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Le bio, côté production: trois années en repli, malgré des signaux positifs

Pour la troisième année consécutive, le nombre de fermes bio et la superficie qui leur est dédiée ont reculé en Wallonie. Ce constat s’inscrit toutefois dans une tendance globale et n’est pas propre au secteur bio lui-même. En outre, certaines filières poursuivent leur progression, signe que de nouveaux producteurs se lancent dans l’aventure et y voient des opportunités.

Temps de lecture : 7 min

Au 31 décembre 2025, la Wallonie recensait 1.910 fermes sous contrôle bio (100 % bio ou mixte bio-conventionnel), soit 15 % des exploitations régionales. L’an dernier, la Wallonie a perdu 87 fermes bio (-4,4 %), suite à un retour au conventionnel ou à la pension du chef d’exploitation. Un chiffre qu’Ariane Beaudelot, auteure du bilan annuel dédié à ce mode de production publié mi-mai par Biowallonie et l’Agence wallonne pour la promotion d’une agriculture de qualité, met en perspective avec la situation régionale globale. En effet, la Wallonie elle-même a vu son nombre d’exploitations agricoles actives reculer de 220 unités.

Notons toutefois qu’en dix ans, 563 nouvelles exploitations ont fait le choix de l’agriculture biologique (figure 1).

La surface agricole utile (SAU) consacrée au bio suit une tendance similaire et recule de 2,8 %, « alors que la SAU totale wallonne a baissé de 0,6 % », enchaîne Mme Beaudelot. La SAU sous contrôle bio atteint 88.025 ha (- 2.557 ha), soit 12,1 % de la SAU totale wallonne (figure 1). Environ 6,4 % de la SAU bio sont en cours de conversion.

Figure 1: évolution de la superficie et du nombre de fermes bio en Wallonie (source: Biowallonie).
Figure 1: évolution de la superficie et du nombre de fermes bio en Wallonie (source: Biowallonie).

La surface agricole moyenne d’une ferme bio est de 46,2 ha, en légère hausse sur un an (+0,6 ha).

Seuls les fruits bio tirent leur épingle du jeu

En raison de la diminution du nombre d’herbivores bio – qu’il s’agisse des bovins, des ovins ou des caprins – en Wallonie (-4 %, lire en détail ci-après), la surface dédiée aux prairies a fléchi de 3 %. 1.885 ha de prairies bio ont été perdus en un an.

Trois quarts de ces surfaces sont situés dans les provinces de Luxembourg et de Liège. 90 % des prairies bio ou en conversion sont permanentes ; le solde se composant de prairies temporaires. Ariane Beaudelot note que si les prairies permanentes n’ont enregistré qu’une légère baisse, évaluée à 772 ha (-1 %), les prairies temporaires ont connu une chute plus marquée (- 1.103 ha, soit – 15 %).

Même si les prairies représentent près de trois quarts (72,3 % précisément) du paysage agricole bio wallon, leur proportion diminue d’année en année au profit des grandes cultures nécessaires pour alimenter le bétail et répondre à la demande grandissante du marché alimentaire bio, précise la structure d’encadrement.

Les grandes cultures (céréales, cultures fourragères, pommes de terre, oléagineux et protéagineux) affichent une perte de 809 ha (- 4 %) et ce, après une baisse de 6 % constatée un an auparavant. Pour mémoire, entre 2013 et 2021, plus de 1.000 ha de grandes cultures étaient convertis au bio chaque année. Biowallonie explique cela par des déconversions, principalement d’agriculteurs mixtes.

33 % des grandes cultures bio sont situées en province de Luxembourg. Suivent la province de Namur (27 %), le Hainaut (15 %), la province de Liège (15 %) et le Brabant wallon (10 %).

En détail, 46 % des grandes cultures bio sont des céréales pures et cultures assimilées, dont les plus courantes sont le froment, l’avoine, l’épeautre, l’orge et le triticale (par ordre d’importance). Ces cinq espèces représentaient 90 % des céréales cultivées en bio. Les mélanges céréales-légumineuses et autres s’adjugent 32 % du total ; les cultures fourragères suivent avec 12 %. Enfin, les pommes de terre, oléagineux, protéagineux et autres cultures industrielles occupent 10 % des terres bio.

Après avoir bondi de 9 % en 2024, les cultures légumières accusent un recul de 7 %. Cela représente une perte de 184 ha, pour un total de 2.479 ha, soit une superficie similaire à 2023, à quelques hectares près. Sans surprise, les légumes qui occupent le haut du classement en termes de superficie sont le pois et le haricot, destiné à l’industrie. En troisième position figure la carotte, suivie des oignons et échalotes. Biowallonie note également que la culture de plantes condimentaires, aromatiques et médicinales se montre en très bonne forme. Certes, ces espèces n’occupent que 145 ha mais il s’agit d’un véritable bond de 100 ha entre 2023 et 2025.

Les surfaces légumières bio wallonnes se répartissent comme suit : province de Liège (34 %), Brabant wallon (26 %), provinces de Namur (19 %), Hainaut (18 %) et Luxembourg (3 %).

Du côté des cultures fruitières , un nouveau progrès est enregistré (+ 110 ha, soit +11 %). Il s’explique par l’importante demande des consommateurs, couplée à une offre insuffisante pour la majorité des fruits. Les vergers et vignobles bio, qui occupent une surface totale de 1.113 ha (y compris les verges haute tige plantés en guise de diversification), se trouvent principalement en province de Namur (40 %). Derrière, on retrouve la province de Liège (23 %), le Hainaut (14 %), le Brabant wallon (13 %) et la province de Luxembourg (10 %).

