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A Bruxelles, là où le cheval retient encore la forêt

Au bord de la forêt de Soignes, l’Asbl Cheval et Forêt fait vivre depuis 25 ans une expérience sociale et écologique singulière. Entre ramassage de déchets en attelage, débardage forestier, inclusion de personnes en situation de handicap et pédagogie du vivant, cette structure discrète installée au Rouge-Cloître réintroduit le cheval de trait au cœur de Bruxelles. Loin du folklore ou de la nostalgie rurale, le cheval y devient outil de travail, médiateur social et vecteur d’un rapport plus attentif, au monde vivant.

Temps de lecture : 14 min

Depuis 2000, l’association développe ainsi une série de projets pérennes où les chevaux transcendent leur simple fonction utilitaire pour devenir des partenaires de travail à part entière, dont la force tranquille, la fiabilité et cette forme d’« énergie douce » structurent l’ensemble du projet social.

Il faut quitter les grandes artères d’Auderghem, longer les lisières de la forêt de Soignes, dépasser les promeneurs, les joggeurs, les cyclistes et les chiens impatients tirant sur leur laisse, avant de découvrir, un peu en retrait, les anciennes dépendances du Rouge-Cloître. Là, derrière des bâtiments anciens aux briques assombries par l’humidité et le temps, une autre temporalité semble avoir résisté à la ville. À proximité des écuries, les chevaux de trait paissent tranquillement dans les prairies voisines. Une odeur mêlée de cuir, de foin et de terre mouillée flotte dans l’air. L’association abrite également deux ânes wallons, tandis que deux canards traversent la cour avec cette démarce nonchalante et légèrement désordonnée qui donne encore au lieu des allures de ferme vivante.

Dans un enclos voisin paissent quelques brebis de races locales menacées (roux ardennais et entre Sambre-et-Meuse) que l’Asbl s’efforce également de préserver. À quelques mètres de là, des sacs de fumier attendent d’être distribués aux potagers partagés du quartier.

Dans la cour aux pavés irréguliers, polis par les années et les passages répétés, des jeunes et des moins jeunes vaquent à diverses occupations, dans une atmosphère de joyeuseté simple où circulent des sourires discrets et cette familiarité tranquille propre aux espaces habités au quotidien. Depuis la cuisine ouverte sur l’extérieur s’échappent des odeurs de café et de repas en préparation, tandis que les allées et venues se croisent sans agitation, dans cette mécanique simple où tout paraît inscrit dans une continuité où chaque geste répond à une nécessité concrète.

Des enfants, des jeunes mais aussi des adultes en situation  de handicap mental léger participent quotidiennement à la vie du site.
Des enfants, des jeunes mais aussi des adultes en situation de handicap mental léger participent quotidiennement à la vie du site. - M-F V.

Le cheval n’est d’ailleurs pas convoqué comme un décor ou comme la survivance d’un passé rural idéalisé. À Cheval et Forêt, il travaille réellement, il participe au débardage forestier, tracte des calèches adaptées aux personnes à mobilité réduite et accompagne les animations pédagogiques organisées toute l’année. Mais surtout, il structure l’ensemble du projet. Il impose son rythme, ses contraintes, son calme aussi. Autour de lui se déploie progressivement tout un écosystème humain fait de soins, d’attention, de coopération et de transmission. Derrière cette cour discrète du Rouge-Cloître, l’Asbl Cheval et Forêt expérimente depuis 25 ans une autre manière de travailler ensemble, de transmettre des savoir-faire et de préserver, au cœur de Bruxelles, un lien concret avec le vivant.

Le pari presque improbable du cheval de trait bruxellois

« L’objet social de l’Asbl, c’est la promotion du cheval de trait en ville », explique Elisabeth Leytens, qui cumule plusieurs fonctions au sein de la structure : gestion administrative, animation pédagogique, accompagnement éducatif. Lorsque Bruno Vermeiren fonde l’association en 2000 avec un premier cheval brabançon nommé Bart, le pari paraît presque anachronique. Réintroduire le cheval de trait à Bruxelles ? Pour quoi faire ? À l’époque déjà, le cheval appartient davantage à l’univers des démonstrations et des concours agricoles qu’à celui du travail urbain. La mécanisation a depuis longtemps remplacé sa puissance dans les champs comme dans les forêts. Même les métiers liés au débardage disparaissent progressivement.

