La betterave, toujours une culture d’avenir?
Afin de rééquilibrer un marché du sucre fragilisé, la filière betteravière européenne réduit ses surfaces, une décision qui impacte directement les producteurs belges. Entre adaptation des volumes, gestion des co-produits, défis climatiques et évolution des attentes du marché, le secteur doit sans cesse se réinventer. Malgré ces contraintes, la betterave conserve des atouts solides, notamment portée par l’innovation génétique.

Afin de maintenir un marché du sucre à l’équilibre, des efforts de réduction de surface ont notamment été demandés aux agriculteurs belges pour la nouvelle campagne : « La situation est frustrante, mais on n’a pas besoin de produire plus que ce que le marché a besoin. Nous constatons quand même que plus de 20 usines ont fermé en Europe depuis 2017 et même tout récemment en Europe de l’Est et en Espagne. Tous les sucriers adaptent leurs surfaces pour faire face au marché déséquilibré. Selon les dernières informations de la Commission, au niveau européen, en 2026, on sera au-delà de 8 % de réduction d’emblavement », retrace Erwin Boonen.
Moins de betteraves, moins de pulpes ?
Localement, cette réduction aura-t-elle une influence sur la production des co-produits tels que les pulpes ? « Il y aura en effet moins de production, sauf rendement élevé mais, on a planté les betteraves plus tard que l’année passée donc on ne sera pas sur une année record du même type. Après le marché des pulpes est comme les autres, un équilibre doit se trouver. Cette dernière saison, on a fait face à des surplus. C’est déjà arrivé mais cela s’est avéré plus contraignant du fait des bonnes productions. Les stocks de fourrages auront sans doute un effet sur la stabilisation du marché des pulpes ».
La longueur des campagnes, risquée ?
Ces dernières années, la longueur des campagnes a également posé question. « Il est vrai qu’on a fait face à des expériences désagréables pour les planteurs comme pour les usines et que, vu le climat de moins en moins stable, on s’expose à un risque. Néanmoins, si l’on protège les tas de betteraves dans les règles de l’art, on a quand même des résultats très positifs. Jusqu’en 2009-2010, dernière campagne exposée au gel intense, l’application stricte du toptex était un succès. Depuis lors, nous n’avions plus été exposés à de réels problèmes et l’attention était moins forte. Jusqu’en 2023-2024, campagne durant laquelle l’importance du bâchage a été remise en évidence. L’année passée a également été sujette au gel mais les betteraves ont été arrachées à temps, dans des conditions correctes et ont pu être préservées jusqu’à la fin. Nous pouvons être fiers du travail fourni à ce niveau. »
Amélioration génétique prometteuse
L’évolution génétique peut, elle aussi, faire la fierté de la filière betterave. « L’amélioration génétique de la betterave est précieuse et a énormément progressé ces dernières années par rapport à celle d’autres spéculations. Les progrès concernant les rendements bruts et en sucre sont moindres aujourd’hui qu’il y a 5 ou 10 ans mais, on se concentre davantage sur la tolérance et la résistance aux maladies. Le sujet est essentiel vu la pression que subissent les produits de protection des plantes. La betterave reste une plante au top dans la recherche et elle est un atout sérieux face aux changements climatiques grâce à sa racine profonde et sa résilience face à la sécheresse, à condition qu’elle lève. »
La canne a, en revanche, besoin de trois fois plus d’eau et prend place dans des régions de plus en plus soumises aux variations climatiques extrêmes voire sèches ce qui n’est pas très propice.
« Ici, les terres sont bien entretenues et pourvues en matière organique. Nous sommes dans une zone des plus productives mais hélas pas des meilleurs marchés. Il y a néanmoins un avenir pour la betterave, surtout et certainement car nous avons une industrie alimentaire très développée. En effet, l’agroalimentaire est le secteur industriel le plus important en Belgique et celui-ci n’est pas beaucoup plus petit que celui de la France ou l’Allemagne. On est donc bien placé pour fournir du sucre local produit aux normes les plus durables et avec d’excellents coûts de transport. ».
Et, même si le sucre est de plus en plus transformé, la Raffinerie Tirlemontoise (RT) a d’ailleurs la chance d’avoir ses propres marques de sucre de bouche (T et Candico) : « Ces deux marques reconnues nous permettent d’avoir une certaine place dans le marché mais, il est parfois difficile de se battre contre des marques qui investissent beaucoup moins dans la recherche, la qualité ou l’innovation et qui souhaitent juste offrir le prix le plus bas. Ce marché permet de véhiculer une certaine image mais, la plus value n’est pas la même car il s’agit d’un concept différent qui nécessite plus de frais de marketing et d’emballage. Sur ce dernier point, les nouvelles lois européennes sur les emballages obligeant le recyclage de ceux-ci à 100 % apporteront des contraintes non négligeables. Nous allons devoir trouver de nouvelles solutions notamment, pour emballer le sucre brun qui ne peut pas être simplement placé dans du carton sinon il durcit, et modifier les installations d’emballage ».
Et la betterave bio ?
En 2019, la RT a sérieusement investi dans la production de betteraves biologiques belges pour ensuite la transformer en sucre bio en Allemagne. « L’usine qui accueillait cette transformation a depuis fermé et, c’est une usine située dans le sud de l’Allemagne qui a repris le flambeau. Écologiquement et économiquement, ça n’avait plus de sens de transporter ces betteraves si loin. Entre-temps, le marché bio a diminué aussi et les contrats des agriculteurs allemands ont aussi été réduits. La demande en sucre bio existe mais elle stagne. Néanmoins, nous restons ouverts à ce marché et quand il y en aura besoin, nous pourrons solliciter nos agriculteurs et utiliser nos installations dans ce sens. »
De manière générale, pour Erwin Boonen, la production biologique ne dépend pas des décisions politiques mais plutôt de la quantité de personnes disposées et capables de mettre de l’argent dans l’alimentation biologique. « Si les consommateurs ne sont pas capables de payer le prix qui permet aux agriculteurs et différents maillons de la chaîne de s’y retrouver, cela ne peut pas aller. Et, aujourd’hui, avec la hausse des prix et de l’énergie, le pouvoir d’achat des gens ne va malheureusement pas augmenter. »








