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Le glyphosate, un procès éthique?

Le glyphosate est source de beaucoup de discussions actuellement. Tout le monde en parle, et le grand public entend partout à quel point il met notre santé en danger. Mais toutes les accusations sont-elles bien objectives?

Temps de lecture : 4 min

Sauf un Martien qui viendrait d’atterrir, tout le monde sait que le glyphosate est en procès. Et quel procès !

Original  : c’est un produit qui est dans le box des accusés.

International  : toute l’Europe est concernée.

Passionnel  : au niveau de l’accusation, mais c’est la loi du genre.

Impartial  ? tout dépend des juges et des témoins. S’ils sont politiques… on peut toussoter ; s’ils sont scientifiques, on peut toujours les dénigrer ; s’ils sont journalistes, il y aura à boire et à manger.

Un procès commence toujours par la présentation de l’accusé dans le style : « Levez-vous, nom, prénom, âge, profession. »

L’accusé  : Mon nom est « glyphosate ». Avant, on me surnommait « Roundup » mais depuis que, avec l’âge, j’ai perdu mon brevet, je suis devenu un produit blanc. Je suis d’ailleurs un peu perdu, puisque mes parents, les Monsanto, ont disparu des écrans radars.

En fait, je suis né en 1974, il y a 43 ans. Les bonnes fées de l’époque étaient penchées sur mon berceau, se réjouissant de ma naissance : un produit révolutionnaire, disait-on, parce que non-toxique par rapport à tout ce qui existait auparavant.

Quant à mon métier, il est simple : je suis un désherbant (presque) total.

Le juge  : Hé, hé… Les bonnes fées vous ont plutôt abandonné. Mais soyez plus explicite. Que faites-vous ici en Europe et dans le monde ?

L’accusé  : En Europe, les agriculteurs m’utilisent presque exclusivement pour détruire les couverts végétaux. Ce sont ces engrais verts qu’on incorpore à la terre entre deux cultures. Cette technique permet de retenir l’azote dans l’horizon de surface, fixe du carbone atmosphérique en carbone organique et stimule la vie microbienne de sols. Comme vous le savez, c’est cette activité biologique qui dégrade les végétaux, et moi-même, en molécules ordinaires et inoffensives.

Ailleurs, sur d’autres continents, là où les cultures sont génétiquement modifiées, on m’utilise bien davantage, et de manière répétitive, pour un désherbage facile, du soja notamment.

Le juge  : Nous y voilà : vous traficotez avec les OGM.

La défense  : Objection, votre honneur ! Mon client est utilisé par les OGM, « à l’insu de son plein gré ». Cette proximité d’image n’est-elle pas la source de tous ses ennuis et de l’hostilité dont il est l’objet ?

Le juge  : Pas si vite. Votre produit se dégrade dans le sol, mais au niveau des végétaux, on peut retrouver sa trace, au moins sous une forme métabolisée. Ces végétaux sont ensuite ingérés par les humains. Leur innocuité n’est pas totalement garantie, et comme le chantait Jacques Brel « … Si c’est pas sûr, c’est quand même peut-être ». Je me dois d’appliquer le principe de précaution.

La défense  : Certes, votre honneur, sauf qu’en l’espèce, ce qui est sûr, c’est que le risque est nul pour les Européens. Puisque l’Europe s’interdit l’usage des OGM, le glyphosate ne se retrouve dans aucun aliment. À ma connaissance, personne ne mange des engrais verts.

Le juge  : Si je vous entends bien, toute cette agitation autour du glyphosate, ici en Europe, n’aurait aucun sens puisqu’aucun risque… ?

La défense  : À une exception près : les végétariens qui consomment beaucoup d’aliments à base de protéines de soja n’ont pas la certitude qu’il ne puisse pas y avoir des traces. Pour ceux qui mangent de tout, de préférence local avec de la viande en quantité raisonnable, le risque est quasi nul !

Le juge  : Vous me mettez dans l’embarras. Si j’innocente votre client, je vais être traîné dans la boue par certains médias et j’aurai des politiques sur le dos. Que dit le prévenu ?

L’accusé  : Je ne suis qu’un produit, heureux de rendre service. Je le suis d’autant plus qu’en Europe, mon usage est désormais réservé aux professionnels de l’agriculture, et cet usage concerne des techniques vertueuses pour l’environnement. Vous êtes curieux, vous, les hommes. Vous voulez m’éliminer sur le continent où je suis le moins utilisé et sans risque, alors qu’on me laisse tranquille là où on m’utilise en grande quantité sur des cultures alimentaires depuis des décennies.

Le juge  : Dois-je conclure que le psychologique a pris le pas sur la logique ? C’est au tribunal d’en délibérer. J’espère pour vous que cet organisme ne se laissera pas psychologiquement manipuler car, vous ne l’ignorez pas : « Il n’y a rien de plus fort que l’idée ».

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