Les vergers bio sont majoritairement dédiés à la production de pommes et poires. Mais on retrouve aussi des cerisiers, pruniers, pêchers, abricotiers et kiwaïs. Avec, note Biowallonie, un intérêt croissant pour les vergers haute-tige, plantés comme diversification des fermes et/ou en vue d’aménager des parcours extérieurs et prairies. Quant à la production de raisins bio, elle poursuit son développement, avec 48 nouveaux ha l’an dernier, pour un total de 307 ha et 78 agriculteurs.

La production de semences et de plants s’affaiblit (- 10 %) pour atteindre 589 ha. Selon Biowallonie, 503 ha sont utilisés pour la multiplication de semences, 46 ha pour la production de plants de pommes de terre et 40 ha pour la production de plants (légumes, fruits ou d’ornement). Ariane Beaudelot rappelle combien il serait pourtant important que cette filière se développe davantage afin de permettre aux producteurs de s’approvisionner en Wallonie et non au sein d’autres régions ou pays.

Les jachères, engrais verts et parcours extérieurs enregistrent une progression considérable de 25 % pour atteindre 1.339 ha.

Enfin, les cultures non alimentaires (lin et chanvre textile, sapins de Noël, houblon…) atteignent 107 ha (-5 %).

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Les bovins viandeux se stabilisent

Au cours de l’année 2025, le nombre d’animaux bio a reculé de 3 %, toutes espèces confondues. Il s’agit de la troisième année consécutive que ce phénomène se produit. Selon Biowallonie, 64 % des fermes bio wallonnes élèvent des animaux.

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En perte de vitesse depuis 2021, le nombre de bovins bio a connu un nouveau recul en 2025 (-4 %). Il atteint 96.352 têtes, ce qui représente également 10 % du nombre total de bovins élevés en Wallonie. Trois quarts des animaux bio sont élevés dans les provinces de Luxembourg et Liège. Cette tendance baissière s’explique par l’épidémie de fièvre catarrhale ovine, bien que celle-ci ait moins touché les fermes en 2025 qu’en 2024, mais aussi dans la déconversion de certains éleveurs.

Après être reparti à la hausse en 2022 et 2023, le nombre de vaches allaitantes s’est inscrit à la baisse en 2024. Il semble désormais se stabiliser : + 0,5 % par rapport à 2024, pour atteindre 26.161 animaux. En conventionnel, le phénomène est inverse, avec une chute évaluée à 8 %.

La filière laitière s’inscrit dans la même tendance baissière qu’un an auparavant. La Wallonie compte 775 vaches laitières bio en moins par rapport à 2024, soit un recul de 4,1 % (18.122 têtes au total), contre 5,6 % dans la filière conventionnelle. Ariane Beaudelot s’attend toutefois à observer une croissance du cheptel dans les mois à venir en raison de la hausse observée du prix du lait bio.

Le porc bio retrouve des couleurs

La filière porcine souffre d’un manque de rentabilité chronique, ce qui se traduit dans la grande fluctuation des chiffres. Ainsi, elle s’est tassée en 2022, est repartie à la hausse en 2023 (+22 %), s’est écroulée en 2024 (-48 %) et enregistre, in fine, une nouvelle progression en 2025 (+10 %).

Pas moins de 11.293 porcs gras ont été commercialisés, contre 9.378 un an auparavant. En parallèle, le nombre de truies reproductrices a fléchi de 8 % (677 truies recensées), ce qui peut être source de complications au niveau de l’engraissement.

Les porcs bio wallons sont élevés majoritairement en province de Luxembourg (61 %). À noter : la Wallonie compte 57 éleveurs de porcs bio, soit le même nombre qu’en 2024.

Poules pondeuses : une nouvelle fois, la seule filière en croissance

Après avoir fortement fléchi en 2023 et 2024, le nombre de poulets de chair commercialisés ne parvient pas à inverser la tendance, bien que la baisse soit moins importante (-7 %). 218.000 poulets de moins ont été commercialisés l’année dernière, pour un total de 2.894.000 unités. Biowallonie évalue cette baisse à 12 poulaillers (4.200 places chacun).

La moitié des poulets bio a été élevée dans la province de Namur. Suivent les provinces de Luxembourg (29 %) et de Liège (14 %).

En 2023, la filière poules pondeuses s’affaiblissait pour la première fois depuis 2009, avant de progresser en 2024. Elle poursuit dans cette direction, avec un gain 15.675 pondeuses (+4 %) en 2025. Elle comptait, fin de l’année dernière, 420.247 animaux et est, surtout, la seule à croître. Les 113 élevages sont répartis sur l’ensemble de la région mais sont principalement présents en provinces de Namur (33 %) et de Luxembourg (32 %) et dans le Hainaut (20 %).

Le nombre de poulettes futures pondeuses s’élevait à près de 216.000, soit un bond de 53 %. Seuls quatre élevages bio sont recensés.

Moins de moutons et chèvres

La filière ovine s’est affaiblie en 2025, comme en 2024. Elle compte 18.300 animaux (-6 %), dont les trois quarts sont élevés dans les provinces de Luxembourg et Namur.

De son côté, la filière caprine enregistre une baisse plus marquée. Elle totalise 2.237 chèvres laitières (-9 %). La province de Liège accueille pas moins de 50 % du cheptel wallon.

En 2025, la Wallonie comptait aussi, au sein de filières de niche, 2.959 autres volailles (canards, pintades, oies, dindons et dindes), 615 équidés (chevaux, juments laitières et ânes), 262 bisons, 81 cervidés (cerfs et daims) et 161 bufflonnes.

L’aquaculture bio compte deux piscicultures. Enfin, aucune ruche certifiée n’est recensée.

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