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Ânes miniatures: un élevage attachant conduit avec rigueur

C’est vers une filière pas comme les autres que s’est tournée Laeticia Delforge. Ses pensionnaires, d’une hauteur de 65 cm à 81 cm pour le plus grand, sont capables d’en faire craquer plus d’un… Des ânes miniatures, stars de son élevage Les Minis de Durbuy, qui remportent un franc succès. La preuve : si vous souhaitez acquérir un de ces petits équidés, il faudra vous y prendre un an à l’avance, mais aussi remplir une série de conditions. Le prix à payer pour ces animaux attachants dont la propriétaire a accepté de nous raconter l’histoire.

Temps de lecture : 8 min

Si c’est à Durbuy que Laeticia Delforge a installé son élevage, ces ânes miniatures puisent leurs origines dans le bassin méditerranéen. De Sicile et de Sardaigne, précisément. Dans cet environnement aride et pauvre en nourriture, la race se développe naturellement. Progressivement, l’homme intervient et sélectionne les plus petits d’entre eux. « Il y a eu de la sélection, toutefois pas de manipulation génétique », souligne la passionnée. Par la suite, leur histoire va prendre une autre tournure. Dans les années 1900, un riche Américain importe la race sur son continent. Raison pour laquelle, aujourd’hui, le livre généalogique de l’âne miniature se situe au Texas ! « Personnellement, j’ai toujours eu la chance d’en trouver en Europe, et je n’ai jamais dû en acheter directement aux Américains. Cependant, la moitié de mes ânes provient de là-bas et a pris l’avion. Il n’y en a plus en Méditerranée. Lorsqu’on veut du sang nouveau, il faut aller dans cet État où cette race est désormais basée », explique Laeticia Delforge.

Des ânes miniatures avec des caractéristiques précises. Ils doivent mesurer maximum 91 cm. Quant à ceux appelés « micro-miniatures », ils ne doivent pas dépasser les 76 cm. Des animaux pouvant être de plusieurs couleurs, tandis que le gris et le brun sont les robes les plus courantes. L’éleveuse en possède actuellement 25. Une belle réussite née d’un coup de cœur il y a plus de dix ans.

Des animaux pas si faciles à trouver…

Agronome de formation, Laeticia a toujours su qu’elle voulait vivre entourée d’animaux. « D’abord, j’ai travaillé à la ferme expérimentale au Sart-Tilman. Ensuite, comme conseillère agricole. Dans ce cadre, le contact avec les bêtes me manquait ». S’ensuit une longue réflexion. Installée d’abord à Verlaine, en province de Liège, elle cherche un animal à élever, peu exigeant en surfaces, et pouvant se combiner avec une autre activité. C’est alors qu’elle découvre les ânes miniatures sur le net. C’est parti : direction l’Hexagone à la rencontre de ces équidés, dans un élevage français.

La gestation dure un an en moyenne. L’éleveuse est présente lors de l’ânonnage afin d’être certaine que tout se déroule correctement.
La gestation dure un an en moyenne. L’éleveuse est présente lors de l’ânonnage afin d’être certaine que tout se déroule correctement. - D.R.

« Mon mari, ma fille et moi avons complètement craqué. Il fallait que cela nous plaise. Même si la semaine, je m’occupe seule d’eux, il s’agit d’une activité familiale, ayant un impact sur notre vie », confie-t-elle. À la recherche de ces ânes, les démarches vont bon train. Pas une mince affaire… « Je me suis rendue compte que c’était hyper compliqué à trouver, surtout des femelles. Il fallait qu’elles correspondent aux critères, possèdent une belle morphologie et sans problème de santé. Je me suis dit que cela pouvait bien fonctionner vu leur rareté, bien qu’entre-temps, cela se soit développé ».

Finalement, Onita, la première ânesse, arrive en 2015. D’autres animaux suivent, et Laeticia analyse si son pari s’avère gagnant. La réponse est oui, sans aucun doute. L’engouement est au rendez-vous. De trois boxes avec un peu de terrain, la structure s’agrandit et déménage en terres durbuysiennes. « Lorsque j’ai quitté Verlaine, j’en avais 10-12, et je manquais de place. Je souhaitais que cela devienne mon unique activité. J’ai réfléchi à un projet global de sorte à devenir agricultrice à temps plein ». Dans cette optique, des poules pondeuses viennent se greffer à l’exploitation.

Des équidés, a part, sereins et attachants

Tandis qu’elle nous parle de ses ânes, des hennissements se font entendre. Cavalière, Laeticia est une habituée du milieu équestre. Mais bien qu’il s’agisse, dans les deux cas, d’équidés, leurs caractères sont sensiblement différents. Et pour développer son exploitation, c’est vers les ânes que le cœur de l’éleveuse s’est tourné. Elle en explique la raison : « Un cheval reste souvent sur ses gardes, et n’est pas forcément amical. Un âne, en revanche, dès lors qu’on s’en occupe quotidiennement, qu’on le caresse et qu’on le brosse, donne énormément en retour. D’ailleurs, lorsque je vais les voir, je n’emporte jamais de friandises : je ne souhaite pas qu’ils m’associent uniquement à la nourriture ». Plus paisibles et détendus que leurs grands cousins, les ânes permettent, en outre, de travailler dans un climat serein.

Concernant les soins, comme pour les chevaux, vermifugation, vaccination et parage sont indispensables, avec une attention particulière pour ce dernier point. Originaires de régions sèches, leurs sabots supportent moins l’humidité. Ils peuvent rapidement y développer des fourmilières, une affection bactérienne. Ici, les animaux rentrent donc au box le soir, afin de garder les pieds bien au sec.

