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«S’équiper d’un robot n’influence pas que la traite, mais tout l’élevage!»

Se lancer dans une traite robotisée n’est pas sans conséquence. Certes, la production par vache augmente… cependant, celle-ci doit être mise en perspective avec les différents coûts supplémentaires engendrés au sein de la ferme. Afin d’objectiver l’impact d’une telle technologie sur une exploitation laitière, Daniel Jacquet, conseiller de gestion chez Elevéo, a présenté, chiffres à l’appui, les différences entre un système robotisé et la salle de traite.

Temps de lecture : 6 min

Pour appuyer ses propos, l’expert s’est basé sur les années 2023 et 2024. L’étude se concentre sur des fermes possédant plus de 95 % de vaches traites dans le troupeau. En 2023, elles étaient 170 à être équipées d’une salle de traite ou d’un système entravé, et 39 à avoir fait le choix du robot. L’année suivante, ces chiffres évoluent à 136 contre 30. Un échantillon avec, dès lors, des exploitations dont 18 % travaillent avec cet équipement.

D’abord, place à la comparaison économique globale, soit le revenu généré par unité de main-d’œuvre, c’est-à-dire la personne devant vivre du travail réalisé à la ferme. Notons que cette approche intègre l’ensemble de la production : le lait, la viande et les aides financières. À ce niveau, les exploitations équipées de robot de traite apparaissent nettement plus productives. En moyenne, leur production totale atteint 418.000 € par unité de travail, contre 283.000 € pour les exploitations en salle de traite, soit une différence de 47 % en faveur des robots.

Si ces fermes ont de, prime abord, un revenu plus élevé, lorsque l’on observe ensuite l’excédent brut d’exploitation (EBE), l’écart se resserre. Les marges s’élèvent à 129.000 € par unité de travail pour les salles de traite, contre 168.000 € pour les robots, soit 30 % de plus. Cette réduction de l’écart s’explique par des charges directes plus élevées dans les systèmes robotisés, avec des frais comme l’alimentation, les interventions d’entreprises extérieures ou encore l’électricité…

Enfin, une fois les frais financiers et les amortissements retirés, il explique que le revenu par unité de travail est équivalent, que l’on utilise un robot de traite ou une salle de traite classique (89.000 € pour le premier contre 87.000 € pour le second). Ainsi, la moyenne des deux exercices analysés aboutit finalement à un revenu agricole quasiment similaire par unité de travail familial !

04-tab-1 chiffres economiques par unite de main d'oeuvre

1.170 l de lait supplémentaires par vache

Autre constat ? Les performances en hausse des animaux. En effet, selon ces chiffres toujours, une vache donnera plus de lait lorsqu’elle est traite par un robot, 1.170 l supplémentaires pour être exact (8.793 l pour les robots contre 7.622 l en moyenne pour 2023 et 2024). « Je me suis penché sur d’autres études françaises. Selon elles, l’écart était moins marqué. Une différence de 500 l revenait le plus souvent », souligne Daniel Jacquet.

04-tab-2 Performances par vache traite

Passons aux taux, à présent, où les variations sont moindres… et seraient même en défaveur des robots. Du côté des salles de traite, la moyenne de la matière grasse est de 4,35 % (4,30 % avec robot) et de 3,51 % (3,47 % pour le robot) au niveau des protéines. Du côté des matières utiles, le chiffre est de 582 kg dans les fermes avec salle de traite et de 661 kg dans les robotisées, bref une hausse de 13 %.

La conduite d’élevage peut également varier d’une exploitation à l’autre. Le conseiller d’Elevéo note un taux de réforme plus important chez les éleveurs qui ont opté pour cette machine (29,8 % contre 26,9 % avec salle de traite). Bien entendu, une augmentation liée à la fièvre catarrhale ovine a été déplorée en 2024. De plus, l’intervalle vêlage-vêlage semble mieux géré, selon l’expert, dans les exploitations robotisées, avec une moyenne de 409 jours contre 423 jours. « Ce facteur doit aussi avoir une petite incidence sur la moyenne laitière des vaches ».

Il complète : « Concernant l’âge au premier vêlage, nous ne sommes plus dans des moyennes de 30 mois, voire plus. Un gros effort a été réalisé de la part des éleveurs afin de le réduire ces quinze dernières années. Désormais, la moyenne est plutôt de 28 mois ». Les fermes équipées de cette machine possèdent, en moyenne, plus de vaches (130 contre 112). Dix-huit bêtes avec davantage de jeunes, suite notamment au taux de réforme plus conséquent.

