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A Vielsalm, «Mangez fermier», l’économie locale en vitrine

Ouvert à l’automne 2025, le magasin coopératif « Mangez fermier » est l’aboutissement de près d’une décennie de réflexion et de persévérance. À Bastogne, lors des États généraux des circuits courts, l’échevin de la commune est venu en retracer la genèse et les ambitions : rassembler producteurs et habitants autour d’un modèle équitable et local.

Temps de lecture : 5 min

À Vielsalm, l’histoire commence presque par un vide. En 2016, la fermeture d’une boucherie familiale laisse un bâtiment inoccupé au cœur de la commune. L’ancienne boucherie Léonard devient alors le point de départ d’une réflexion collective sur son avenir. L’idée d’un espace partagé, où les producteurs locaux pourraient vendre ensemble, s’impose progressivement. Elle restera longtemps à l’état d’intention. « On nous demandait régulièrement si ça allait vraiment se faire », raconte Simon Lejeune, échevin à Vielsalm. « Les citoyens, comme les producteurs, voulaient savoir si on irait au bout ».

Un premier jalon est posé en 2018 avec le dépôt d’un projet dans le cadre de l’appel régional « Halls relais agricoles », qui donne une assise institutionnelle à l’initiative. En 2021, la coopérative « Mangez Fermier » est officiellement créée. L’ouverture interviendra finalement le 30 octobre 2025, après des années de démarches administratives, de choix architecturaux et de recherche de financements.« Ce projet s’est construit sur presque dix ans. C’est un bel exemple de collectif et de persévérance », souligne l’échevin.

Un lieu au cœur de la ville

Installé au centre de Vielsalm, à proximité des autres commerces, le magasin a été entièrement réaménagé. L’ancien local a été démonté puis transformé : nouvelles installations électriques, plafonnage, comptoirs, frigos-présentoirs, espace de découpe. Les vitrines donnent à voir une offre diversifiée : fruits et légumes, viandes, fromages, produits transformés. Bières artisanales et produits d’épicerie complètent l’assortiment, afin de permettre aux clients d’effectuer l’essentiel de leurs achats en un seul lieu. « L’idée, c’est qu’en un seul endroit, on puisse trouver la majorité des produits dont on a besoin », explique Simon Lejeune. La plupart proviennent de producteurs de Vielsalm et des communes environnantes ; d’autres sont issus de la province ou de Wallonie, selon des critères fixés par la coopérative, afin d’assurer une gamme suffisamment large. Le projet repose sur deux principes mis en avant dès le départ : l’équité et la transparence. « On sait que les producteurs consacrent énormément d’heures à leur travail et qu’ils n’ont pas toujours un retour à la juste valeur », rappelle l’échevin. La transparence concerne l’origine des produits comme la formation des prix et le fonctionnement interne de la coopérative.

Producteurs et « mangeurs »

Le fonctionnement est coopératif. Les producteurs approvisionnent le magasin ; les habitants peuvent devenir coopérateurs en achetant des parts. La coopérative rassemble aujourd’hui plus de 200 membres, dont une trentaine de producteurs.

« Le but était de sensibiliser les citoyens pour qu’ils deviennent coopérateurs », précise Simon Lejeune. En participant à l’assemblée générale ou aux groupes de travail, ils prennent part aux décisions et aux orientations.

Un statut de « consom’Acteur » a également été mis en place. Trois heures d’engagement mensuel au magasin (mise en rayon, entretien ou soutien logistique) donnent droit à une réduction de 5 % sur les achats. « C’est un travail vraiment collectif », insiste l’échevin.

Le magasin fonctionne avec deux postes à mi-temps. Les tâches sont multiples : accueil, découpe, gestion des rayons, communication sur les réseaux sociaux. Une organisation modeste, mais structurée.

Un financement à trois piliers

Le montage financier reflète cette construction à plusieurs mains. La région wallonne a apporté 200.000 € dans le cadre du dispositif des Halls relais agricoles. Au total, 54 % du financement provient de fonds publics, 33 % du secteur local, commune, province et Agence de développement local, et 13 % directement des coopérateurs et citoyens, soit près de 48.600€.

Cette architecture hybride (publique, locale et citoyenne) donne au projet une assise particulière. « Ce n’est pas un commerce privé classique », rappelle Simon Lejeune. « C’est un projet local, collectif et engagé ». Le bâtiment appartient par ailleurs à l’Asbl Les Hautes Ardennes, partenaire du projet, ce qui renforce sa dimension sociale.

Cinq mois après l’ouverture, le bilan est jugé encourageant. « Les premiers mois ont démarré en flèche », reconnaît l’échevin. La plaquette du projet évoque une clientèle locale fidèle aux produits du terroir et un soutien collectif marqué. L’enjeu est désormais la durée. Le bouche-à-oreille et l’implication des coopérateurs seront déterminants pour stabiliser l’activité.

Le succès attire de nouveaux producteurs désireux de rejoindre la coopérative. Mais l’entrée n’est pas automatique. « Il y a toujours un aval du groupe de travail et du bureau avant d’accepter un nouveau producteur. » Certaines filières ont déjà nécessité des arbitrages afin d’éviter une concurrence interne excessive et de préserver l’équilibre global.

Coexister avec le système traditionnel

La question dépasse le cadre communal. Les circuits courts, rappelle-t-on lors des échanges à Bastogne, « n’ont pas que des amis » dans le système traditionnel. Pour les producteurs, le circuit court représente souvent une part limitée de leur production. Il s’agit moins de remplacer la distribution classique que de compléter les débouchés et de diversifier les revenus.

Pour la commune, le magasin dépasse la dimension commerciale. « C’est top d’avoir créé ce magasin, mais c’est aussi un signal de soutien à ceux qui produisent dans nos communes », affirme Simon Lejeune. Soutien aux producteurs, vitalité du centre-ville, ancrage économique local : le projet répond à plusieurs enjeux à la fois.

À Vielsalm, « Mangez Fermier » n’est pas une promesse abstraite. C’est un lieu, des horaires (du jeudi au samedi), des visages derrière les comptoirs, des coopérateurs engagés. Une aventure locale, patiemment construite, qui cherche désormais à s’inscrire dans la durée, et à prouver que le commerce coopératif peut trouver sa place dans un territoire rural en recomposition.

Marie-France Vienne

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