La Wallonie se dote d’un guide pratique pour réduire le recours aux pesticides
Le vade-mecum des États généraux de la protection des cultures recense les alternatives aux pesticides disponibles en Wallonie pour chaque culture, ou presque. Dès à présent disponible, il constitue un nouvel outil d’aide à la décision amené à s’enrichir en même temps qu’évoluent les techniques agricoles.

Après plusieurs mois de travaux et de nombreuses heures de réunions et discussions, les États généraux de la protection des cultures ont enfin abouti. Lancés à l’automne dernier par la ministre wallonne de l’Agriculture, Anne-Catherine Dalcq, ceux-ci devaient répondre à une question aussi simple que complexe : quelles sont les alternatives disponibles en Wallonie permettant aux agriculteurs de réduire leur recours aux produits de protection des plantes (PPP). Et ce, pour pas moins de neuf filières ou groupes de cultures.
Les alternatives actuelles… et futures
Le cahier des charges fixé par Anne-Catherine Dalcq au Centre wallon de recherches agronomiques et à l’ensemble de ses partenaires était on ne peut plus clair : lister les alternatives aux pesticides disponibles en Wallonie et utilisable sur le terrain. Car on sait que c’est souvent au moment de la mise en œuvre au champ que le bat blesse, faute d’avoir tenu compte des réalités pratiques et économiques rencontrées par les agriculteurs.
Et la ministre d’insister : « C’est un moment que j’attends depuis longtemps. Nous avons pris le temps de rassembler toutes les alternatives actuelles et futures, pour toutes les cultures, en un point. Le tout sera maintenant rendu disponible aux agriculteurs et agricultrices par la formation et la communication, pour avancer avec pragmatisme dans le difficile débat de la protection des cultures ».
Concrètement, le travail mené par l’ensemble des partenaires ayant pris part aux États généraux de la protection des cultures permet désormais de mettre en évidence les techniques déjà disponibles mais aussi celles qui sont prometteuses, voire manquantes. Pour ces dernières, les recherches à mener pour les rendre disponibles ont également été évoquées tout au long des discussions. Ce qui fait dire à Anne-Catherine Dalcq « qu’aujourd’hui, nous ne sommes plus dans les intentions, mais nous entrons dans le concret ».
Identifier les alternatives mais aussi les leviers et freins
La mise en place d’un chantier tel que celui-ci est compliquée, voire extrêmement compliquée. Chaque culture fait face à ses propres bioagresseurs, à ses maladies… mais dispose aussi de ses moyens de lutte spécifiques. En parallèle, certaines techniques peuvent être adoptées pour l’ensemble des espèces cultivées.
Dans ce contexte, neuf « groupes filière » ont été identifiés : pommes de terre, betterave et chicorée, céréales, maïs et fourrages, horticulture comestible (légumes frais, fraises et petits fruits), maraîchage industriel (pois, haricots, carottes, épinards et oignons), arboriculture fruitière et viticulture, oléo-protéagineux et, enfin, horticulture non comestible et ornementale. À charge pour chacun de se mettre autour de la table et d’identifier les alternatives aux produits phytopharmaceutiques de synthèse ainsi que les leviers et freins à leur adoption.
Se sont ainsi rassemblés agriculteurs, chercheurs, semenciers, concessionnaires, acteurs du négoce, associations environnementales, distributeurs de PPP, acteurs du bio et de l’agro-écologie… Bref, un large panel de personnes et d’horizons afin d’établir un portefeuille d’alternatives aussi riche que possible.
Tous se sont également penchés sur les travaux de recherche encore à mener, sur les problèmes pour lesquels aucune solution n’est identifiée à court terme, et sur les besoins spécifiques de certaines cultures (pensons au tournesol, notamment).
Enfin, des réunions dites « transversales » ont été organisées, avec une approche « système de cultures ». Dans ce cas, le but n’était pas de pencher sur l’une ou l’autre culture mais d’aborder la question des PPP à l’échelle de la ferme elle-même, avec une approche reposant sur la protection intégrée des cultures.

