Changement climatique : le maraîcher doit-il faire évoluer son calendrier de production?
L’évolution climatique est de plus en plus évidente et les climatologues annoncent bien d’autres modifications pour les prochaines décennies. Dès lors, quelles attitudes adopter pour nos assolements et pour les calendriers de production ? Il ne s’agit pas de remettre en question le programme de l’année 2026, déjà en cours de réalisation. La réflexion porte plutôt sur les directions à prendre pour les investissements à plus long terme et sur les possibilités qui pourraient s’ouvrir pour les maraîchers belges.

S’adapter aux évolutions climatiques fut l’objet de cette rubrique maraîchère dans Le Sillon Belge du 19 mars. Dans ce cadre, plusieurs thèmes ont été abordés, comme la température dans les serres dans le journal du 2 avril. Et le calendrier de production est également un sujet de discussion.
Plusieurs aspects prioritaires
L’humain est la priorité n°1. Les difficultés techniques et économiques sont importantes. Pour les surmonter, le maraîcher a besoin de 100 % de ses moyens. C’est vrai pour tous, mais ce n’est pas nécessairement bien assimilé par les nouveaux maraîchers. L’enthousiasme de se lancer dans la création de sa propre entreprise doit être maîtrisé par une forme de sagesse afin d’éviter l’épuisement trop rapide des forces. Le calendrier de production doit s’aligner sur les disponibilités en incorporant des temps de vide théoriques. Au fil des jours, ces espaces de temps libre de travail se combleront par des imprévus, des pannes, des retards et des temps de pause nécessaires.
Ensuite, le parcellaire. La diversité des situations est large. Les plus chanceux disposent de terrains au drainage efficace et à bonne texture et structure. Cependant, l’accès à la terre est bien difficile pour un candidat à la recherche de surfaces. Il se trouve parfois devant des situations complexes et fort hétérogènes. Le maraîcher aura alors la possibilité de distinguer deux ou plusieurs assolements dédiés en partie ou totalement au maraîchage. Certaines parcelles peuvent ne pas convenir pour une production correcte de légumes mais peuvent être aménagées en prairies, par exemple.
Pour tenter de s’adapter à l’évolution climatique, nous pouvons agir sur l’accessibilité des terrains. Le drainage naturel peut être complété par des placements de drains vers un débouché. L’accès aux terrains plus tôt au printemps et plus tard en automne élargit les possibilités de productions en plein air. Un drainage renforcé permet de rendre plus accessibles les parcelles inondées par des orages violents en été.
Ensuite, les serres maraîchères sont des investissements importants. Elles permettent de bien valoriser les forces de travail sur une longue période l’année et d’étendre grandement la diversité des cultures. Un calendrier des cultures de plein air s’élargit avec l’évolution climatique que nous vivons actuellement, pour autant que l’eau soit disponible en irrigation. Un calendrier des cultures sous serre s’élargit quelque peu, surtout de novembre à février.
Il faut également tenir compte de la commercialisation. En effet, dans les prises de décisions, nous devrions vendre avant de produire. C’est fondamental. Même si sur le terrain, bien sûr, la production précède la fourniture. D’où toute l’importance de raisonner le calendrier de production d’après les possibilités de vente. Quelle surface dédiée aux primeurs ? En juillet et août, la clientèle est-elle suffisante ? Est-ce l’achat-vente peut compléter l’étal ? Est-ce que le groupement d’achat peut accepter une interruption de deux mois ? La situation d’une ferme n’est pas celle d’une autre.
Enfin, la formation et l’information sont nécessaires. Disposer de compétences et les compléter par des formations permet d’enrichir le panel des productions de la ferme maraîchère. Des centres de formations, les écoles, les séminaires professionnels sont à notre disposition. Les échanges entre professionnels sont très riches.
Un ou des tableaux de production
Les tableaux sur papier sont remplacés de plus en plus souvent par des tableurs informatisés. Il en existe sur le marché, surtout intéressants pour les grosses unités de production. Pour les petites fermes maraîchères, le support en papier, le tableau ou le tableur classique à remplir soi-même conviennent. De toute façon, des adaptations sont nécessaires en fonction de chaque structure.
Plusieurs situations évoluent en parallèle : le plein air et le tunnel maraîcher ou la serre froide.
Pour une culture donnée, nous pouvons avoir une idée de l’époque de semis, de plantation et de récolte. Le tableau sera dimensionné pour l’année complète et se prolongera sur les premiers mois de l’année suivante. Cette façon de faire permet rapidement de connaître les espaces encore disponibles sur les parcelles. Les zones libres pourront accueillir une culture supplémentaire, être travaillées en jachère noire afin de réduire le stock de semences d’adventices, ou occupées par des engrais verts, ou encore par des fourrages selon les autres productions de la ferme.
Le calendrier met en évidence le gain de temps d’occupation du sol lorsqu’une culture est repiquée par rapport à un semis direct.
Le maraîcher peut corriger son propre calendrier au fil des saisons pour refléter au mieux ses conditions de culture. Depuis quelques années, on ose planter les cultures d’été de serre un peu plus tôt, par exemple. Garder une garantie avec un petit chauffage d’appoint reste plus prudent.

Un choix variétal pertinent
Les catalogues professionnels proposent des variétés dont les indices de précocité sont bien précisés. Le choix variétal permet d’adapter partiellement le calendrier théorique aux conditions locales et d’élargir les possibilités d’offres de légumes.
Un élément important est la durée de la période idéale de récolte. Lorsque celle-ci est étalée, des petits décalages dans le temps suite à la météo de l’année seront facilement autorisés. Au contraire, certaines variétés possèdent un moment de récolte idéal court avec la conséquence de rater certaines périodes de livraison.
Les sélections sont des populations, leur période de récolte est souvent plus large dans les dates.
De plus, attention concernant les semences professionnelles, elles ne sont pas disponibles à tout moment, mieux vaut commander tôt.
Pour les plants, il faut tenir compte de la période nécessaire à l’élevage chez le producteur. Ce n’est pas un simple achat, c’est un partenariat permettant d’accorder les deux entreprises et de planifier au mieux les livraisons pour en réduire les coûts.
Les catalogues professionnels sont déjà adaptés à la situation climatique actuelle. Des zones de production sont précisées pour chacune des variétés. Les veilles comparatives de variétés des centres de recherches appliquées belges affinent encore les choix en les actualisant.
Le coût d’une culture ratée
Les maraîchers en installation ont des difficultés à établir leur calendrier de production. Celui-ci est en lien direct avec les capacités à produire et les possibilités d’écoulement vers la vente.
Gardons bien en mémoire qu’une culture qui ne pourra pas être suivie correctement ou qui ne trouvera pas de débouchés coûte et ne rapporte pas. Les investissements en intrants et en temps sont perdus, ils grèveront le revenu de la ferme.
Pensez à l’archivage…
La mémoire humaine n’est pas infaillible. Il est indispensable d’archiver les données de commercialisation et de production mises en œuvre dans l’année. La consultation de ces informations pratiques et concrètement liées à la situation propre de la ferme permettra d’ajuster les assolements et les calendriers de production pour les années suivantes.