Mais Bruno Vermeiren voit dans le cheval autre chose qu’un vestige patrimonial. Il y voit un outil contemporain capable de recréer du lien dans l’espace public, de ralentir les rythmes urbains et de rendre visible une autre manière de travailler. Très vite, les premières collectes de déchets dans les parcs voient le jour. Puis viennent les premiers contrats et, plus tard, les appels d’offres qui permettent à l’association de pérenniser cette activité singulière. Aujourd’hui encore, plusieurs fois par semaine, les chevaux de Cheval et Forêt sillonnent les espaces verts bruxellois avec leur remorque hippomobile et ramassent chaque année près de 6.000 sacs poubelles dans les parcs et les lisières forestières. Une activité qui assure une partie importante des ressources financières de l’association tout en maintenant le cheval au cœur de la ville.

Partout où passe l’attelage, la ville change brièvement de texture. Les passants ralentissent. Les conversations naissent spontanément. Les enfants s’approchent. Les personnes âgées racontent parfois leurs souvenirs d’enfance. Le cheval interrompt le fonctionnement mécanique de l’espace urbain. Son pas lourd impose une autre cadence. Sa présence oblige à lever les yeux, à regarder autrement un parc traversé jusque-là machinalement. Dans une ville dominée par l’urgence, il réintroduit presque malgré lui une forme de disponibilité au monde.

Quand le projet social devient le cœur battant du lieu

Pendant plusieurs années, Cheval et Forêt reste essentiellement centrée sur le travail du cheval. Puis survient un tournant décisif. En 2010, quelques jeunes issus de l’enseignement spécialisé commencent à fréquenter régulièrement l’association. D’abord un mercredi après-midi. Puis plusieurs jours par semaine. À mesure qu’ils grandissent et quittent l’école, la structure adapte progressivement son organisation pour continuer à les accueillir.

Quinze ans plus tard, neuf adultes en situation de handicap mental léger participent quotidiennement à la vie du site. Ce qui n’était au départ qu’un projet complémentaire est devenu le véritable cœur de l’association. Ici, le mot « inclusion » prend corps dans le travail quotidien, dans les responsabilités partagées et dans la confiance accordée à chacun. Les volontaires nourrissent les animaux, entretiennent les enclos, préparent les chevaux, participent aux collectes hippomobiles de déchets, accueillent les groupes scolaires, travaillent la laine, le bois ou la couture. Aux côtés de l’équipe encadrante, ils assurent concrètement le fonctionnement du lieu.

« Tous savent mener », insiste Elisabeth Leytens. Ils apprennent à manipuler les chevaux, préparer les harnais, conduire un attelage. Certains ont même été formés au Haras du Pin, en Normandie, référence majeure du monde de l’attelage et du cheval de trait. Peu de personnes, rappelle-t-elle avec amusement, peuvent prétendre savoir nettoyer les pieds d’un cheval de plus de 800 kg ou le conduire au cordeau en pleine ville.

Cette exigence technique dit beaucoup de la manière dont l’association considère les personnes en situation de handicap : non pas comme des individus qu’il faudrait simplement occuper, mais comme des personnes capables d’acquérir des compétences complexes, d’assumer des responsabilités réelles et de trouver une place pleinement active dans le collectif. Le cheval joue ici un rôle central. Parce qu’il impose immédiatement une forme de justesse. Avec lui, ni agitation ni brutalité ne sont possibles. Il oblige chacun à ralentir, à maîtriser ses gestes, sa voix, son attention. Beaucoup d’encadrants parlent d’ailleurs du cheval comme d’un révélateur émotionnel. Dans cette relation très physique à l’animal, certains retrouvent peu à peu une confiance qu’ils peinaient parfois à construire ailleurs.

