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Interview : comment (re)placer le bien-être des animaux au cœur de l’agriculture?

Lorsqu’on parle de bien-être des animaux, peu de gens restent insensibles. Certains y adhèrent complètement, pour d’autres, cela reste encore des balivernes. Ce terme, clivant, se retrouve d’ailleurs au cœur de nombreuses problématiques liées au monde agricole. Séparation des veaux après la naissance, poules en cage, réforme des bêtes et abattage… là encore, les avis divergent sur les souffrances véritablement ressenties par les animaux. Afin de nous permettre d’y voir plus clair, et d’aborder ces thématiques sous un angle différent, nous avons rencontré Marc Vandenheede, vétérinaire spécialisé en éthologie, bien-être et éthique.

Temps de lecture : 15 min

Marc Vandenheede , diplômé en médecine vétérinaire en 1988, a réalisé un doctorat en éthologie, en France et en Belgique. Ce « psychiatre » pour animaux analyse leur comportement et a accompagné, durant sa carrière, le développement du concept de bien-être des animaux. À partir de cette réflexion éthique, les bêtes sont étudiées comme des êtres sentients à part entière, c’est-à-dire avec leur propre sensibilité, leurs émotions et même une forme de conscience. Un réel bouleversement qui soulève de nouvelles questions concernant leur place dans notre société mais aussi nos responsabilités vis-à-vis d’eux, notamment dans le domaine des productions alimentaires. Chercheur et professeur, il a accompagné plusieurs thèses. Citons, par exemple, un travail en cours sur l’abattage à la ferme, ou encore sur l’appréciation du degré de douleur des bovins en se basant sur leurs mimiques faciales interprétées par le biais de l’intelligence artificielle. Fort de ses connaissances, il a accepté de répondre à nos questions.

Marc Vandenheede est vétérinaire spécialisé en éthologie, bien-être et éthique.
Marc Vandenheede est vétérinaire spécialisé en éthologie, bien-être et éthique.

Dans les réalités qui sont les nôtres, est-il possible de concilier le monde du bien-être animal avec celui de l’élevage ?

Pour moi, les deux doivent se rencontrer, c’est une évidence. Souvent, lorsqu’on discute de bien-être des animaux, on déclenche une polémique : certains sont pour, d’autres contre. Mais si je parle de la santé, va-t-on avoir la même réaction ? Cette question ne se pose pas : tout le monde veut être en bonne santé. Le bien-être est un continuum, c’est comme la santé : on peut aller du pire au meilleur, avec toute une série de situations intermédiaires. La parfaite santé est plutôt rare. Il existe des échelles de diagnostic dans le monde médical afin de savoir à quel niveau on se trouve. Le bien-être, c’est la même chose ! Chez les humains, la santé physique, mentale et sociale est prise en compte. Cette perspective doit être élargie aux animaux. Par exemple, concernant la santé sociale, dans un troupeau de bovins, il y a toute une organisation, des vaches copines. Bref, c’est plus complexe qu’un simple « amas de bêtes ». Dans notre culture occidentale moderne, on a d’abord eu tendance à considérer les animaux de production comme des objets, puis on les a limités à des êtres vivants permettant de produire de la viande, du lait, des œufs… Récemment, la science est venue nous rappeler certaines évidences déjà bien connues d’autres cultures. Des mesures scientifiques montrent que les humains ne sont pas les seuls à ressentir des émotions, comme la souffrance ou le plaisir. C’est désormais acquis. Il y a également eu l’émergence du « One welfare », soit « un seul bien-être », reliant tous les êtres vivants. Et en Europe, comme c’est d’ailleurs spécifié dans le traité de Lisbonne, on a choisi de placer le bien-être animal dans nos choix de société. Il y a donc lieu de tenir compte de ces autres « êtres sentients ».

Les animaux n’ont pas les mêmes besoins ni les mêmes perceptions que nous. Pourtant, il existe parfois une tendance à l’anthropomorphisme, c’est-à-dire à interpréter leurs comportements comme s’ils étaient humains. Comment trouver le juste milieu ?

