De l’école à la ferme: le herd-book Aubrac prend son envol en Wallonie
Le herd-book Aubrac a soufflé sa première bougie en décembre. Aux commandes ? Gilles Herbecq, jeune éleveur à l’origine du projet. Une idée née lors de son travail de fin d’études, avant de prendre corps sur le terrain. À Ellezelles, il nous a accueillis dans sa ferme, entièrement dédiée à cette race française qui a réussi à trouver sa place dans les élevages wallons.

C’est la période des vêlages à la ferme Nespelier. Fièrement, Gilles Herbecq présente le premier veau de la saison 2026. Un mâle né le 9 janvier. Sous le pis de sa mère, Mignonne, il coule des jours heureux. « La femelle est l’une de nos premières vaches. Elle a dix ans et vient de France », raconte l’éleveur. Il confie que le jeune mâle se nommera probablement Beau. Un nom qui semble déjà lui aller comme un gant.
« Il est destiné à être vendu comme reproducteur. Je n’ai pas assisté au vêlage. D’ailleurs, je n’ai jamais vu cette femelle mettre bas : elle s’en sort toujours toute seule », sourit-il. À côté, deux autres mâles, dont le premier meuglement date de l’année passée, observent la scène. Pas à pas, stabulation après stabulation, le jeune homme fait le tour de ses bêtes. Difficile d’imaginer que, quelques années plus tôt, cette ferme, aujourd’hui composée de deux bâtiments distincts, n’était encore qu’une prairie. Plus étonnant encore, Gilles n’avait jamais travaillé avec des vaches avant 2020.
En effet, s’il connaît aujourd’hui l’Aubrac sur le bout des doigts, c’est cette année-là que les premiers bovins arrivent sur l’exploitation. Un défi de taille pour la famille. « Nous n’avions ni élevage ni culture. Mon père, fonctionnaire à l’administration communale, souhaitait revenir à ses racines. Mes arrière-grands-parents étaient agriculteurs. Sur les quelques terres familiales, il a voulu commencer à élever des bovins », explique-t-il.
Afin de se lancer dans cette nouvelle aventure, Jean-Marc décide d’acquérir une quinzaine d’Aubrac. Une race coup de cœur. Ces animaux font donc le trajet depuis la Lozère, dans le Massif central, berceau de la race, jusqu’aux terres hennuyères. Autodidacte, la famille apprend à connaître ces nouvelles venues. Puis, au fil du temps, le cheptel augmente pour atteindre une cinquantaine de bêtes à l’heure actuelle.

Mettre cette race en lumière et augmenter le nombre d’éleveurs
Finalement, la passion se transmet de père en fils… Elle monte même d’un cran puisque, aujourd’hui, Gilles est président du herd-book Aubrac. Une histoire dont le premier chapitre s’écrit lors d’un stage à l’Association wallonne des éleveurs, effectué dans le cadre de ses études en agronomie, à Ath. « J’y allais avec l’envie d’apprendre un maximum. Lorsque j’étais au bureau, on m’a dit que si je souhaitais développer un herd-book pour la race, c’était possible : qu’on allait le faire ! ».
Ainsi, d’une création fictive née dans le cadre d’un travail de fin d’études, l’idée prend forme, prend vie. L’étudiant recense les éleveurs wallons, les contacte et entame les démarches nécessaires à la mise en place de l’organisme.
En septembre 2024, il défend son TFE, tandis qu’en décembre 2024, c’est l’aboutissement de ce travail avec le lancement officiel du herd-book. Ce dernier est composé d’une quinzaine d’élevages. « Il comprend des fermes avec 5 ou 6 Aubrac, jusqu’aux plus grosses structures », note celui qui en prend la présidence. Âgé de 22 ans, il peut compter sur le soutien des autres membres, à l’instar de Jonathan Pochet, vice-président.
Cette équipe de passionnés définit également les finalités de la structure, à savoir promouvoir l’Aubrac en Belgique, favoriser les échanges entre éleveurs, assurer un suivi génétique et préserver le standard de la race. Le premier objectif a déjà pris forme avec la présentation de ces bovins aux Foires de Libramont, en 2024 et 2025, et à Battice l’année passée. Cette visibilité sera également renforcée prochainement sur les réseaux sociaux. L’ensemble permettra, il l’espère, d’augmenter le nombre d’éleveurs adhérents et de bêtes inscrites. « Nous sommes en discussion pour mettre en place une cotisation sympathisants, pour ceux qui ne souhaitent pas inscrire leurs bêtes, mais donner un coup de pouce ».
Le succès des colis à la ferme
Parallèlement à cette fonction, Gilles s’occupe des animaux présents au sein de l’exploitation. Une vingtaine de vêlages s’y déroule annuellement. « Nous avons débuté avec trois mises-bas… Ce chiffre a bien augmenté en quelques années », complète-t-il.
Les inséminations artificielles sont uniquement pratiquées pour les génisses, bien que deux taureaux reproducteurs soient présents sur la ferme pour les autres femelles. « Cela me permet d’assurer des naissances faciles. Dans ces terres, les fourrages sont très riches et il s’agit d’animaux qui s’entretiennent bien, parfois avec peu. Les génisses peuvent être un peu trop grasses pour un premier vêlage. Cela permet, en outre, de varier la génétique ».
Environ la moitié des mâles est vendue comme reproducteurs. Grâce aux pedigrees et certificats zootechniques récupérés pour certains bovins en France, les animaux sont inscrits au livre A. Cela permet à leur descendance d’être, elle aussi, inscrite dans ce registre, tandis que le livre B regroupe les animaux dont l’origine n’est pas certifiée. Une réelle plus-value à la vente.
Quant à ceux du livre B, ils sont castrés à la naissance, une pratique liée au mode de production biologique. Les bœufs sont ensuite réformés entre 28 et 36 mois, selon la demande. Bref, lorsque leur poids vif est compris entre 700 et 800 kg, pour un rendement carcasse moyen de 60 %. Ils sont ensuite vendus sous forme de colis à la ferme, mais aussi à un restaurant du village. Là encore, il s’agit d’une histoire de famille puisque la maman, Marie, est en charge de la commercialisation. « Nous avons une moyenne de cinq animaux abattus par an. Cependant, nous pourrions augmenter nos ventes car nous sommes un peu victimes de notre succès. C’est pour cela que je pense passer à 6 à 7 bêtes.
Les femelles, quant à elles, sont conservées pour l’élevage. Bien que l’objectif soit de rester à une cinquantaine de têtes, les éleveurs doivent composer avec la surface disponible. « Nous allons passer aux vaches de réforme pour celles âgées de 7 à 13-14 ans. Si l’on développe encore notre cheptel, il n’y aura plus suffisamment de place en bâtiment. Petit à petit, nous avons eu l’opportunité de travailler sur davantage de prairies et de surfaces labourables. Cependant, comme nous sommes une jeune exploitation, nous ne sommes pas soumis au bail à ferme, ce qui freine l’agrandissement. La majorité de nos locations sont annuelles ».
Résilientes face au changement climatique
Évidemment, l’agriculteur ne tarit pas d’éloges à propos de ses vaches aux yeux maquillés. Ici, les veaux sont élevés au pis jusqu’à leurs 9 à 10 mois. Les femelles sont appréciées pour leur fertilité, avec un intervalle vêlage-vêlage inférieur à un an. Quand vient l’heure de la mise-bas, là aussi, tout se déroule majoritairement sans encombre. Et ce n’est pas leur seule qualité…
Reconnues comme des animaux rustiques, elles valorisent très bien leur fourrage. « Nous pourrions les engraisser uniquement au foin si nous le souhaitions ». Mais dans cette exploitation, bien que la base de l’engraissement repose sur des fourrages de luzerne et du foin de prairie naturelle, un complément leur est donné : une farine de méteil gras composée de triticale, d’avoine et de pois. Le tout est produit sur l’exploitation.
Élégantes, avec leurs cornes torsadées, elles sont également reconnues pour leur rusticité, résistantes au froid comme à la chaleur. « Quand il fait 35 degrés, elles ne sont même pas à l’ombre », note l’éleveur. Il ajoute : « Par rapport au changement climatique, ces vaches parviennent à tirer leur épingle du jeu. Elles font du stock et s’engraissent lorsqu’il y a du fourrage. Lorsque ce n’est plus le cas, elles arrivent à puiser dans leurs réserves, sans mettre à mal leur potentiel laitier ».
À l’étable comme en prairie, il faut aussi avouer que leur élégance et leur robe composée de différentes nuances de tons ne laissent personne indifférent.





