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Chèvres ou brebis : deux projets réunis autour d’un seul élevage

C’est de l’union de deux projets qu’est née la ferme du Fond du buisson. D’un côté, Sophie Fondu, avec ses chèvres. De l’autre, Norbert Buysse et ses brebis. Ensemble, et depuis trois saisons, ces éleveurs se sont associés pour développer leur infrastructure, de la gestion des animaux à la transformation laitière, en passant par l’autoconstruction de leur étable. Une mutualisation mûrement réfléchie, en amont comme en aval, afin de se donner toutes les chances de réussite.

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Dans cet élevage de Buissonville (Rochefort), chèvres et brebis vivent en harmonie. La journée, elles se partagent la prairie, accompagnées de leurs petits. La nuit, chacune retrouve sa place au sein de la bergerie-chevrerie. Actuellement, 30 brebis et 15 chèvres y sont traites. À terme, l’objectif est d’atteindre 50 brebis et 30 chèvres en production.

En effet, la ferme du Fond du buisson est encore en pleine évolution. Si du chemin reste à parcourir, à l’occasion de l’assemblée sectorielle ovins et caprins du Collège des producteurs, les éleveurs ont accepté de revenir sur l’histoire de leur site. Devant le bâtiment, Sophie Fondu raconte : « En février, cela a fait un peu plus d’un an que nous sommes rentrés dans cette étable ». Pour celle-ci, le choix s’est porté sur de l’autoconstruction, tandis que certains travaux sont toujours en cours, comme à la fromagerie.

À l’intérieur, la chevrière, sourire aux lèvres, explique que le bâtiment a été pensé pour faciliter une éventuelle séparation entre les associés. De cette manière, chacun pourrait travailler de son côté, sans empiéter sur l’autre. Une anecdote qui prouve qu’au fil de sa création, rien n’a été laissé au hasard dans cette ferme... Une exploitation laitière née de l’association entre Norbert Buysse et Sophie Fondu. Cette dernière a travaillé dans les milieux associatif et culturel, et a réalisé du woofing (des volontaires viennent apporter leur aide sur des fermes biologiques en échange du gite et du couvert), ce qui lui a notamment permis de se former. « Avoir mon élevage était une idée qui me turlupinait depuis quelques années. C’était la suite logique des choses. Au niveau sociétal, je ne vois pas ce qui fait plus sens que de produire de la nourriture dans le respect du vivant ».

Norbert, quant à lui, était brasseur durant douze ans. Lors de la crise sanitaire, l’agronome a décidé de franchir un nouveau cap dans sa carrière. « C’était une vocation que j’avais abandonnée car mon parcours en brasserie se passait bien. Avec le Covid, j’ai réalisé que j’avais envie de l’accomplir ».

Bref, chacun avait une idée en tête, que ce soit avec des chèvres ou des brebis, mais aucun ne souhaitait se lancer seul. « Nous avons appris que l’un et l’autre étions à la recherche d’un partenaire, c’est comme cela que nous nous sommes rencontrés ».

Plusieurs mécanismes pour éviter et anticiper d’éventuelles tensions

« Mieux vaut prévenir que guérir », dit le proverbe. C’est dans cette optique que les deux agriculteurs ont mis en place plusieurs mécanismes afin de mener à bien cette aventure. À titre d’exemple, ils échangent avec une médiatrice tous les trois mois. « Cela permet de prévenir d’éventuels conflits. Nous communiquons également beaucoup. Nous y accordons une grande importance », note le berger.

Et la vie d’éleveur n’est pas toujours un long fleuve tranquille. Aux astreintes liées à la profession s’est ajoutée la construction de l’étable, avec la fatigue mentale et physique qui en découle. « Je savais que ce ne serait pas léger. Néanmoins, c’est différent de le conscientiser et de le vivre. Construire cette ferme de bout en bout est très énergivore. On doit être charpentier, gérer les aspects administratifs, mais aussi se construire en tant qu’éleveuse. Nous sommes deux alors qu’il y a du travail pour trente », confie Sophie Fondu.

De plus, comme elle l’avait mentionné, l’ensemble a été réfléchi afin d’anticiper une éventuelle séparation, tant dans la structure juridique que dans le financement ou encore la conception des bâtiments. « En habitat groupé, on dit que les personnes doivent pouvoir partir facilement pour qu’elles restent », souligne Norbert Buysse.

Concernant la répartition des tâches, chacun doit être en mesure de maîtriser l’ensemble du processus. De cette manière, l’un comme l’autre peuvent prendre un week-end ou des vacances l’esprit tranquille. L’organisation repose donc sur une alternance : un jour, l’un s’occupe des animaux tandis que l’autre est à la fromagerie. Le lendemain, les rôles s’inversent. « Cependant, peu à peu, nous nous sommes rendu compte que nous nous étions spécialisés dans certaines fonctions, par souci d’efficacité et par affinité. Nous avons une réunion hebdomadaire durant laquelle nous analysons l’ensemble. Il est essentiel de se sentir à l’aise dans sa mission, bien que nous soyons dorénavant autant berger que chevrière », poursuit-il.

Actuellement, 30 brebis et 15 chèvres sont traites.  À terme, l’objectif est d’atteindre 50 brebis et 30 chèvres en production.
Actuellement, 30 brebis et 15 chèvres sont traites. À terme, l’objectif est d’atteindre 50 brebis et 30 chèvres en production. - D.T.

Tendre vers un maximum d’autonomie pour les animaux et pour le site

Le duo mise également sur un maximum d’autonomie, avec des panneaux solaires et un puits pour l’eau. Même logique pour l’alimentation des animaux, puisqu’ils cultivent leurs propres céréales fourragères. Seuls la féverole et les minéraux sont achetés à l’extérieur. Pour ce faire, ils exploitent 13,5 ha, des terres acquises par Terre-en-vue. Notons également que le site est certifié bio et vise l’obtention de la mention Nature et Progrès.

La traite se déroule une fois par jour. Chez les brebis, la production moyenne a atteint cette année 210 l. Un chiffre à mettre en perspective avec le lait laissé aux jeunes. « Pour nous, c’est naturel de les laisser au pis de leur mère le temps nécessaire », ajoute la jeune femme. La séparation intervient ainsi à 14 kg pour le chevreau et à 17 kg pour l’agneau.

Toujours pour les nouvelles naissances, la reproduction a lieu vers le mois septembre pour des mises bas entre janvier et février. Deux béliers et deux boucs sont utilisés. « Nous travaillons avec des Lacaune pour les brebis et des Alpine pour les chèvres. Si nous étions partis sur des races pures, nous intégrons désormais d’autres races et des croisements », complète l’agronome.

La transformation du lait est réalisée directement à la ferme. Avec, à la clé, une large gamme de fromages, mais aussi des produits mixtes, chèvre et brebis, notamment pour les yaourts. De quoi ravir les consommateurs, qui peuvent acheter halloumi, tommes ou encore fromages frais directement sur place, dans des épiceries ou encore via des coopératives. Leur site internet permet également de passer commande en ligne et d’opter pour un point de dépôt.

Enfin, si les clients sont au rendez-vous, leur travail a déjà été salué avec une médaille d’argent pour leur tomme de brebis lors du concours des « Meilleurs fromages de chez nous », édition 2025. Une belle récompense qui confirme la solidité d’un projet où chacun trouve sa place.

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