Une pédagogie du vivant

Toute l’année, des écoles, des maisons de repos, des centres psychiatriques ou des structures d’accompagnement fréquentent le site du Rouge-Cloître. Mais là encore, Cheval et Forêt refuse la logique de la simple animation récréative ou de la visite pédagogique standardisée. Chaque activité est pensée comme une tentative de rétablir un contact direct avec le vivant, avec les matières, les saisons et les gestes élémentaires que beaucoup d’enfants, et souvent d’adultes, n’expérimentent presque plus au quotidien.

Le cheval demeure toujours le fil conducteur de cette pédagogie comme point d’entrée vers des questions beaucoup plus larges : l’énergie, les anciens métiers, la forêt, les déchets, les ressources naturelles, la biodiversité ou encore le rapport entre l’humain et l’animal.

Pour les plus jeunes, l’atelier « Cheval, foin et paille, vive la marmaille ! » constitue souvent une première rencontre avec un cheval de trait. Les enfants découvrent alors un univers entièrement nouveau : la taille impressionnante de l’animal, la chaleur de son corps, l’odeur du cuir et du foin, le fonctionnement du box, les habitudes alimentaires du cheval, son sommeil debout, la manière dont il communique par les oreilles ou les mouvements de tête.

Loin d’un simple discours théorique, l’animation repose sur le contact direct. Les enfants touchent la paille, approchent les chevaux, participent à de petits soins, montent parfois quelques instants sur un cheval ou un âne. Cette découverte très concrète produit souvent une forme d’émerveillement calme, presque inattendue chez des enfants habitués à des environnements beaucoup plus artificialisés.

D’autres groupes participent à « Une ferme dans la forêt », une animation qui explore la coexistence entre les animaux domestiques présents sur le site et les espèces sauvages de la forêt de Soignes. Ici, les frontières entre ferme pédagogique et éducation à l’environnement deviennent plus poreuses. On observe les oiseaux, on parle des écosystèmes forestiers, on compare les comportements des animaux domestiques et sauvages, on réfléchit à la place de l’humain dans cet équilibre fragile.

L’Asbl expérimente depuis 25 ans une autre  manière de préserver, au cœur de Bruxelles,  un lien concret avec le vivant.
L’Asbl expérimente depuis 25 ans une autre manière de préserver, au cœur de Bruxelles, un lien concret avec le vivant. - M-F V.

La forêt elle-même devient un outil pédagogique à part entière. Avec « L’herbier en attelage », les classes partent en promenade à cheval à travers les chemins forestiers avant de récolter feuilles et éléments végétaux destinés à la réalisation d’un herbier. Mais derrière l’activité manuelle se glissent aussi des notions plus complexes : photosynthèse, biodiversité, rôle des arbres, fonctionnement des sols forestiers.

Le déplacement en attelage modifie d’ailleurs profondément la manière dont les enfants perçoivent l’espace. Le rythme lent du cheval impose une autre attention au paysage. Les détails deviennent visibles. Les sons de la forêt réapparaissent. La promenade cesse d’être un simple trajet pour devenir une expérience sensorielle complète.

Les chevaux sillonnent les espaces verts bruxellois avec leur remorque hippomobile et ramassent chaque année près de 6.000 sacs poubelles  dans les parcs et les lisières forestières. Une activité qui assure une partie importante des ressources financières de l’association.
Les chevaux sillonnent les espaces verts bruxellois avec leur remorque hippomobile et ramassent chaque année près de 6.000 sacs poubelles dans les parcs et les lisières forestières. Une activité qui assure une partie importante des ressources financières de l’association.

L’atelier consacré à la laine ouvre quant à lui une autre porte d’entrée vers le vivant et les matières premières. Les enfants découvrent les moutons élevés sur le site, apprennent à reconnaître les races locales et manipulent la laine brute avant de participer à de petits ateliers pratiques. Là encore, le cheval n’est jamais loin : les activités se prolongent souvent par une balade en calèche qui inscrit l’ensemble dans une expérience globale du lieu. Cette importance accordée aux matières naturelles traverse discrètement toutes les animations. Toucher la laine, sentir le cuir, manipuler des feuilles, observer les sabots des chevaux ou entendre le bruit des attelages sur les chemins : tout concourt à réintroduire une relation physique au monde dans une société où beaucoup d’apprentissages passent désormais presque exclusivement par l’écran ou l’abstraction.