Nos mondes sont différents, et les animaux n’ont pas les mêmes réalités que nous ! Il faut rappeler que leurs organes sensoriels ne sont pas identiques. Certains entendent d’autres sons. Au niveau de la vision, pour les bovins et les moutons, le monde est plutôt en nuances de gris avec quelques couleurs, plus ternes. Pour les poules, au contraire, c’est plus coloré, avec même des ultraviolets. Leurs yeux placés sur le côté leur permettent de voir autour d’elles sans bouger la tête. Leur œil droit et leur œil gauche sont différents. L’un perçoit davantage les détails, comme ce qu’elles peuvent manger, l’autre le monde en général, afin notamment de repérer les prédateurs. Et ce n’est que le début… Interpréter le monde, c’est d’abord recevoir des informations pour ensuite construire une réalité sensorielle. Lorsqu’on veut comprendre leur comportement, il faut tenir compte de ces spécificités. À partir de là, on essaie de déterminer leurs besoins physiologiques et comportementaux. Maîtriser uniquement leur alimentation, notamment, ne suffit pas. Par exemple, un cheval peut souffrir d’un trouble de la santé s’il n’a pas d’aliment à disposition car, en conditions naturelles, il pâture 15 à 16 h par jour. C’est la même chose avec les poules, on sait qu’elles souffrent de frustration lorsqu’elles sont en cage.

Justement, qu’a-t-on pu observer chez les poules élevées en cage, un système qui sera interdit en Wallonie à partir du 1er janvier 2028 ?

On a pu démontrer scientifiquement que l’environnement captif, en cage, ne convient généralement pas au bien-être des animaux. Historiquement, il faut rappeler que chaque poule pondeuse en batterie avait l’équivalent d’une feuille A4 en surface disponible durant leur vie de production. Beaucoup de travaux scientifiques ont été réalisés sur ces conditions de vie, avec un consensus sur le fait qu’avec ce système de batterie, les poules ne pouvaient pas exprimer tel ou tel comportement très important pour elles et qu’elles en souffraient. Ce fait a été démontré. L’interdiction des batteries classiques n’a pas été effective du jour au lendemain. Les éleveurs ont eu la possibilité de mettre en place des cages aménagées, un enrichissement de l’environnement avec, par exemple, un nid de ponte, des perchoirs, etc. Toutefois, la capacité d’exprimer certains comportements, comme prendre un bain de poussière, comme elles ont l’habitude de le faire pour se toiletter, était difficilement envisageable. De plus, durant tout un temps, la question sur l’impact de leur production s’est posée. La réponse est celle-ci : que les poules soient bien ou non, même en grande souffrance, elles continuent de pondre. Ces animaux ont été sélectionnés à cette fin. Enfin, il s’agit d’animaux sociaux, vivant dans une société organisée. Mais ce groupe n’a rien à voir avec 4 ou 5 poules dans une cage : elles bougent, picorent à droite, à gauche… Leur vie sociale est bien plus complexe que de se dire qu’elles doivent être collées l’une contre l’autre. Scientifiquement, c’est faux !

La réforme fait également partie intégrante de l’élevage. Lorsqu’un animal va à l’abattoir, est-ce qu’il se rend compte qu’il va mourir ?

La science ne peut pas répondre à cette question actuellement. Elle peut, néanmoins, indiquer si les conditions de cette mort peuvent générer de la souffrance chez l’animal. Il peut avoir mal, peur, et même ressentir de l’anxiété, c’est-à-dire avoir peur d’une chose pas encore présente, se projeter dans l’avenir. Mais dire qu’il sait qu’il va mourir, c’est se trouver dans une perspective anthropomorphique. Les êtres humains sont conscients d’eux-mêmes, de leur individualité, se reconnaissent sur une photo, dans un miroir. Il y a une conscience de soi. C’est difficile à démontrer chez les animaux. Il n’y a pas non plus de conscience binaire. Donc, c’est plus complexe que de dire qu’elle existe ou n’existe pas pour eux. Il y a des niveaux, une échelle de conscience, comme pour la souffrance, le bien-être. Dès lors, ils peuvent être plus ou moins conscients. Dans ce contexte, on ne peut pas affirmer qu’un cochon, par exemple, qui arrive dans l’abattoir et ne veut plus bouger le fait car il sait qu’il va mourir. On pense aussi souvent qu’on ne va pas tuer un animal avec ses congénères autour de lui. Certains pourraient croire que c’est mieux de séparer le mouton pendant que l’on en tue d’autres pour ne pas qu’il les voie. En réalité, il n’y a rien de plus stressant pour un ovin que d’être mis à l’écart de son troupeau. Il n’est pas stressé car il sait qu’il va mourir, mais est en grande souffrance, a peur, car il est séparé de son groupe.

