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Agroécologie bio : l’école Organic, une première en Wallonie

À Upigny, au cœur d’une ferme en activité et en lien étroit avec la recherche menée par Brioaa, une nouvelle formation en agroécologie biologique verra le jour en octobre 2026, avec l’ambition de former, sur le terrain, des profils capables de penser et d’accompagner la transition agricole dans toute sa complexité.

Temps de lecture : 6 min

C’est dans d’anciens bâtiments de ferme, nichés au cœur de plaines agricoles à Upigny, qu’est situé le centre de recherche indépendant Brioaa, cofondé entre autres par Eddy Montignies et Nicolas Luburić. Un ancrage dans la recherche qui se prolonge désormais par une volonté de transmission et de formation. C’est dans cette continuité qu’a émergé le projet de l’école supérieure Organic.

Tournée vers les réalités du terrain

L’école supérieure Organic ouvrira ses portes en octobre 2026 et sera axée sur l’agriculture biologique et l’agroécologie bio. « Les apprenants ne resteront pas en classe uniquement », explique Nicolas Luburić. La formation se veut axée sur le terrain. Avec les 60 ha qui entourent la ferme où auront lieu les cours, de nombreuses sorties de terrains seront organisées pour pouvoir illustrer, observer, analyser et critiquer.

« Cette approche tournée vers le terrain est assez intéressante pour les étudiants puisqu’elle ne propose pas uniquement de la théorie et intègre la compréhension des défis de l’agroécologie dans un milieu propice pour le faire », approfondit-il. Lors de la formation, les bases de l’agroécologie bio seront établies et redéfinies afin de permettre aux élèves de développer une vision globale, incluant l’ensemble des enjeux de la filière, qu’ils soient environnementaux, économiques ou sociaux.

Selon Eddy Montignies, l’agroécologie biologique n’est pas quelque chose de nouveau mais est surtout dans l’air du temps. Fort de son expérience, ce dernier gère plus de 450 ha en agroécologie bio et depuis 2018, les 60 ha situés autour de la ferme-école. Il complète : « Ce système ne se cassera pas les dents dans deux ans, il tient la route. Ce n’est pas non plus une opposition au modèle dominant. Il s’agit surtout d’amener et de construire un autre modèle d’agriculture qu’il est possible de faire et qui rémunère les gens, sans détruire la santé et l’environnement ».

L’école Organic s’appuie sur 60 ha pour proposer une formation immersive en agroécologie biologique, centrée sur l’observation et l’apprentissage direct sur le terrain.
L’école Organic s’appuie sur 60 ha pour proposer une formation immersive en agroécologie biologique, centrée sur l’observation et l’apprentissage direct sur le terrain. - A.B.

Une richesse tirée de la diversité des âges et des horizons

À partir d’octobre 2026 et jusqu’en juin 2027, la formation Organic se déroulera à mi-temps, avec 2,5 jours de cours par semaine. À cela s’ajoutent 50 jours de stage qui pourront être réalisés dans plusieurs structures du secteur de l’agroécologique bio et agencés selon les disponibilités de l’apprenant. Les divers cours seront majoritairement donnés sur la ferme à Upigny, ainsi que dans d’autres fermes ou structures.

« Nous voulons nous appuyer sur la force du groupe et sur la cohésion avec la réalisation de projet partagé plutôt que de développer un esprit individualiste », poursuit Eddy Montignies. Ainsi, aucune limite d’âge n’est imposée, si ce n’est un minimum de 18 ans. « C’est la mixité d’horizon, d’âge, d’expérience et de perception qui créera la richesse des échanges », complète-t-il. Étudiant en agronomie, en biologie, en sociologie, repreneurs ou encore propriétaires fonciers et nimaculteurs, à savoir des personnes non-issues du milieu, la formation s’adresse à un large public. « L’idée est que les gens, qui s’inscrivent, puissent répondre à la question : quel changement vais-je amener dans les différents projets que je veux investir ? ».

Pour cette première année, les inscriptions seront restreintes à 20 personnes, sélectionnées par les professeurs sur base de leur candidature. « En fonction de l’intérêt porté à cette initiative, nous ajusterons dans les prochaines années », précise Nicolas Luburić.

Concernant les professeurs, ils seront tous des professionnels du secteur. « Nous avons cherché les personnes qui nous semblaient les plus pertinentes dans leur domaine », indique-t-il. Deux exemples : Cédric Guillaume, arboriculteur, et Thibaut Goret, éleveur viandeux. Tous deux illustrent une approche intégrée, où les dimensions environnementales, économiques et de filière sont prises en compte. Thibaut Goret a ainsi développé un modèle combinant élevage, magasin à la ferme avec boucherie et vente de colis de viande, tout en accordant une attention particulière à la gestion de ses prairies. La rencontre entre ces deux profils pourrait donner naissance à un projet commun de pré-verger, associant des arbres fruitiers haute tige à une production de viande, avec à la fois des fruits de table et des fruits destinés à la transformation. « C’est ce genre de réflexion que nous voulons amener aux étudiants, avec la prise en considération des indicateurs du milieu et des impacts qu’une pratique pourrait avoir. Par exemple, dans ce cas : qu’est-ce qu’engendrerait l’implantation d’un verger haute tige dans le milieu ? », complémente Eddy Montignies.

Sortir des cours-silos

La formation s’inscrit également dans un lien étroit avec la recherche notamment à travers le centre de recherche Brioaa. Ancrée dans des conditions réelles, elle s’appuie sur la ferme en activité, où doivent être conciliés expérimentations et viabilité économique, garantissant ainsi une approche concrète.

Les stages occuperont aussi une place centrale : ils permettent non seulement d’acquérir des compétences, mais aussi d’apporter de nouvelles idées et valeurs.

En complément du cursus, des formations continues, sous forme de modules courts d’un à trois jours, seront proposées aux professionnels autour de thématiques ciblées.

L’ensemble des cours proposé par Organic repose sur un fil conducteur fort entre les matières, malgré la diversité des intervenants, afin de maintenir une vision globale.

Des sessions plus courtes, animées par des spécialistes (Master class), viendront également nourrir les échanges et susciter la réflexion. « On sort de cette idée de cours en silo, où les matières sont séparées les unes des autres », résume Nicolas Luburić : l’objectif est de permettre aux participants de développer une approche globale et cohérente, en intégrant l’environnement, les débouchés et les réalités de terrain.

Des compétences et du changement

Au-delà des contenus, la formation favorise aussi la création d’un réseau, qui s’enrichira au fil des promotions. Si elle ne débouche pas sur un diplôme officiel, elle bénéficie du soutien d’acteurs du secteur et donnera lieu à une reconnaissance portée par différentes organisations. « Les inscrits viennent surtout chercher des compétences », souligne Eddy Montignies. Soutenue par des partenaires privés et des fondations engagées dans la transition, cette formation répond ainsi à de nouvelles attentes du secteur, sans se couper des réalités économiques et professionnelles.

L’ambition du cursus n’est pas de former uniquement de futurs agriculteurs ou futures agricultrices mais bien des personnes qui souhaitent s’inscrire dans un secteur, en le faisant évoluer différemment. « Nous souhaitons toucher un large public et leur proposer une vision globale de la filière agroécologique bio. S’inscrire, c’est déjà faire partie du changement », conclut Eddy Montignies.

Astrid Bughin

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