Certaines animations abordent plus directement le travail du cheval. Les démonstrations de débardage et les ateliers autour de l’énergie animale permettent aux visiteurs de découvrir comment les chevaux de trait participaient autrefois aux travaux agricoles et forestiers. Le sujet dépasse rapidement la simple démonstration technique. Il ouvre des discussions sur l’évolution des métiers, la mécanisation, les impacts environnementaux et les formes contemporaines de travail durable.

L’association développe également des modules adaptés pour des publics plus fragiles. Des centres accueillant des personnes autistes, des structures psychiatriques ou des services d’accompagnement spécialisés viennent régulièrement participer à des activités conçues en fonction des besoins spécifiques des groupes. Ici, la répétition des gestes, le contact avec les animaux et la stabilité des routines jouent souvent un rôle profondément apaisant.

Les maisons de repos occupent également une place importante dans cette programmation. Lorsque les résidences ne sont pas trop éloignées, les chevaux vont parfois chercher directement les personnes âgées en calèche adaptée avant de les ramener au Rouge-Cloître à travers les chemins forestiers. La promenade devient alors autant un déplacement qu’un moment de mémoire partagée. Beaucoup retrouvent, au contact du cheval, des sensations ou des souvenirs liés à une Belgique encore largement rurale quelques décennies plus tôt.

Après la balade, les résidents partagent un goûter préparé sur place avec les équipes et les volontaires. On nourrit parfois les moutons, on discute dans la cour, on observe les chevaux dans une succession de gestes simples qui produisent précisément ce que l’association cherche à préserver : du lien, de la présence et une forme d’attention collective devenue rare.

Fabriquer ensemble

Cette attention portée au geste traverse d’ailleurs l’ensemble du lieu, bien au-delà du seul travail avec les chevaux. Dans un atelier voisin, une fine poussière claire flotte régulièrement au-dessus d’un tour à bois. Là aussi, l’activité est née simplement, à partir de l’initiative d’un encadrant désireux de transmettre une compétence nouvelle. « Ici, on favorise beaucoup les prises d’initiatives », explique Elisabeth Leytens. « Quelqu’un arrive avec une idée, on essaye de voir si elle peut vivre ici ». Peu à peu, l’atelier a trouvé sa place dans le fonctionnement collectif, au même titre que les soins aux animaux, les collectes en attelage ou les animations pédagogiques.

Les volontaires apprennent à travailler le bois avec patience, à poncer, creuser, polir, ajuster les formes. Comme dans l’attelage ou les soins aux animaux, tout repose sur la maîtrise progressive du geste, sur l’attention portée à la matière, sur cette confiance qui se construit moins dans le discours que dans l’expérience concrète de faire quelque chose de ses mains.

À l’occasion des 25 ans de l’association, les volontaires ont ainsi réalisé un grand blason en bois représentant Cheval et Forêt. Aujourd’hui encore, l’équipe prépare de nouveaux petits blasons destinés aux prochaines fêtes médiévales organisées par la commune d’Auderghem. « Le but, ce n’est jamais juste d’occuper les gens », poursuit-elle. « Ce qu’on cherche, c’est qu’ils développent de vraies compétences et qu’ils soient fiers de ce qu’ils font ».

À quelques mètres de là, des machines à coudre tournent elles aussi régulièrement. Les tissus proviennent souvent de récupération. On y confectionne des costumes, des accessoires, parfois simplement des objets utiles au fonctionnement quotidien du site. Là encore il s’agit de transmettre, de valoriser des compétences, de maintenir vivant le plaisir de fabriquer plutôt que consommer.