En Amérique du Nord, les colons ont totalement décimé les bisons. Pour cette chasse, ils ont développé des carabines puissantes afin de tirer à grande distance. Ce que l’on a remarqué, c’est que quand le bison dans la prairie était abattu, les autres continuaient à brouter, et pouvaient donc facilement être tués à leur tour. Ils ne possèdent apparemment pas cette conscience de la mort.

En Suisse, actuellement, il est permis de tuer des bovins au pré, pour des questions de bien-être animal et d’éthique. Plutôt que d’emmener une vache à l’abattoir, la séparer du troupeau, la transporter…, soit des facteurs de stress, certains éleveurs montent sur un mirador dans le pré et abattent la vache avec une balle dans la tête. C’est impressionnant, évidemment. Toutefois, en analysant cette mort froidement, la vache n’a pas eu peur : elle connaît sa prairie, est entourée des autres bovins, voit son éleveur. On observe également que les autres vaches continuent de brouter malgré cela.

Si on part de ce raisonnement, la souffrance est plus liée à la séparation, au transport… qu’à l’acte de la mort ?

Oui, c’est exact si l’acte est bien posé, avec étourdissement. À ce propos, actuellement, il y a un cadre législatif qui permet de garantir un étourdissement efficace, bien que le risque zéro n’existe pas. Mais il faut des infrastructures conçues efficacement, du personnel formé, des techniques et des outils utilisés et entretenus correctement. Malheureusement, cela peut être problématique car on sait que l’abattage proprement dit, dans une chaîne de production, n’est pas un secteur dans lequel on investit beaucoup. De nombreux abattoirs ont disparu, rencontrent des difficultés…

Les facteurs de stress, nous les connaissons, des études ont été réalisées sur ce sujet. Néanmoins, il reste des difficultés à implanter ce qu’il faudrait mettre en place. Par exemple, dans les parcours de déplacement des animaux, on sait qu’il faudrait utiliser plutôt des parois pleines que des barrières, comme c’est le cas dans de nombreuses infrastructures. Ces couloirs ajourés sont plus stressants car les animaux sont distraits. Ils ne sont pas dans leur environnement, regardent autour d’eux, prennent des infos, sont sur le qui-vive. Ils voient des personnes qu’ils ne connaissent pas, qui s’agitent, entendent des bruits métalliques, sont parfois avec des animaux inconnus. Il faudrait focaliser le regard de l’animal avec des flux bien pensés, sans angle droit, et une déambulation naturelle.

Pour les moutons, c’est être séparé du troupeau qui leur provoque un stress énorme.
Pour les moutons, c’est être séparé du troupeau qui leur provoque un stress énorme. - D.T.

Et au niveau des techniques de mort. Certaines sont-elles « meilleures » que d’autres ?

La saignée sera, de toute façon, pratiquée. L’étourdissement rend l’animal inconscient, insensible, comme une anesthésie générale. Il y a trois grands groupes : l’outil mécanique-la percussion, l’électricité ou le gaz. L’ensemble est encadré par une loi. Les trois systèmes possèdent des avantages et des inconvénients. La percussion fonctionne bien mais doit être maîtrisée par la personne qui l’utilise. Le cerveau d’un bovin n’est pas très gros. Il faut viser au bon endroit. Si on vise à côté, la vache sera KO, mais risque encore de se réveiller. Or, le challenge est justement de ne pas la réveiller lors de la saignée. Cet acte fait mal, il s’agit là d’une vérité scientifique !

