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Comment l’examen d’aptitude à la reproduction aide à prévenir les anomalies génétiques

Un examen d’aptitude à la reproduction (également appelé breeding soundness examination ou « BSE » en anglais) aide les éleveurs à détecter précocement d’éventuels problèmes de fertilité chez les mâles. Cela permet d’éviter que des animaux présentant des défauts héréditaires ou physiques soient destinés à la reproduction. Pourtant, ce type de contrôle est encore trop rarement effectué.

Temps de lecture : 8 min

Dans de nombreuses fermes, des animaux mâles sont engagés dans des schémas de reproduction. La fertilité du taureau, du bélier ou du bouc constitue donc un facteur crucial, car un seul mâle doit souvent féconder plusieurs femelles. Il est donc essentiel d’évaluer sa fertilité avant la période de reproduction afin de garantir la réussite de l’opération. L’évaluation de la capacité de reproduction d’un animal mâle comprend un examen physique général, une évaluation des organes sexuels (externes et internes), une mesure de la circonférence scrotale et une analyse de la qualité du sperme. Cela constitue un moyen fiable et rentable d’identifier les animaux subfertiles ou douteux.

Malheureusement, les examens d’aptitude à la reproduction sont rarement effectués en Belgique. En l’absence d’une telle analyse, les taureaux dont le taux de fertilité est faible peuvent, par exemple, passer inaperçus, ce qui entraîne un taux de rotation élevé des reproducteurs mâles dans les exploitations et des taux de gestation décevants.

Pour éviter pareille situation, les éleveurs ont souvent recours à des pratiques spécifiques de gestion de la reproduction, telles que la limitation du nombre de vaches par taureau (15 à 25, selon l’âge), l’allongement de la saison de reproduction et l’ajout d’aliments concentrés dans la ration. Cependant, réaliser systématiquement un examen d’aptitude à la reproduction demeure la meilleure méthode pour minimiser les problèmes de fertilité.

Disposer du matériel de contention adéquat

Pour effectuer un examen d’aptitude à la reproduction en toute sécurité dans une exploitation agricole, il est nécessaire que les éleveurs disposent d’installations de contention adaptées. Une cage de contention est idéale, mais tant que le taureau peut être solidement immobilisé pour permettre l’accès au fourreau et au scrotum, différents types de cages ou de couloirs de contention peuvent être utilisés. Un tapis antidérapant, en caoutchouc par exemple, peut aider à prévenir les glissades.

Pour les petits ruminants, un licol et la force humaine suffisent souvent pour immobiliser l’animal. Le coucher ou le placer en position assise sur l’arrière-train permet également, dans de nombreux cas, de faciliter la contention.

Réaliser un examen physique général…

L’état corporel revêt une importance majeure. Les ruminants sont évalués sur une échelle de 1 à 5, où 1 correspond à une maigreur extrême et 5 à l’obésité. Les animaux ayant une note d’état corporel de 2 ou moins sont souvent inaptes à la reproduction, car ils n’ont pas suffisamment d’endurance pour supporter une période de monte intensive. D’autre part, les animaux obèses peuvent souffrir d’une baisse de qualité du sperme due à un dépôt excessif de graisse au niveau du scrotum.

Les yeux de l’animal sont également examinés afin de détecter d’éventuelles affections telles que la cataracte ou l’opacification de la cornée ; une bonne vision étant indispensable pour détecter les chaleurs. La position du dos (qui doit être droit) est également importante. Chez les animaux plus jeunes, la bouche et les mâchoires sont souvent examinées : aucune prognathie inférieure ou supérieure ne doit être présente.

Une attention particulière doit toujours être portée aux membres et aux onglons. L’appareil locomoteur et les pattes sont examinés afin de détecter toute boiterie ou anomalie héréditaire. Ci-dessous sont décrites quelques anomalies fréquemment observées.

Pour garantir la réalisation d’un examen d’aptitude à la reproduction en toute sécurité,  il est indispensable de disposer d’installations de contention adaptées.
Pour garantir la réalisation d’un examen d’aptitude à la reproduction en toute sécurité, il est indispensable de disposer d’installations de contention adaptées. - UGent

  Position des membres postérieurs

Une conformation trop droite des membres postérieurs augmente le risque de problèmes articulaires au niveau du jarret, du genou et de la hanche. Dans les cas extrêmes, l’animal peut être jugé inapte à la reproduction. Une conformation trop fléchie des pattes arrière entraîne un affaissement du jarret et une croissance excessive des onglons, provoquant une boiterie.

  Membres antérieurs

Les membres antérieurs en X peuvent conduire à une croissance anormale des onglons et à des troubles de mobilité permanents.

  Jarret

Des jarrets enflés peuvent indiquer une maladie osseuse (ostéochondrose) chez les jeunes animaux. Les cas graves entraînent une boiterie et une inaptitude à la reproduction.

  Onglons

Les onglons en forme de tire-bouchon sont d’origine héréditaire et provoquent des boiteries.

… ainsi qu’un examen du système reproducteur

Il est essentiel de palper les testicules de l’animal. Il convient ainsi de vérifier que les deux testicules sont présents, qu’ils sont à peu près de la même taille et qu’ils ont une consistance ferme. Il est important d’être attentif à toute tuméfaction (gonflement) ou induration localisée.

La forme du scrotum constitue également un facteur important de la fertilité du mâle. Trois types couramment observés peuvent être distingués :

– scrotum droit : aucune différence notable entre l’épaisseur du col et celle du scrotum ;

– scrotum pendulaire : col marqué et testicules pendants, configuration idéale pour la thermorégulation ;

– scrotum sans col : scrotum situé haut, entre les membres postérieurs.

