Réduction des pesticides : «Une approche systémique est nécessaire»
Dans la continuité des États généraux de la protection des cultures inaugurés le 31 octobre dernier, une note collective a été remise ce mercredi 22 avril à la ministre Dalcq et au ministre Coppieters. Celle-ci porte sur les conditions de réussite d’une réduction effective des pesticides en Wallonie.

Co-rédigée par Regenacterre, Sytra et la Fwa, la note bénéficie d’un soutien étendu de la part d’acteurs variés issus de l’agriculture, de l’environnement, des filières, de l’enseignement supérieur et de la recherche.
Le constat est simple : des leviers existent déjà sur le terrain pour réduire les pesticides, mais sans une mobilisation conjointe des filières, des marchés et des pouvoirs publics, leur portée restera limitée.
Selon les co-rédacteurs, les conditions de réussite d’une telle réduction ne relèvent pas uniquement de la responsabilité des agriculteurs. « L’intérêt du sujet est précisément là : montrer que le blocage n’est plus seulement technique, mais systémique, et que la réduction des pesticides ne pourra pas reposer sur la seule bonne volonté des agriculteurs ».
Une responsabilité partagée
Dans un contexte sous pression, la Wallonie fait face à une forte précarité du métier agricole. Marquée entre autres par une détresse psychologique importante liée notamment à des revenus instables et inférieurs à la moyenne régionale. Selon les co-auteurs de la note : « Ces conditions fragilisent la capacité de nos exploitations à absorber les chocs (climatiques, économiques) et à engager les transitions nécessaires ».
Dans le cas de la réduction des produits phytopharmaceutiques, cette capacité de changer se pose aussi. En effet, malgré les politiques de réduction, ces produits restent largement utilisés. Ainsi, les États généraux de la protection des cultures représentent une opportunité pour identifier des alternatives. Si des pratiques agronomiques permettant de réduire les pesticides existent déjà, leur diffusion reste limitée et nécessite un accompagnement renforcé.
Selon les auteurs de la note, la transition ne peut reposer uniquement sur les agriculteurs, mais implique une responsabilité partagée entre l’ensemble des acteurs des filières. Le texte met en avant plusieurs conditions pour réussir cette transition : intégrer des leviers agronomiques dans les systèmes existants, accompagner les agriculteurs sur le plan technico-économique, sécuriser les revenus, garantir une concurrence équitable et poser des choix politiques clairs.
Ainsi, l’ensemble de la filière agricole dispose de leviers pour réduire l’usage des intrants chimiques. Que ce soit en amont ou en aval de la ferme. L’industrie peut proposer des solutions moins nocives et des variétés résistantes, tandis que la transformation et la distribution doivent adapter leurs critères et leurs infrastructures pour soutenir ces pratiques. Des mécanismes financiers et une répartition équitable des coûts pourraient aussi assurer la viabilité économique des producteurs engagés.
Autre exemple, les rotations culturales influencent aussi le bilan phytosanitaire : « certaines cultures sous contrat, comme la pomme de terre, ont historiquement permis de sécuriser le revenu » mais augmentent l’usage de produits. Les filières au meilleur potentiel de progrès, telles que céréales et légumineuses, nécessitent des solutions économiques viables. « La diversification nécessaire des assolements demande de retrouver des solutions génératrices de revenus ».
Enfin, les enjeux fonciers et commerciaux doivent faire partie de la réflexion : assurer la cohérence des politiques internationales, soutenir les filières locales à faibles intrants, réguler la pression foncière pour favoriser des systèmes agricoles diversifiés et résilients. Une réflexion stratégique doit également orienter l’usage des terres et le développement des filières agricoles.
Du curatif ou préventif
D’après la note, la réduction des produits phytosanitaires repose sur une approche globale et progressive, centrée sur le terrain, visant à passer du curatif au préventif. Elle ne dépend pas d’une solution unique, mais d’une combinaison de leviers agronomiques déjà existants, à organiser et à déployer à l’échelle de chaque exploitation. Cette démarche suit une logique hiérarchisée, privilégiant d’abord la prévention avant les interventions curatives. Les leviers d’action applicables à l’échelle des exploitations sont répartis en quatre axes :
– Réduire la pression
L’objectif est de prévenir l’apparition de problèmes sur la parcelle en diversifiant le système agricole, notamment grâce à la rotation des cultures, à leur diversification et au recours aux services écosystémiques qui favorisent la régulation naturelle.
– Réduire la sensibilité
En agissant sur la santé du sol, le choix variétal et la physiologie des plantes, il est possible de renforcer la robustesse du système agricole, en rendant les cultures moins vulnérables aux attaques.
– Mesurer pour décider
Limiter les traitements systématiques passe par l’évaluation rigoureuse du risque, fondée sur l’observation, les seuils d’intervention et l’utilisation d’outils d’aide à la décision pour intervenir de manière ciblée.
– Intervenir en minimisant l’impact
Lorsque le recours au curatif est nécessaire, intervenir mieux : de manière ciblée et optimisée, en privilégiant des approches combinées et des solutions les moins nocives.
Une piste concrète pour approfondir ces enjeux consiste à aller sur le terrain, chez un agriculteur, afin d’observer directement les leviers déjà mis en place pour réduire l’usage des intrants. Cette immersion permettrait de mieux comprendre leur efficacité, mais aussi leurs limites dans les conditions réelles de l’exploitation. Le reportage réalisé chez Luc Joris, ayant pour titre : « Vers des systèmes plus autonomes et résilients » se trouve sur le site Internet du Sillon belge et complète cette démarche en apportant un éclairage supplémentaire.