Guider dès avant le semis et au-delà de la récolte
À l’issue de ce vaste travail, est né le vade-mecum « 1.0 » nommé de la sorte car il évoluera encore dans les semaines et mois à venir. Et ce, malgré qu’il constitue déjà un outil utilisable et complet pour les producteurs ! Disponible en ligne (www.cra.wallonie.be/fr/vade-mecum-EGPC), il constitue un guide pratique des alternatives opérationnelles et efficaces pour réduire l’usage et les risques des PPP.
En premier lieu, on y retrouve les bonnes pratiques communes à toutes les cultures. Le document revient ainsi sur :
– la diversification des espèces au sein des systèmes de cultures (rotation, période d’interculture, cultures associées, haies et bandes fleuries…) ;
– la qualité, la résilience et le travail du sol ;
– l’implantation des cultures ;
– les variétés implantées et la qualité du matériel végétal de base ;
– l’observation, le suivi, les avertissements et les outils d’aides à la décision ;
– la lutte non chimique (désherbage mécanique, méthodes physiques alternatives, biocontrôle et lutte biologique…) ;
– la lutte chimique raisonnée (choix des produits, gestion des résistances, réduction des doses, positionnement des traitements, qualité de la pulvérisation…).
Ce chapitre est suivi des fiches techniques spécifiques par type de culture. Celles-ci se veulent faciles d’utilisation. En effet, les problèmes phytosanitaires et méthodes applicables s’y repèrent en un coup d’œil.
Pour chaque culture, un tableau est présenté et regroupe, en en-tête de ligne, les maladies, ravageurs et adventices majeurs de la culture par ordre alphabétique. En en-tête de colonne, figurent les méthodes ou pratiques alternatives aux PPP et ce, dans l’ordre chronologique de mobilisation. Il suffit de croiser une ligne avec les différentes colonnes pour identifier les alternatives possibles.
Mais celles-ci sont matures ? Là aussi, le vade-mecum entend donner une indication pratico-pratique aux utilisateurs. Ainsi, des indications visuelles sont présentes au croisement d’une ligne et d’une colonne. Si la cellule est verte, la méthode ou pratique proposée est déjà opérationnelle, techniquement réalisable et efficace dès maintenant. Au contraire, si la cellule est orange, la méthode ou pratique suggérée est déjà opérationnelle, mais encore limitée, soit techniquement pour sa mise en œuvre simple, soit pour son efficacité sur la cible. Quant aux cellules vides, elles indiquent que la méthode ou pratique n’agit pas sur la cible concernée.

Dans une optique d’approche systémique, chaque problématique doit être raisonnée tout au long de la culture. C’est pourquoi le vade-mecum se veut aussi exhaustif que possible dans les points d’attention à suivre au champ, dès avant l’implantation et au-delà de la récolte.
Chaque tableau est également suivi de commentaires. Il peut s’agir de recommandations pour la mise en œuvre des différentes pratiques, de précisions quant à certains bioagresseurs, d’explications détaillées de la technique suggérées…
Le document rappelle encore quels sont les outils d’aide à la décision disponibles pour les agriculteurs. Il liste également les ressources externes et organismes pouvant fournir un accompagnement sur le terrain.
Et Anne-Catherine Dalcq de résumer : « Le vade-mecum doit aider chaque agriculteur à agir en connaissance de cause. Il doit permettre de comparer les options possibles, d’anticiper les investissements, de mesurer les impacts des mesures adoptées… Et il doit encore permettre à la Région wallonne de construire un accompagnement utile. C’est pour cela que le vade-mecum constitue une avancée importante ».
De nouvelles versions, dans les mois à venir
Le travail ne cesse toutefois pas avec la publication de cette version « 1.0 ». Ainsi, pour rendre le vade-mecum puisse être accessible le plus facilement possible, une version adaptée aux smartphones est annoncée d’ici la fin du mois.
Début 2027, une version « 2.0 » devrait voir le jour. Celle intégrera les approches réalisées à l’échelle du système de cultures, afin de prendre en compte la succession des cultures, la rotation, les intercultures à privilégier…
Enfin, la version « 3.0 » est attendue pour décembre 2027. Celle-ci doit intégrer une objectivation des performances technico-économiques associées aux différentes alternatives identifiées dans les différentes cultures, en approche annuelles et pluriannuelles.





