à 370 g/5 kg ! Cela n’empêche pas la qualité de cuisson d’être excellente.

Par rapport à la moyenne des 7 dernières années, Innovator a un meilleur rendement cette année grâce à un plus gros calibre. Le PSE est par contre inférieur de l’ordre de 7 g/5 kg.

Challenger en Flandre

Challenger a prolongé tardivement sa croissance ( tableau 5 ) pour atteindre en moyenne 55 t/ha avec 87 % de 50 mm+. C’est mieux que les années récentes. Le PSE n’a pas posé de problèmes non plus cette année avec une moyenne de 419 g/5 kg et toutes les parcelles largement supérieures à 360 g/5 kg.

Perspectives dans le nord-ouest européen

Les récoltes obtenues en Belgique, France, Allemagne, Royaume-Uni et Pays-Bas sont de bonne, voire très bonne facture, elles sont aussi très hétérogènes, et se montrent par endroits inférieures aux moyennes indiquées ci-avant. De fait, certains producteurs, notamment dans le Hainaut occidental et le Nord de la France, ne pourront pas remplir leurs contrats. Heureusement – pour eux en tout cas – ils ont pu (ou ils pourront) acheter du « libre » à bon marché.

Que sera la saison 2017-2018 ? Comment les prix vont-ils évoluer ? Y aura-t-il une embellie et des cours rémunérateurs dans les mois qui viennent ? Tentative d’éclairage.

Une situation difficile, mais…

La situation actuelle est très difficile puisque les marchés sont clairement engorgés. Mais il ne faut pas pour autant condamner la saison. Voici quelques éléments qui auront d’une manière ou d’une autre une influence (négative ou positive) dans les prochains mois :

– bonne récolte à travers tout le nord-ouest européen, mais aussi au-delà (Pologne…), mais moins bonnes récoltes en Tchéquie et en Bulgarie ;

– zones en bordure maritime aux Pays-Bas, en Allemagne et en Pologne qui, soit ne seront pas entièrement récoltées, soit montreront de gros problèmes dus aux excès d’eau : pourritures, asphyxie… Des parcelles ne seront pas récoltées, d’autres sortiront des hangars sans qu’il faille ouvrir les portes… Des échos très négatifs (dont du déstockage en urgence) proviennent déjà principalement des zones en bordure maritime (De Boulogne à Den Helder, en passant par Dunkerque, la côte belge, Bergen op Zoom, Rotterdam…) mais aussi au-delà dans de larges zones de Basse Saxe, Poméranie, Pologne du nord-ouest (Dantzig)… Souvent, il s’agit de Fontane ou de Challenger… ;

– un certain pourcentage de Bintje, mais aussi parfois de Fontane, Innovator et d’autres variétés encore, n’atteint pas les 360 g/5kg de pois sous eau (PSE). Ces lots (ou parties de lots) seront éliminés au bain de sel et ne seront a priori pas utilisés (en tout cas pas totalement) par l’industrie de la transformation ;

– en année à faible prix, le « gaspillage » de pommes de terre est toujours plus important qu’en période avec des prix à 20 ou 25 €/q… Tout au long de la chaîne, des producteurs aux transformateurs, en passant par le négoce et les éplucheurs / préparateurs on trie, on tare, on jette et on perd un peu plus de pommes de terre… ;

– le rendement transformation se réduit de 2 % pour 10 points perdus de PSE : il faudra plus de pommes de terre cette année pour produire la même quantité de frites que l’an passé (PSE particulièrement élevés) ;

– l’industrie féculière néerlandaise et allemande a déjà commencé à utiliser des volumes initialement destinés à la transformation (frites et chips/croustilles) pour la production d’amidon ;

– l’industrie des flocons va également utiliser plus de volumes de pommes de terre de consommation pour faire des flocons;

– une part de la récolte a été « éliminée » au déterreur, car en Bintje, une part importante des tubercules flottants se concentre dans le calibre 0-50 mm. Pour réduire les risques en conservation et pour augmenter la part de 50 mm+ dans les lots, les déterreurs ont souvent été « ouverts » ;

– les perspectives d’expéditions et d’exportations de pommes de terre fraîches sont relativement bonnes vers les pays (Afrique et Europe de l’Est) qui cherchent des pommes de terre « bon marché » ;

– augmentation constante ces 3 dernières années des capacités de transformation des usines belges (et dans une moindre mesure des unités hollandaises et allemandes). Pour rappel, depuis 2014, les capacités de transformations ont augmenté de plus d’1 million de tonnes pour atteindre sans doute près de 5 Mt ;

– malgré les bons chiffres de rendement cette année, la production 2017 dans le Nepg (UE-5) est inférieure à 2014 : elle devrait se situer autour de 28,2 Mt, contre 28,5 Mt en 2014. Alors que les capacités des usines ont fortement augmenté ;

– les statistiques disponibles jusque fin juin dernier montrent une croissance continue des exportations des produits transformés du nord-ouest européen, et ce malgré un € relativement fort. Les cours très bas actuels vont également permettre à l’industrie européenne de baisser ses coûts de production et devenir encore plus concurrentielle sur les marchés mondiaux de la frite.