L’arrivée du robot bouleverse l’organisation  de la ferme : pâturage, taux de réforme, intervalle  vêlage-vêlage... Certaines performances sont  imposées par le robot, a indiqué Daniel Jacquet.
L’arrivée du robot bouleverse l’organisation de la ferme : pâturage, taux de réforme, intervalle vêlage-vêlage... Certaines performances sont imposées par le robot, a indiqué Daniel Jacquet. - D.T.

« À travers ces données, on voit que s’équiper d’un robot de traite n’impacte pas que la traite, mais bien l’ensemble de l’élevage. Par ailleurs, j’ai regardé les meilleures données obtenues par certains producteurs. Et l’on atteint des niveaux comparables en salle de traite ou en robot : environ 10.500 à 11.000 l comme production maximale. Cela signifie qu’avec les deux systèmes, on parvient à atteindre des niveaux comparables ».

Amortissement, entretien, alimentation… des coûts plus élevés pour ces fermes

Si les éleveurs qui ont passé le cap de l’aventure robotisée pourront obtenir davantage de lait, comme dit précédemment, ils devront davantage mettre la main au portefeuille… Pour 100 l de lait, leur coût de production sera, en effet, plus élevé d’environ 15 %. En 2023, le total des frais pour les exploitations avec salle de traite était de 38,80 € contre 44,60 € pour les robotisées. Une différence moins marquée un an plus tard, avec respectivement 40,50 € contre 45,70 €.

Daniel Jacquet s’est, en outre, penché sur les frais. L’occasion de rappeler qu’il faut douze ans et demi si l’on veut amortir du matériel comme le robot ou la salle de traite. Dans certaines fermes, ce cap est passé, et cet équipement ne coûte aujourd’hui plus rien. Pour d’autres, cependant, la facture est plus lourde. Si l’on reprend ces deux années, l’amortissement du matériel de traite par ferme et par an est de 2.700 € dans les sites non robotisés. Celles qui ont fait ce choix devront, quant à elles, débourser en moyenne 16.700 €. Bien entendu, l’entretien y est aussi plus important. Toujours par an : 22.900 € pour les robotisées, contre 8.900 € pour les autres. On peut aussi noter les frais d’électricité pouvant varier selon une possible installation de panneaux solaires.

04-tab-3-Coût du matériel de traite par ferme

Toujours concernant les coûts supplémentaires, les vaches y mangeront davantage : 500 kg, soit un rapport de 2,3 l par kg de concentré supplémentaire. En effet, difficile d’avoir rien sans rien. Et davantage de lait rime avec une hausse de l’alimentation. « Les concentrés sont aussi plus chers dans ces fermes. D’après moi, les causes sont doubles. D’une part, il faut un concentré plus appétent pour attirer les vaches au robot. D’autre part, ces exploitations mettent plus de maïs dans la ration, et donc plus de correcteurs ». Toutefois, vu qu’en général le pâturage décroît en passant à cette technologie, les récoltes, elles, augmentent.

Rester cohérent dans la gestion de l’exploitation

Vous l’aurez compris, la traite robotisée représente un investissement très conséquent, qui entraîne des surcoûts non négligeables, liés à l’amortissement, à l’entretien et aux réparations, ou encore à l’alimentation et à l’énergie. Ces éleveurs seront aussi plus dépendants, économiquement et d’autres corps de métier, comme le vendeur de la machine pour l’entretien et la réparation, ou encore l’entrepreneur afin de s’occuper des récoltes supplémentaires. « Néanmoins, ce surcoût est payable. Au prix d’un suivi des performances et d’une productivité accrue, on arrive à obtenir le même revenu par unité de main-d’œuvre », explique Daniel Jacquet.

Le conseiller d’Elevéo ajoute : « À mon sens, c’est impossible de tout financer. On ne sait pas investir dans des robots, construire un nouveau bâtiment gigantesque, acheter du cheptel et des fourrages pour le surplus de bêtes. En ayant une exploitation avec des coûts raisonnés, s’équiper de robot est faisable ».

Un revenu dépendant, évidemment, du prix du lait et de celui des intrants. Avec une conjoncture favorable, l’éleveur pourra se féliciter d’avoir réalisé ce choix. À l’inverse, un contexte plus difficile pourra freiner la rentabilité attendue.

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