L’objectif est donc de ne pas perdre de temps entre l’étourdissement et cette saignée. Il faut aussi savoir que certaines méthodes d’étourdissement sont irréversibles. Lorsqu’on percute une vache correctement, elle fait une hémorragie cérébrale, c’est comme une balle dans la tête. Le gaz ou l’électrocution, par contre, peuvent être réversibles.

Est-ce qu’on pourrait se lancer le défi de garantir la mort d’un animal sans aucune souffrance ?

Imaginons un abattage à la ferme : il faut des infrastructures adaptées, un endroit propice, un cornadis modifié car l’animal va tomber, soit quelques adaptations à réaliser. Nous menons un projet pilote à ce propos (lire par ailleurs). La personne doit être apte à tuer. Un éleveur n’est pas forcément formé pour cet acte. Et ce n’est pas facile… Ou alors, on fait venir un professionnel. Si l’on se met à la place de la vache, elle sera chez elle, dans son groupe, on l’amène dans cet endroit, au sein de l’exploitation. Soit un lieu qu’elle connaît, où l’on peut lui donner un peu de concentré. Elle passe sa tête dans le cornadis pour manger. À côté, il y a l’éleveur auquel elle est habituée. Puis, tout s’arrête. Elle n’a rien vu venir, elle était dans un état de bien-être. C’est le gros argument en faveur de l’abattage à la ferme !

C’est retravailler comme à l’époque alors ?

En effet, mais avec les techniques actuelles ! Certains abattent à domicile et me racontent qu’ils tuent leurs moutons chez eux, sans étourdissement. Déjà, c’est illégal. Ensuite, si pour eux, cela fonctionne, c’est leur interprétation. En tant que scientifique, je peux dire que saigner n’est pas évident. Il faut couper les deux carotides d’un seul coup de couteau. Elles sont profondes. Souvent, on ne coupe que les jugulaires. Ce mouton ne bouge pas car la personne est assise dessus, mais reste conscient. En effet, même avec la perte de sang, on ne devient pas directement inconscient. Si les deux carotides sont coupées, il faut 15 secondes dans le meilleur des cas. Mais cela monte à 5 minutes en cas de section des jugulaires uniquement ! Je me méfie des personnes disant que c’était mieux avant… Par contre, je suis d’accord sur le fait qu’il faut questionner l’industrialisation pour y intégrer du rituel : cet animal que j’ai élevé, je le connais, je sais qu’on en aura besoin pour vivre, je lui ai offert une belle vie, je vais aller jusqu’au bout en lui offrant une belle mort également, sans souffrance, et je vais l’accompagner dans ce moment, avec une technique correctement appliquée et beaucoup d’humanité.

Plusieurs éleveurs se concertent pour remettre en place des abattoirs de proximité. Est-ce un pas de plus vers le bien-être des animaux   ?

Il résout la problématique du temps de transport. Toutefois, en Belgique, les distances ne sont pas énormes. Les études montrent que les moments les plus stressants sont le chargement et le déchargement. Si le véhicule est adapté, avec un conducteur avisé, durant le trajet, les animaux sont assez calmes. Notons que d’autres éléments peuvent poser problème, comme les grands abattoirs refusant les circuits courts, les éleveurs qui doivent parcourir beaucoup de kilomètres… D’une manière générale, même si c’est compliqué à mettre en œuvre, l’abattage à la ferme reste le plus favorable.

Une autre problématique concerne la séparation entre le veau et sa mère. Finalement, quel est le meilleur moment pour procéder à cette étape ?

