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Courrier des letceurs : 100 ans de Foire

Temps de lecture : 5 min

Un siècle. Cent bougies. Et des millions de paires de bottes usées dans les fermes wallonnes par plusieurs générations de paysans ! En 2026, la Foire de Libramont fête son centenaire, partie d’un simple concours de chevaux et devenue le plus grand salon agricole en plein air d’Europe !

Revenons dix décennies en arrière. À l’époque, pas de drones de surveillance des cultures ni de tracteurs de 400 ch guidés par GPS. L’ambition première ? