Accueil Bovins

Importations européennes de bovins: quels impacts pour les élevages belges?

Les échanges intracommunautaires de bovins au sein de l’Union européenne concernent des millions de têtes de bétail. Ainsi, plus de 4 millions de bovins y sont annuellement échangés entre les États membres, vers les abattoirs ou à destination de l’élevage. À la hausse en 2025, quelles sont les conséquences de cette intense circulation de bovins, en termes de sécurité sanitaire pour nos cheptels ?

Temps de lecture : 11 min

En Belgique , nous avons remarqué une nette augmentation de bovins importés dans nos troupeaux : 75.265 d’animaux en 2025 en troupeaux d’élevage ou d’engraissement contre 50.400 bovins en 2024, soit une augmentation de 49 % !

Cette hausse concerne, proportionnellement, davantage l’Allemagne, la France, la République Tchèque et le Danemark comme le montre la figure 1.

Figure 1 : nombre de bovins importés en Belgique en 2024 et 2025 depuis les principaux pays exportateurs (source : Arsia).
Figure 1 : nombre de bovins importés en Belgique en 2024 et 2025 depuis les principaux pays exportateurs (source : Arsia).

 

Des échanges intracommunautaires cadrés

Les mouvements de bovins au sein de l’UE sont strictement encadrés par la réglementation européenne, désormais intégrée dans le règlement (UE) 2016/429 – Animal Health Law.

La traçabilité et les certificats sanitaires sont obligatoires. En effet, l’importation de bovins en Belgique en provenance d’un autre État membre doit être accompagnée de certificats sanitaires et de contrôles vétérinaires avant le départ. L’introduction de bêtes sans certificat est interdite, précisément pour éviter les risques de propagation d’agents infectieux.

Toujours au sein de l’UE, les échanges de bovins vivants ou de produits animaux sont contrôlés aux postes frontaliers vétérinaires et via le système Trace (Trade Control and Expert System), plateforme de certification sanitaire de la Commission européenne, afin d’assurer le respect des normes sanitaires européennes avant l’entrée sur le territoire.

De plus, en droit européen, les contrôles sanitaires lors des échanges d’animaux vivants sont toujours réalisés avant le départ, par les autorités sanitaires compétentes du pays d’origine.

Il est important de retenir que ces obligations sanitaires préalables aux mouvements ne concernent qu’une partie des maladies animales, à savoir les maladies listées dans la Loi de santé animale en catégories supérieures à « D ».

En d’autres termes, les risques sanitaires liés aux échanges ne sont pas totalement « couverts » par la législation européenne. L’exemple le plus marquant d’une maladie non listée et donc non couverte par la législation européenne, est celui de la besnoitiose.

En fonction de la maladie, du statut sanitaire des animaux, de l’établissement d’origine, voire de la région d’origine mais aussi du statut sanitaire du pays de destination et de la « finalité » (abattage immédiat, engraissement ou élevage), les règles et les conditions sanitaires préalables au mouvement vont varier et peuvent comprendre, selon les cas, des quarantaines obligatoires et/ou des tests préalables et/ou des vaccinations obligatoires ou au contraire, l’absence de vaccination récente.

Il est important de retenir que ces contrôles réglementaires minimisent les risques sanitaires mais ne peuvent jamais totalement éliminer la possibilité d’introduction de pathogènes !

Des répercussions économiques…

Au niveau de la concurrence et de notre économie, si la Belgique importe un grand volume de bovins depuis d’autres États membres (par exemple pour l’engraissement ou la reproduction), cela peut affecter le marché local. Notamment via la pression sur les prix si l’offre augmente sans une demande correspondante, mais aussi suite à une concurrence accrue pour les éleveurs belges déjà soumis à des coûts de production élevés.

Par ailleurs, même au sein de l’UE, les pratiques d’élevage varient (densité animale, usage d’antibiotiques, bien-être animal). Selon certains observateurs, des normes divergentes peuvent favoriser des importations à moindre coût qui ne reflètent pas les mêmes standards de bien-être animal ou de biosécurité, créant une forme d’« arbitrage réglementaire ».

… Et d’autres préoccupations indirectes

Bien que cela concerne surtout les animaux exotiques ou les produits illégaux, l’introduction de pathogènes via le commerce d’animaux (légal ou non) constitue un risque global pour la biodiversité et potentiellement pour la santé animale.

Notons aussi que des accords commerciaux, comme avec les pays du Mercosur, soulèvent des inquiétudes quant à l’importation de produits agricoles (y compris animaux ou viande bovine) produits sous des normes différentes, avec des enjeux sanitaires et environnementaux discutés dans plusieurs États membres de l’UE.

Des maladies qui s’échangent entre les différents pays

Des maladies telles que l’IBR, la BVD, la brucellose, la tuberculose ou encore la leucose sont prises en compte dans les réglementations d’échanges intracommunautaires. Toutefois, le vice rédhibitoire relatif à certaines d’entre elles (IBR, BVD…) n’est applicable que pour les échanges nationaux et ne peut être invoqué pour les importations. On est donc mieux protégé à ce niveau-là lorsqu’on achète sur notre propre territoire.

Néanmoins, malgré le suivi implémenté dans l’UE, plusieurs maladies animales peuvent encore s’échanger entre les différents pays. Les bovins importés peuvent transmettre des infections graves au cheptel belge, avec des conséquences sanitaires et économiques importantes. C’est pourquoi, des maladies supplémentaires ont été prises en compte ces dernières années dans la réflexion des risques sanitaires liés aux mouvements des bovins vers la Belgique : en particulier la circulation de différents sérotypes de la fièvre catarrhale ovine (FCO), de la maladie hémorragique épizootique (MHE), de la besnoitiose et tout dernièrement, bien évidemment, la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) !

 

Points actuels d’attention sur les principaux risques sanitaires

La FCO, ou maladie de la langue bleue, est une maladie virale touchant les ruminants domestiques (ovins, bovins, caprins) et sauvages. Les principaux symptômes rencontrés sont de la fièvre, un œdème de la face, une cyanose de la langue, des problèmes de respiration et une perte de production. Plusieurs sérotypes de la FCO circulent en Europe. Mais la France étant officiellement infectée par les sérotypes 4 et 8, lors de l’introduction d’un bovin français vers la Belgique, pour ces deux sérotypes, sont requis : un traitement insecticide à l’arrivée avec 14 jours de protection et un test PCR négatif (pour les sérotypes autres que le 3) ou une vaccination

La MHE est une maladie virale des ruminants (bovins, cervidés) transmise par des moucherons culicoïdes ; le réchauffement climatique a un impact non négligeable sur l’apparition de ces maladies en Europe. Les signes cliniques sont très semblables à ceux de la FCO : fièvre, boiterie, perte de production, etc.

Entre 2023 et 2024, il y a eu propagation importante de la MHE en Espagne, au Portugal puis en France (plus de 4.000 foyers). En 2024, vu l’absence de vaccin, cette maladie représentait une grave menace pour la Belgique lors d’importations d’animaux infectés ou porteurs. Elle a donc fait l’objet d’une législation spécifique encadrant strictement l’arrivée en Belgique des bovins provenant de zones à risque, incluant un dépistage obligatoire. Suite à la mise sur le marché en 2025 de vaccins permettant de prévenir la virémie, les conditions sanitaires ont été adaptées dans la législation européenne pour imposer un dépistage virologique et/ou une vaccination obligatoire préalablement au départ des bovins. Cependant, en Belgique, les opérateurs qui importent des bovins ou des cervidés depuis un pays à risque doivent avertir leur vétérinaire au minimum 48 h avant l’arrivée des animaux, de sorte que ce dernier puisse les examiner dans les 12 h qui suivent leur arrivée sur le territoire et prélever des échantillons de sang en vue de la réalisation d’un test PCR de dépistage.

Le parasite Besnoitia Besnoitii, responsable de la besnoitiose bovine ou « maladie de la peau de l’éléphant », transmise principalement par des insectes piqueurs (taons, mouches…) est largement présent dans le sud de l’Europe (France, Espagne, Portugal, Suisse et Italie).