Il y a eu plusieurs études à ce sujet et un avis récent de l’Efsa, l’Autorité européenne de sécurité des aliments, est sorti à ce propos. Là aussi, il convient de trouver des compromis. Les données scientifiques montrent qu’il y a de la souffrance lorsqu’il y a une séparation précoce après le vêlage. On sait aussi que c’est surtout par rapport au veau, à propos duquel il existe davantage d’études que chez la vache. Ainsi, si ce jeune est mis à l’écart de sa mère dès la naissance, il y a des effets négatifs liés, d’une part, à cette séparation et, d’autre part, au fait qu’il ne peut pas profiter des avantages que la vache aurait pu lui offrir. De plus, on s’est rendu compte que le lien entre les deux se met en place progressivement. La mère a besoin de deux-trois jours pour reconnaître que cet individu est son petit. Si on attend trop longtemps, en se disant qu’on va les laisser deux-trois jours ensemble, on fait pire que mieux. Le compromis proposé est de 24 h : le veau profite du léchage, prend le colostrum et la mère peut s’en occuper sans encore trop s’y attacher.

D’une manière générale, en élevage, y a-t-il des pratiques qui ont évolué et d’autres qui, au contraire, devraient être encore réfléchies ?

Certaines initiatives se développent, comme les vaches nourricières, des personnes demandeuses d’abattage à la ferme… Bref, des personnes conscientisées dans un élevage wallon tentant de défendre un élevage familial, à petite échelle, qui pourrait garder cette dimension non industrielle et, dès lors, un rapport à l’animal plus important. Maintenant, cela se heurte à la crise actuelle, à la réalité économique, à des stratégies de développement…

Je pense que l’abandon des cages est de toute façon une bonne idée. Il a fallu du temps, mais on s’est rendu compte que même celles aménagées n’étaient pas suffisantes. Il fallait aller vers plus de liberté. Pour les bovins, le pâturage reste important à privilégier. Se pose également le problème de la production intensive, avec des réflexions sur la qualité de vie de certaines vaches laitières. Celles appelées « les vieilles vaches » à l’abattoir, sont en fait des vaches réformées encore très jeunes. Il faut se rappeler qu’une vache vient à peine de remplacer ses dents de lait à 5 ans. Comme je dis à mes étudiants : « Il faut questionner les évidences ! »

On arrive parfois à des situations où il faut remettre en question le modèle industriel. Avec les porcs, on parle d’élevage enrichi, avec une chaîne pour les empêcher de se manger la queue. Ça ne va pas résoudre le problème… Ces animaux ont des besoins plus complexes que de manger de la farine et vivre sur un sol bétonné. Des études montrent que leurs capacités cognitives sont équivalentes à celles des chiens. C’est difficile à admettre vu ce qu’ils vivent. On dit « les bêtes poules », mais en réalité, non. Leurs capacités mentales sont impressionnantes !

La science a réalisé plein de recherches sur des animaux lointains, en oubliant pendant longtemps les animaux domestiques. Cela nous rassurait de nous dire que ces animaux étaient idiots… Mais s’ils sont malins, sensibles, quelles questions se poser ?

Dès lors, que faire ? Comment agir en tant qu’être humain ?

Je ne suis pas du tout abolitionniste. Relâcher les animaux dans la nature serait une catastrophe. On a une responsabilité par rapport au monde du vivant. On ne peut plus fermer les yeux sur les réalités de ces animaux. La solution, c’est de les regarder en face pour trouver une autre façon de vivre ensemble, en acceptant que la mort et la souffrance existent. À partir de là, il faut agir au mieux pour garantir un minimum de souffrance et un maximum de bien-être pour ceux qui vivent sur notre planète, le tout avec nos connaissances scientifiques et techniques. Puisqu’il faut se nourrir avec d’autres êtres vivants, faisons-le au mieux. Si on ne veut pas manger d’animaux, cela ne me dérange pas, c’est un choix éthique. Mais il faut manger autre chose. Que faut-il pour avoir une carotte, par exemple ? Quels animaux ont dû être tués ? Même dans une agriculture bio, sans pesticides… on n’empêche ces animaux de s’en nourrir, et on leur cause de la souffrance. Ça tourne en rond ! Il faut accepter de tuer autrui, d’être prédateur, pour se nourrir. On peut choisir à quel niveau on se trouve. Mais on ne peut pas dire que parce que l’on mange des végétaux, on a résolu le problème de la mort. Je ne sais pas si je le verrai de mon vivant, mais je suis presque sûr qu’un jour, on dira que la plante est un être sensible, ce qui remettrait en cause le clivage animal et végétal.

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