Une fragile enclave au cœur de Bruxelles

Cheval et Forêt fonctionne pourtant sous tension permanente, dans cet équilibre précaire propre aux lieux ouverts, vivants et profondément ancrés dans l’espace public. Le site du Rouge-Cloître est classé Natura 2000. Les bâtiments qu’occupe l’association sont protégés. Ici, le moindre aménagement implique une succession d’autorisations administratives où se croisent la commune, Bruxelles Environnement, la Région bruxelloise ou encore la régie foncière. Installer un équipement, modifier un espace, renforcer une clôture ou envisager une rénovation devient rapidement un parcours complexe, parfois décourageant, tant les procédures s’étirent dans le temps. « On ne peut quasiment rien faire sans autorisation », résume Elisabeth Leytens. « Même planter un poteau ou installer un panneau demande parfois des démarches importantes ».

L’Asbl perpétue la tradition du débardage en forêt de Soignes.
L’Asbl perpétue la tradition du débardage en forêt de Soignes.

À ces contraintes institutionnelles s’ajoutent les fragilités beaucoup plus concrètes des lieux ouverts sur la ville. Au fil des années, des moutons ont été volés, des poules ont disparu, certains animaux ont été attaqués par des chiens laissés sans laisse malgré les interdictions. « On est très contents d’être sur un site aussi vivant et fréquenté, parce que ça donne de la visibilité au projet », explique-t-elle. « Mais cette ouverture apporte aussi énormément de contraintes ».

Le paradoxe traverse d’ailleurs tout le fonctionnement de l’association : pour exister pleinement, Cheval et Forêt doit rester accessible, poreux, ouvert aux écoles, aux promeneurs, aux habitants du quartier comme aux publics fragilisés qu’il accueille quotidiennement. Mais cette ouverture constitue aussi sa vulnérabilité permanente.

L’association espère aujourd’hui agrandir ses locaux afin de pouvoir accueillir davantage de personnes en situation de handicap. Les demandes existent et une liste d’attente s’est progressivement constituée. Depuis 2021, Cheval et Forêt bénéficie d’ailleurs d’un agrément comme service « Pact », pour « Participation par des Activités Citoyennes de Travail », délivré par le service « Phare » (« Personne Handicapée Autonomie Recherchée ») de la commission communautaire française (Cocof). Une reconnaissance importante, venue consacrer officiellement ce modèle singulier fondé sur des équipes mixtes et inclusives, où volontaires valides et personnes en situation de handicap travaillent quotidiennement côte à côte. Des rénovations importantes sont déjà prévues. Des plans existent. Les budgets ont été votés. Mais entre les validations administratives, les contraintes patrimoniales et les multiples niveaux de décision, le calendrier demeure incertain. « Tout est en route, mais la mise en œuvre prend énormément de temps », reconnaît Elisabeth Leytens. Ici, chacun semble avoir appris à composer avec une forme de lenteur structurelle. « Notre agenda est déjà très chargé », glisse-t-elle avec un sourire qui tient autant de la lucidité que du soulagement.

Dans une époque fascinée par la croissance permanente, cette manière d’assumer les limites surprend presque. Comme si Cheval et Forêt cherchait moins à devenir plus grand qu’à préserver coûte que coûte l’équilibre fragile qui lui permet, depuis 25 ans, de tenir ensemble le cheval, la forêt et l’humain.

Réapprendre la lenteur

Et l’on comprend alors que Cheval et Forêt ne défend pas seulement le cheval de trait. L’association protège aussi une certaine manière d’être ensemble. Une manière de travailler qui laisse du temps à l’apprentissage. Une manière de considérer le handicap autrement qu’à travers le manque ou la fragilité. Une manière, surtout, de maintenir vivant un lien concret avec les animaux, les saisons, les gestes manuels et les rythmes naturels. Dans le Bruxelles contemporain, cette expérience peut sembler minuscule. Elle dit pourtant beaucoup de ce que certaines structures associatives tentent encore de préserver contre la fragmentation moderne : des lieux où l’utilité sociale ne se mesure pas uniquement en efficacité, mais aussi en attention portée aux êtres, aux relations humaines et au vivant.

Marie-France Vienne

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