Robot : motiver les vaches à se faire traire grâce à une alimentation adaptée
La première motivation des vaches à aller au robot est l’aliment qu’elles pourront y recevoir. Mais comment trouver le juste équilibre entre la nourriture qui y est distribuée et celle dont elles profiteront à l’auge ? Quelles sont les techniques afin de les stimuler à passer par la case « traite » ? Nicolas Thiry, nutritionniste chez Proxani, a apporté des pistes de réponses.

Avant tout, le nutritionniste a rappelé que, selon la fréquence et le nombre de traites, les laitières pourront entrer dans une spirale positive, ou a contrario négative. Ainsi, lorsqu’un bovin passe régulièrement au robot, sa production laitière est stimulée, il ingère une quantité d’énergie et de protéines en adéquation avec celle-ci, son activité va être favorisée, il va circuler et revenir au robot. Et ainsi de suite. Néanmoins, ce « cercle vertueux » peut vite être mis à mal. Par exemple, une vache ayant des douleurs aux pattes passera moins au robot… et le reste diminuera en conséquence. « L’ensemble peut vite dégringoler si on ne réagit pas assez vite, même pour un petit souci », souligne Nicolas Thiry.
Et pour stimuler la vache à aller se faire traire, la première clé de succès est son alimentation. Comme nous, après un bon repas, si le dessert semble appétissant, on se laissera tenter par cette petite touche sucrée. C’est la même chose pour les bovins. Dès lors, il faut que le concentré qui y est distribué soit appétent, avec une bonne odeur, du goût. L’idéal est également de le différencier de la ration de base. Ensuite, il faudra, éventuellement, se diriger vers une nourriture plus riche en énergie et/ou en protéines que celle distribuée à l’auge. À l’inverse, l’éleveur mettra de côté des produits de mauvaise qualité, poussiéreux, avec une teneur en minéraux trop élevée. Il faut, en outre, éviter un changement trop brutal de la formule alimentaire. De même, si la vache reçoit trop à l’auge ou trop fréquemment, elle n’aura plus faim et n’aura dès lors plus de raison d’aller au robot…
Quatre stratégies distinctes
« En salle de traite, c’est l’éleveur qui va chercher les vaches. En robot, ce sont les vaches qui doivent venir d’elles-mêmes », rappelle le nutritionniste. Ce dernier a proposé quatre stratégies de complémentation entrant, justement, dans cette optique.
D’abord, le déséquilibre total en protéines. La ration à l’auge se situe entre 10 et 12,5% de protéines, et le reste des besoins est amené au robot, soit entre 2 et 5 kg, pour un aliment entre 30 et 46% de protéine brute totale (PBT). Il est possible de compléter avec des noix laitières suivant les besoins de la vache. Pour cette stratégie, il faut une ration équilibrée en énergie, avec un niveau de VEM adéquat (l’énergie nette réellement valorisée). Une attention particulière doit être portée aux vaches en fin de lactation, pour lesquelles une production insuffisante peut conduire à un engraissement. Parmi les avantages figurent une bonne circulation des vaches et la distribution de la protéine pour les attirer au robot.
Ensuite, l’éleveur peut miser sur un déséquilibre partiel en protéines. Dans ce cas, la ration de base se situe entre 13 et 15,5% de protéines. Le reste sera, lui, apporté lors de la traite, soit entre 1 et 3 kg, pour un aliment de 30 à 46% de PBT. L’éleveur peut complémenter avec des noix si besoin. Afin de mettre en place cette technique, il convient d’avoir des vaches hautes productrices, car il y a la possibilité d’apporter un maximum de noix de production, ou de l’utiliser pour des troupeaux hétérogènes. Cette stratégie permet de déplacer une partie de la protéine à l’auge et de laisser de la place aux autres concentrés. Par ailleurs, ce schéma offre la possibilité de travailler avec un seul aliment.
La troisième stratégie mise, quant à elle, sur un déséquilibre énergétique. La ration de base est ici équilibrée en protéines, une situation fréquemment rencontrée en région herbagère, notamment avec des rations principalement composées d’ensilage d’herbe. Afin de mettre en place cette approche, il est nécessaire de disposer d’un niveau suffisant de DVE (protéines digestibles dans l’intestin) dans la ration de base, tout en limitant le recours aux correcteurs protéiques. Avec cette technique, il est également possible de travailler avec un seul aliment au robot. Celui-ci peut afficher une teneur en protéines comprise entre 15 et 22%, couplée ou non à un aliment « starter », comme le souligne le nutritionniste. Les vaches laitières sont alors attirées à la machine principalement par la source énergétique qu’elles pourront y retrouver.
Enfin, pour un troupeau homogène, et toujours afin de travailler avec un seul aliment (ou un « starter » en première phase), la dernière stratégie se base sur un équilibre de la ration à l’auge. Cette nourriture couvre, dès lors, les besoins énergétiques et protéiques standards. La ration de base est ainsi formulée en fonction des besoins moyens du troupeau. Le robot n’apporte qu’un complément, de l’ordre de 1,5 à 2 kg, destiné à assurer l’attractivité des animaux vers l’appareil. Une attention particulière doit toutefois être portée au niveau de production du troupeau.
Si ces différentes manières de travailler peuvent être mises en place selon les réalités de chaque exploitation, Nicolas Thiry pondère cependant : « L’alimentation à l’auge et complémentaire au robot font partie d’un ensemble gagnant qui ne fonctionne que lorsque l’ensemble du management de la ferme est maîtrisé ».





