Les cours des matières premières sous pression

Malgré des récoltes en recul, les marchés devraient rester lourds et maintenir la pression sur les cours.
Malgré des récoltes en recul, les marchés devraient rester lourds et maintenir la pression sur les cours. - M. de N.

Les mois de juillet et août ont été marqués par l’appréciation de l’euro face au dollar, pénalisant la compétitivité de blés européens. En outre, l’excellente récolte russe, estimée à plus de 80 millions de tonnes, a abondé l’offre de blé en taux de protéines moyen (12,5 %), après les résultats meilleurs que prévus du blé d’hiver annoncés aux États-Unis.

Se sont ajoutées les bonnes nouvelles successives concernant la récolte française de blé tendre, qui joue dans la même catégorie en termes de taux de protéine. La concurrence accrue sur ce segment de marché a pesé sur les cours du blé tendre qui ont reculé de plus de 20 €/t en deux mois, à 149 €/t fin août.

Prix du blé inférieur aux dernières années

Les inquiétudes sur la récolte allemande de blé ainsi que le recul de la récolte états-unienne de blé de printemps, qui offre des blés à taux élevés en protéine, n’ont pas vraiment eu d’effet sur la baisse des cours mondiaux.

Par contre, la forte demande en blé de la mer noire et la rétention des agriculteurs russes qui étaient réticents à vendre à prix bas, la dépréciation de l’euro vis-à-vis du dollar, ainsi que des prévisions moins favorables de productions argentine et australienne, ont stoppé la baisse des cours à la mi-septembre. Début octobre, le blé tendre français cotait ainsi 152 €/t, un niveau inférieur à celui des années précédentes (-3 % /2016 et -8 % /2015).

La récolte mondiale devrait cependant se classer comme la deuxième plus importante de l’histoire, après celle de la précédente campagne. Les dernières prévisions de l’USDA, revues à la hausse, devraient participer à maintenir la pression sur les cours.

Cours du maïs plus bas également

Les prix du maïs n’ont cessé de reculer depuis début juillet, sous la pression de récoltes abondantes ou meilleures qu’anticipées.

Au cours de l’été les conditions météorologiques favorables aux États-Unis ont permis de prévoir une récolte meilleure qu’attendue, même si en fort recul par rapport à la campagne précédente. Les importants volumes de la deuxième récolte brésilienne sont venus s’ajouter aux très bons résultats des récoltes sud-américaines du 1er semestre. En France, les annonces de bons rendements puis celles de la récolte en hausse de 10 à 11 % ont rajouté une pression supplémentaire sur les cours. Seule l’activation des droits européens qui s’appliquent aux maïs importés et le retard pris dans la récolte états-unienne ont freiné la baisse des cours à l’approche de l’automne.

Le recul se chiffre à 28 €/t entre juillet et début octobre. À 141 €/t, le maïs français se retrouve sous les cours des années précédentes (-8 % /2016 et -9 % /2015). Comme pour le blé, la production mondiale en baisse devrait figurer parmi les plus importantes de ces dernières années et freiner les évolutions à la hausse. À moins que des conditions météorologiques ne viennent fortement perturber les cultures de l’hémisphère sud, comme le risque El Nina en décembre et février.

Recul des tourteaux

Suite aux bonnes récoltes du 1er semestre en Amérique du Sud, les cours du soja ont évolué en fonction des conditions météorologiques aux États-Unis et de la demande en fève. Les bonnes nouvelles successives concernant la production états-unienne ont pesé sur le cours de la graine au cours de l’été. Puis la demande active en fève, notamment de la Chine, 1er importateur mondial, ainsi que les annonces de récolte en retard aux États-Unis et les inquiétudes sur les semis plus lents qu’à l’accoutumée en Amérique du Sud ont soutenu les cours. Début octobre, ceux-ci se retrouvaient néanmoins 10 $/t sous le niveau enregistré début juillet.

Les cours du colza ont légèrement progressé entre juillet et septembre, tiraillés entre les inquiétudes sur la récolte canadienne de canola et la hausse des cours du soja en fin d’été d’un côté, la bonne récolte française, la baisse des taxes de Bruxelles sur le biodiesel et les importations européennes de colza, de l’autre.

Le cours du tourteau de soja a suivi celui de la fève, avec un peu de décalage. À 310 €/t début octobre, le cours du tourteau de soja a perdu plus de 15 € par rapport à son pic de juillet et se retrouve sous les niveaux des années précédentes (-8 % /2016 et -13 % /2015).

Le cours du tourteau de colza a reflué de près de 25 €/t au cours de l’été pour afficher 183 €/t début octobre, un niveau très inférieur à celui des années précédentes (-11 % /2016 et -21 % /2015). La demande limitée pour manque de compétitivité du tourteau de colza, notamment vis-à-vis du tourteau de tournesol, expliquerait ce recul. Il est peu probable que les cours des tourteaux ne s’envolent, la production mondiale de cet aliment étant prévue en hausse de 4 % selon l’USDA.