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Courrier des lecteurs : deals dingues dong

Diling ding dong ! Les cloches de Pâques tintinnabulent joyeusement dans nos villages ; les enfants sortent leurs petits paniers pour la chasse aux œufs. Ailleurs, pas si loin d’ici, les cloches (s’il en reste) sonnent le tocsin ; les enfants tués par des missiles sont emportés sans vie dans des grands paniers, et le glas égraine ses tristes notes… « Les guerres sont dingues dingues dingues » pleurent les cloches dans les pays écrasés par les bombes. Et pour résoudre ces conflits, les hauts politiciens concluent entre eux des marchés : « deal deal ding dong ». Mais qu’est-ce qui cloche dans la tête de tous ces gens qui commercent tout et n’importe quoi, même des vies humaines ?

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Faire des deals ! Il n’y a que ça de vrai, dirait-on aujourd’hui. La gestion de notre Terre et de notre Humanité n’est plus qu’un vaste et immense marchandage. Tout passe par des accords, puis des désaccords, puis des ruptures, puis des échanges ping-pong de drones et de missiles. Et la paix, on peut cracher dessus ! Puis on conclut un nouveau dingue deal parsemé de clauses « Kinder Surprise », où le diable se cache au milieu de détails, cette bête cornue aux pieds fourchus qui étouffe les consciences et inspire les coups les plus tordus.

En agriculture, les deals, on connaît ça ! Le plus souvent on les subit ; on en souffre mille douleurs : tous ces marchés conclus sur nos produits, ceux que l’on vend mal et ceux qu’on achète au prix fort, et tous ces arrangements commerciaux décidés entre gens avertis en amont et en aval. Nous n’y avons aucune partie prenante, ou si peu, obligés que nous sommes d’accepter les tarifs imposés pour ce que nous achetons et ce que nous vendons ! Ces deals dingues dong qui nous emmènent au Golgotha, nous crucifient sur l’autel du commerce agricole où officie une industrie agro-alimentaire Ponce Pilate, laquelle se lave les mains plus blanches que blanches de nos revenus et des mille et une normes décidées par des politiciens dealers de poudre aux yeux du grand public.

Et notre auto-détermination, nous pouvons faire une croix dessus ! Cette croix s’appelle Politique Agricole Commune, portée par les agriculteurs européens depuis plus de soixante ans. Nous sommes tombés bien plus souvent que trois fois tout au long de nos chemins de vie à la ferme, et des Simon de Cyrène sont venus faire semblant de nous relever, après nous avoir fait trébucher en imposant de nouvelles normes, des directives contraignantes, des deals dingues qu’oncques nous n’avons demandés. Et nous sommes aujourd’hui plantés là, au vu de tous, la tête couronnée de questions épineuses, les bras en croix, écartelés d’impuissance, coincés entre des larrons marchands et des compères banquiers qui jamais ne se repentissent et toujours nous harcèlent.

Et le Bon Dieu Union Européenne dans tout ça ? Pourquoi nous a-t-il le plus souvent abandonné lors des tractations commerciales conclues au niveau mondial, comme l’accord du Gatt remplacé par l’OMC lors de l’Uruguay-Round ? Ces deals dingues dong du XXIe siècle, asticotés en douce avec le Canada, le Mercosur, le Vietnam, Singapour, l’Inde et l’Australie, et d’autres partenaires en bilatéral ?

Qu’attendent-ils des agriculteurs, tous ces centurions politiciens et ces grands-prêtres des finances, installés aux premiers rangs du spectacle « grandiose » de notre disparition, de notre Passion ? Sont-ils vautrés dans leurs fauteuils pour se repaître des affres d’une lente agonie qui dure depuis soixante ans ? Pour assister à la descente de croix et la mise au tombeau de notre agriculture à taille humaine, puis applaudir la résurrection d’une autre agriculture, intensive, formatée, numérisée, industrielle, débarrassée définitivement de ses paysans ?

Il leur sera loisible alors de consacrer leurs efforts à leur occupation favorite : commercer, jouer les produits agricoles en bourse, conclure entre eux des deals dingues dong à n’en plus finir sur le dos des consommateurs, aux dépens de l’écologie et des normes sanitaires, pour le plus grand malheur des petites gens des pays pauvres. Ils sortiront petits et grands paniers pour récolter des profits colorés, des Lapins de Pac, des clochettes en chocolat diling ding dong, deals dingues dong…

Joyeuses Pâques à vous !

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