Les ânons partent dans leur nouvelle famille à l’âge de six mois.
Les ânons partent dans leur nouvelle famille à l’âge de six mois. - D.R.

Toujours par rapport à leur histoire, l’alimentation constitue un autre point de vigilance. Bien qu’ils aient accès aux pâtures, l’éleveuse veille à maintenir un juste équilibre. L’objectif : qu’ils soient en pleine forme… sans prendre trop de poids ! « L’âne a aussi besoin de fibres. On leur distribue de la paille à volonté, été comme hiver, et éventuellement un peu de foin en complément ». Des minéraux et des vitamines complètent la ration.

Au niveau de la reproduction, idéalement, les ânesses peuvent commencer à être mère à partir de trois ans. Sachant qu’elles sont en chaleur toute l’année, l’éleveuse adapte les ânonnages à son calendrier professionnel et privé. La saillie se déroule naturellement, néanmoins jamais en liberté, afin de garantir la sécurité de tous. Lorsque le grand moment approche, Laeticia est avertie grâce à un détecteur fixé à la queue de l’animal. Une mise-bas sous l’œil vigilant de la propriétaire.

« Il existe toujours des risques, que l’on limite en étant présent. Je reste sur place pour les assister. Il ne faut pas croire que cela se déroule toujours sans difficulté. Comme pour d’autres espèces, une primipare peut rencontrer davantage de complications. Il faut vérifier la position de l’ânon, parfois l’aider à sortir. Je ne mets jamais un mâle plus grand que l’ânesse, afin d’éviter un jeune trop volumineux ».

Acheter un ânon : une démarche bien réfléchie

Entre 5 et 10 ânons naissent ici chaque année. Si au moins une femelle est conservée pour l’élevage, les autres partent chez des familles, d’autres éleveurs ou encore des personnes avec des activités pédagogiques. Ceux souhaitant en acquérir devront débourser au minimum 3.300 €. Un prix qui concerne un ânon miniature, gris ou brun et castré. Alors que ce montant peut en refroidir plus d’un, ce dernier se justifie par plusieurs facteurs. D’abord, l’éleveuse prend en charge la castration, une astreinte de moins pour le futur acquéreur. Cette intervention se déroule lorsqu’ils ont 15 jours, de cette façon, elle est la moins contraignante possible. Les étalons, plus compliqués à gérer que les hongres, partiront, eux, vers d’autres élevages.

De plus, il faut tenir compte du rythme biologique des animaux : une gestation d’environ un an, avec le plus souvent deux naissances successives, puis une année de repos. Sans oublier les frais d’importation, la race étant originaire du Texas, avec les contraintes logistiques et sanitaires, comme la quarantaine, qui en découlent.

Enfin, Les Minis de Durbuy proposent un vrai service personnalisé. Hors de question d’acheter un âne sur un coup de tête. Cette démarche doit être mûrement réfléchie. Le processus débute par un entretien téléphonique lors duquel l’éleveuse explique les conséquences et les indispensables de cet animal : terrain (entre 10 et 15 ares par âne), abri, soins quotidiens ou encore son tempérament grégaire. Ainsi, il suffit de les observer quelques minutes et on le constate rapidement, l’âne adore jouer avec ses congénères. Il lui faut un « colocataire », avec lequel cette relation se passera sans danger. Par exemple, on laisse de côté l’idée de le faire vivre avec un cheval de trait. Ce serait trop dangereux, voire mortel, par rapport à la différence de taille. « Parfois, je vois un mouton avec un âne, je me dis que chacun est malheureux. L’idéal est d’en avoir déjà un autre ».

Les ânes ont besoin de fibres. Ils reçoivent donc de la paille à volonté.
Les ânes ont besoin de fibres. Ils reçoivent donc de la paille à volonté. - D.T.

Après, si cela s’avère concluant, une visite est prévue, et cette discussion est approfondie. Un vrai cheminement qui prend du temps. Dans cet élevage, les ânons sont réservés au moins un an à l’avance. Les visites vont d’ailleurs débuter pour 2027 ! Néanmoins, cette manière de fonctionner évite les mauvaises surprises : « Je garde encore en contact avec beaucoup de familles, et les retours sont positifs. » Quand le petit naît, Laeticia leur propose de venir le voir une fois par mois. Un moment enrichissant au cours duquel l’éleveuse va leur expliquer son évolution, ses soins… Bref, répondre aux éventuelles questions. Finalement, c’est à six mois que l’ânon peut rejoindre sa maison. Une nouvelle vie pour laquelle il a été préparé. « Une semaine après leur naissance, ils commencent déjà à manger des vitamines. Ils sont complémentés assez rapidement et sont manipulés directement. » Promener en licol, donner les pieds… il ne lui reste plus qu’à se faire soigner et cajoler par ses propriétaires.

Notons que l’espérance de vie de ces animaux est d’une trentaine d’années. Au sein de l’élevage, Rose, 20 ans, est la plus âgée. Elle partira bientôt à la retraite. « Il faut fonctionner par rapport à la place disponible, je ne sais pas tous les garder. » Qu’à cela ne tienne : Laeticia s’assure que ses petits protégés partent couler des jours paisibles dans une autre famille. « Si elle est encore en forme, je la ferai saillir une dernière fois. » Rose, accompagnée de sa fille ou de son fils, pourra ainsi finir ses vieux jours après une vie bien remplie aux Minis de Durbuy.

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