Une étude menée au Canada sur 958 taureaux a montré que 72 % des individus à testicules pendulaire présentaient un sperme de bonne qualité, contre seulement 27 % des taureaux à scrotum droit et 1 % des taureaux à scrotum sans col.

Pour la mesure de la circonférence scrotale, le mètre ruban est placé autour de la partie la plus large  du scrotum et serré jusqu'à ce que la peau  soit légèrement comprimée.
Pour la mesure de la circonférence scrotale, le mètre ruban est placé autour de la partie la plus large du scrotum et serré jusqu'à ce que la peau soit légèrement comprimée. - UGent

Par ailleurs, la peau du scrotum doit être lisse et élastique, sans épaississement ni signe d’inflammation. Les testicules doivent pouvoir se mouvoir librement à l’intérieur du scrotum. Un épaississement chronique de la peau du scrotum peut indiquer un traumatisme ou une gale et peut entraîner une élévation excessive de la température testiculaire. Un épaississement du col peut, quant à lui, indiquer des affections telles qu’une hernie scrotale, des abcès ou une accumulation excessive de tissus adipeux.

Une anomalie telle que l’hypoplasie testiculaire (sous-développement d’un ou des deux testicules) est héréditaire et doit être évitée dans l’élevage. Comme il s’agit d’un trouble du développement, les taureaux atteints présentent généralement une faible circonférence scrotale depuis la puberté ainsi que des antécédents d’infertilité.

Après l’examen du scrotum et des testicules, le fourreau et le pénis doivent être inspectés. L’examen du pénis est meilleur lors d’une saillie naturelle (en érection). L’organe est évalué afin de détecter d’éventuelles anomalies telles qu’une déviation en spirale ou ventrale, ou un frein persistant (séparation incomplète du pénis et du fourreau), qui peuvent compromettre la réussite de la saillie.

La circonférence scrotale, un paramètre important

La circonférence scrotale est un élément crucial de l’examen d’aptitude à la reproduction. La mesure de la circonférence est fortement corrélée au poids des testicules, à la production quotidienne de sperme et à la qualité de celui-ci. Les animaux dont la circonférence scrotale est supérieure à la moyenne atteignent la puberté plus précocement et engendre une descendance féminine à la fertilité améliorée. Les taureaux dont elle est inférieure aux normes à un jeune âge conserveront de petits testicules à un âge plus avancé.

Pour mesurer leur circonférence, les testicules doivent être délicatement tirés vers le bas, à la base du scrotum. Les taureaux tolèrent généralement cette manipulation après une brève période de massage et de palpation. Il est très rare qu’un taureau oppose une résistance ou donne des coups de pied.

Lors de la mesure, les testicules sont maintenus d’une main au niveau du col du scrotum, le pouce et l’index étant placés de part et d’autre de celui-ci. Le mètre ruban est placé autour de la partie la plus large du scrotum et serré jusqu’à ce que la peau soit légèrement comprimée. Le tableau 1 présente les valeurs standards pour la circonférence scrotale, en fonction de l’âge du taureau.

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La circonférence scrotale chez les béliers peut être mesurée entre 8 et 14 mois. Une circonférence comprise entre 28 et 36 cm est considérée comme acceptable. Une circonférence scrotale supérieure à 36 cm est exceptionnellement bonne, tandis qu’une circonférence inférieure à 28 cm est considérée comme insuffisante.

Chez les boucs, la circonférence scrotale idéale fait encore l’objet de nombreuses discussions. Aux États-Unis, il doit être supérieur à 25 cm pour les individus de 40 kg. Au Royaume-Uni, la mesure est souvent effectuée à l’âge de 5 à 6 mois, la circonférence devant être d’au moins 24 cm. En Europe, elle est généralement mesurée vers l’âge de 8 mois et doit être comprise entre 24 et 28 cm.

La circonférence scrotale est influencée par la race, l’alimentation et l’âge. Les races bovines telles que la Simmental, la Charolaise et l’Angus atteignent la puberté plus tôt et présentent généralement une circonférence scrotale plus élevée que les races viandeuses telles que le Blanc-Bleu Belge, la Limousine et la Blonde d’Aquitaine. Des études montrent que les animaux bénéficiant d’une nourriture intensive (ration riche en énergie) présentent souvent une circonférence scrotale plus élevée que les animaux nourris de manière moins intensive. Cela résulte d’une accumulation de graisse au niveau du scrotum, ce qui perturbe la thermorégulation et a un impact négatif sur la qualité du sperme.

Les variations de la circonférence scrotale peuvent être saisonnières, mais elles ne dépassent généralement pas 1 à 2 cm.

Quels autres examens réaliser ?

Outre l’examen standard d’aptitude à la reproduction, le vétérinaire peut réaliser des examens complémentaires, tels qu’une échographie des testicules afin de détecter des anomalies internes (dégénérescence ou kystes).

Un examen rectal peut également être effectué afin d’évaluer les organes reproducteurs internes.

Enfin, un échantillon de sperme peut être prélevé et analysé afin d’évaluer la mobilité et la morphologie des spermatozoïdes ainsi que leur concentration.

Un outil essentiel pour les éleveurs

Un examen d’aptitude à la reproduction aide les éleveurs à détecter précocement les problèmes de fertilité et à éviter l’utilisation de taureaux présentant des défauts héréditaires ou physiques. Cela contribue à une meilleure fertilité, à une réduction des pertes et à une rentabilité accrue du cheptel. Grâce à une évaluation systématique de l’état corporel, de la santé générale et de l’appareil locomoteur, les décisions sont plus éclairées en vue d’optimiser la productivité de l’exploitation.

Manon Dewulf

UGent

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