Fertilisation des escourgeons : intervenir à la reprise de végétation
Comme l’année passée, les températures des mois d’octobre à décembre ont été plus élevées que la moyenne saisonnière. Dans ces conditions, certains escourgeons ont déjà profité de la minéralisation pour prélever de l’azote dans le profil du sol. Si nous ne connaissons pas encore les conditions printanières qui influenceront particulièrement la valorisation des fractions d’azote qui seront apportées, les premières analyses de reliquats réalisées fin janvier permettent toutefois d’estimer l’état moyen des profils azotés en escourgeon.

Trente-quatre parcelles d’escourgeon (uniquement des précédents « froment » dans le cadre de ces analyses) ont été échantillonnées en ce début d’année 2026 (tableau 1).
Les quantités d’azote disponibles dans les 90 premiers centimètres du profil sont un peu plus élevées par rapport aux années précédentes. La moyenne de ces 17 dernières années est de 30 kg Nmin/ha sur 0-90 cm. Cette année, l’azote semble être plus présent dans les horizons les plus profonds du sol, pour une moyenne totale de 33 kg Nmin/ha.

Quelques conseils de fertilisation
La fumure de référence conseillée pour 2026 repose sur une analyse pluriannuelle des résultats (2018 à 2025, soit les huit dernières années d’essais), sur l’expérience acquise, sur l’analyse des essais fumure, ainsi que sur les observations réalisées en ce début de saison et sur le prix des engrais. Toutefois, cette fumure de référence doit être relativisée. Comme l’ont montré les résultats des dernières années, plusieurs modalités permettent en effet d’atteindre l’optimum économique. Enfin, cette fumure de référence est principalement calculée pour un précédent pomme de terre, ce qui diffère d’un précédent froment.
La fumure de référence proposée pour l’escourgeon lignée est :
– tallage : 50 N
– redressement : 50 N
– dernière feuille : 50 N
Les essais fumures mis en place depuis 2018 par le Carah et le Cepicop, montrent que les programmes avec une dose totale d’azote comprise entre 105 et 175 kg N/ha obtiennent les meilleurs résultats.
La fumure de référence proposée pour l’escourgeon hybride est :
– tallage : 25 N
– redressement : 75 N
– dernière feuille : 75 N
Les essais fumures mis en place depuis 2018 par le Carah et le Cepicop, montrent que les programmes avec une dose totale d’azote comprise entre 140 et 175 kg N/ha obtiennent les meilleurs résultats.
Les essais montrent encore qu’une fumure raisonnée permet d’éviter les surcoûts de fertilisation et d’obtenir un bon rendement économique tout en préservant l’environnement.

Dans des conditions favorables
Il est impératif de s’abstenir d’apporter de l’azote sur des sols déjà saturés d’eau, car dans de telles conditions, les plantes ne peuvent pas tirer profit de l’engrais. Leurs racines, asphyxiées, sont incapables d’absorber les nutriments. Il est donc essentiel de n’intervenir que dans des conditions climatiques favorables : le sol doit être réessuyé et non gelé, une pluviométrie d’au moins 10 à 15 mm est attendue après l’application de l’engrais, et les températures doivent être propices à la croissance des plantes.
Attention que ces conseils de fumure doivent être ajustés à chaque parcelle (région, état du sol, précédent, apport de fumure organique…). Des ajustements sont indispensables pour arriver au programme de fumure qui correspond à votre parcelle.
Faut-il envisager un apport de soufre ?
Les besoins en soufre sont généralement modérés et les réserves présentes dans les sols sont habituellement suffisantes. Cependant, selon les conclusions de chercheurs français (d'après Arvalis), les pertes de soufre sous forme de sulfate sont étroitement liées au drainage hivernal, même davantage que celles des nitrates.
Ainsi, utiliser en 2026 une solution de sulfonitrate pourrait être une option pertinente pour les parcelles présentant un risque élevé de carence en soufre, notamment dans les sols superficiels filtrants, argilocalcaires superficiels, sols sableux ou limoneux caillouteux. Cette option devra toutefois encore être confirmée par les résultats d’essais complémentaires.
Dans le cas d’une application du sulfonitrate, il est recommandé d'effectuer cet apport de soufre entre les stades de tallage et de redressement. Les situations caractérisées par des apports organiques fréquents (tels que les effluents d'élevage) présentent un risque faible, de même que les sols profonds, les limons argileux et limons francs.
À adapter selon la situation
Les fumures de référence sont valables dans la majorité des situations culturales. Le meilleur moment pour effectuer l’apport post-hivernal de tallage doit coïncider avec la reprise de la végétation. Intervenir plus tôt ne s’est jamais concrétisé par un bénéfice à la culture, au contraire une telle pratique présente des risques pour l’environnement et pour la culture.
D’une manière générale, le conseil est de ne pas renforcer la fraction de tallage de la fumure azotée, qui reste aux alentours de 25 à 35 kg N/ha pour les variétés hybrides et de 35 à 55 kg N/ha pour les variétés lignées. Dans une situation normale, augmenter de manière trop importante ces fumures risquerait de provoquer un développement de talles surnuméraires, non productives et génératrices de difficultés de conduite de la culture (densité de végétation trop forte, verse, maladies…).
Toutefois, comme expliqué précédemment, il est important de tenir compte des ajustements recommandés pour sa parcelle et une majoration de la dose préconisée au tallage doit se concevoir dans certaines situations particulières, lorsque l’emblavure apparaît claire ou peu développée à la sortie de l’hiver, comme dans les exemples suivants :
– cas de certains semis tardifs ;
– suite à l’arrêt précoce de la végétation à l’arrière-saison ;
– suite à un déchaussement de plante.
Faire l’impasse sur la fraction de tallage
Dans certaines situations, une impasse de la fraction de tallage est possible :
– dans les parcelles à bonne minéralisation (en région limoneuse et sablo-limoneuse) ;
– dans des cultures très denses en sortie d’hiver ;
– dans les parcelles où la culture est plus précoce et proche du redressement à la sortie de l’hiver ;
– lorsque les conditions climatiques sont particulièrement favorables.
Si l’impasse de la fraction de tallage est nécessaire ou justifiée, il reste important de respecter certaines consignes quant au moment de l’application. Faire l’impasse de toute fumure avant le stade 1er nœud est souvent pénalisant. De ce fait, il conviendra donc d’anticiper et d’appliquer la fraction unique « tallage + redressement » quelques jours avant le stade « épis à 1 cm », en veillant à ne pas dépasser un total de 115 kg N/ha. Toutefois, notre conseil est de se limiter à 100 kg N/ha.
À l’opposé, il convient de ne pas faire l’impasse sur la fumure de tallage dans des parcelles peu fertiles ou trois froides, même en Hesbaye.
Assurer le bon apport lors des deux dernières fractions
À partir du stade redressement, les besoins de l’escourgeon deviennent importants. Les disponibilités à ce stade doivent être suffisantes pour couvrir les besoins afin d’éviter toute faim azotée mais, comme pour le tallage, il est inutile, quelles que soient les situations, d’appliquer des fumures excessives au risque d’entraîner ultérieurement des problèmes de verse, maladies…
La fraction de dernière feuille est destinée à assurer le remplissage maximum des grains en maintenant une activité photosynthétique la plus longue possible pour permettre un transfert parfait des matières de réserve vers le grain.
Février 2026