Considérant que la besnoitiose bovine est pratiquement impossible à traiter, que son incidence a augmenté fortement chez les bovins importés de régions où elle est endémique et que notre pays est actuellement épargné, il s’agit d’éviter à tout prix l’introduction et la propagation de cette maladie dans nos troupeaux.

Dans ce contexte, en mars 2024, la Belgique a instauré un dépistage obligatoire pour tout mouvement d’animaux en provenance d’un pays à risque et/ou d’un troupeau à risque. Tout bovin de « contact » (détenu ou ayant été détenu dans un établissement en même temps qu’un bovin infecté par la besnoitiose ou qu’un « bovin à risque » n’ayant jamais été dépisté) doit être testé. Ces analyses sérologiques sont automatiquement intégrées dans le cadre des prises de sang à l’achat ou de maintien du statut IBR.

En outre, certaines pathologies à risque lors de nos échanges intracommunautaires peuvent entraîner un abattage obligatoire, des restrictions de mouvement et de fortes pertes économiques pour les éleveurs. Nous pensons particulièrement à la DNC ainsi qu’à la fièvre aphteuse, maladies de catégorie A.

La DNC : bien plus contagieuse que la FCO !

Originellement cantonnée à l’Afrique, au Moyen-Orient et à certaines parties de l’Asie, la DNC a progressivement gagné du terrain vers l’Europe. Au cours des dernières années, des foyers ont émergé dans les Balkans, puis dans plusieurs pays de l’UE. En juin 2025, l’Italie a confirmé des cas en Sardaigne et en Lombardie. Peu après, la France a détecté son premier foyer le 29 juin 2025, en Savoie. L’apparition de la DNC cet été en France a semé le chaos et la détresse dans les élevages de l’est de la France (départements de Savoie et Haute-Savoie). De nouveaux foyers ont ensuite été déclarés à la frontière espagnole à l’automne dernier.

L’incubation de la maladie est très longue (jusqu’à 5 semaines), mais les animaux sont déjà contagieux durant cette phase alors que les signes cliniques ne sont pas toujours visibles. De plus, ce virus est très résistant dans l’environnement. Sur de longues distances, il se transmet exclusivement par les mouvements d’animaux infectés ou de matériel contaminé (fumiers, colostrum, doses de spermes, croûtes…) ou encore les mouvements d’insectes piqueurs véhiculés en même temps que les bovins. Les sorties de bovins en provenance des zones réglementées sont bien entendu interdites par la réglementation européenne. Le risque pour la Belgique n’est pas l’importation de bovins à partir d’une zone contaminée mais plutôt à partir d’une zone non réglementée où le virus est déjà présent mais n’a pas encore été détecté   !

Il est aussi important d’ajouter que les tests de dépistage (par exemple un test PCR sur sang) appliqués sur l’ensemble des bovins d’un foyer ne permettent pas toujours d’identifier avec certitude l’ensemble des animaux infectés par la DNC dans un troupeau. En effet, chez un animal infecté en période d’incubation, le virus n’est présent dans le sang – et donc détectable au laboratoire – que durant une courte période (quelques jours).

De ce fait, une législation encadrant le suivi des importations de bovins en provenance de zones/pays à risque sera prochainement publiée.

La réapparition de la fièvre aphteuse

Du fait des pertes économiques qu’elle entraîne, la fièvre aphteuse figure parmi les pathologies majeures affectant la production et le commerce international des denrées d’origine animale, la sécurité alimentaire et le développement économique, tant au niveau des petits éleveurs que dans les filières de production plus organisées.

Très contagieux, ce virus peut affecter plusieurs espèces domestiques (bovins, ovins, caprins, porcins, camélidés, etc.) et sauvages (cervidés, sangliers, etc.). Le dernier foyer détecté en Europe remontait à 2011, en Bulgarie, mais ce virus a refait son apparition en Europe au début de l’année 2025. Un premier foyer a été détecté en Allemagne (région nord-ouest) le 9 janvier 2025 sur des buffles d’Asie. Le 6 mars, la Hongrie a rapporté un foyer, sans relation avec le cas détecté en Allemagne, dans un élevage de vaches laitières situé non loin de la frontière slovaque. Le 20 mars, la Slovaquie a notifié dans trois élevages laitiers des foyers dont le virus identifié était le même qu’en Hongrie. D’autres foyers ont suivi… Les élevages concernés totalisent 6.566 bovins en Slovaquie et 4.446 en Hongrie. Fin avril 2025, au total, six foyers ont été rapportés en Slovaquie et cinq en Hongrie. Tous ont depuis lors été assainis et l’épidémie stoppée, mais au prix de mesures drastiques de dépeuplement complet dans les foyers.

En Belgique, nous avons importé davantage de bovins issus de République Tchèque cette année qu’en 2024, pays frontalier avec la Slovaquie et la Hongrie… C’est pourquoi, nous devons rester attentifs dans nos échanges et tenir à l’œil ce risque majeur pour nos troupeaux belges.

Les importations de veaux en Belgique

Nous relevons ces deux dernières années un développement de la filière des veaux « rosés » au sein de notre pays. Souvent issus de races mixtes ou laitières, ceux-ci sont élevés sous la mère ou nourris au lait avec un complément d’herbe et de céréales jusqu’à l’âge de 8 à 12 mois. Cette méthode produit une viande tendre et rosée. Suite au développement de cette filière, le nombre d’importations de veaux, particulièrement en provenance de l’Allemagne, est en forte hausse comme le montre la figure 2, bien que Le Danemark, la France, la République Tchèque et le Luxembourg restent aussi des pays importateurs de veaux.

Figure 2 : principales importations de veaux en Belgique en 2024 et 2025 (source : Arsia).
Figure 2 : principales importations de veaux en Belgique en 2024 et 2025 (source : Arsia).

Des bovins français plus nombreux sur notre territoire

L’Allemagne reste notre plus grand pays importateur, nous notons néanmoins que la France arrive en 2e position suivie du Grand-Duché du Luxembourg, du Danemark, des Pays-Bas et de la République tchèque.

En analysant plus profondément les imports par pays, on remarque que les importations de bovins français vers la Wallonie ont plus que doublé en 2025 (voir figure 3) alors que la DNC et la MHE circulent parmi ces troupeaux ! Il est important de le communiquer afin de conscientiser chacun des risques encourus lors de ces achats.

Figure 3 : comparaison du nombre d'importations de bovins (hors veaux engraissement) dans nos troupeaux wallons en 2024 et 2025, depuis les pays exportateurs les plus importants source : Arsia).
Figure 3 : comparaison du nombre d'importations de bovins (hors veaux engraissement) dans nos troupeaux wallons en 2024 et 2025, depuis les pays exportateurs les plus importants source : Arsia).

Appliquer strictement les règles de biosécurité

Les importations intracommunautaires de bovins sont encadrées par la réglementation européenne mais elles ne sont pas sans risques et demeurent l’un des vecteurs principaux d’introduction de maladies. Les risques actuellement les plus préoccupants dans l’espèce bovine sont la DNC, la fièvre aphteuse, l’IBR, la MHE et les différents sérotypes de FCO.

Bien que la Belgique ait répondu par des campagnes vaccinales massives pour certaines de ces maladies, toutes ne permettent pas de mettre en place un suivi vaccinal. Vu le contexte épidémiologique actuel, notamment en France et dans certains pays de l’est de l’Europe, l’Arsia déconseille fortement toutes les importations de ces pays à risque pour les maladies évoquées.

Si des importations ont quand même lieu, les règles de base en matière de biosécurité restent absolument nécessaires et doivent être strictement appliquées. Ces dernières sont : une quarantaine stricte (minimum 30 jours), qui respecte les principes en matière de biosécurité, des examens vétérinaires, une protection contre les insectes, des restrictions de mouvements, et enfin une déclaration rapide lors de toute suspicion.

A lire aussi en Bovins

Des nouvelles mesures pour lutter contre l’IBR

Bovins Suite à une concertation entre l’Agrofront et le ministre Clarinval concernant la lutte contre l'IBR (rhinotrachéite infectieuse bovine), plusieurs mesures concrètes ont été décidées. Objectif ? Obtenir le statut «indemne d’IBR» pour notre pays d’ici 2030.
Voir plus d'articles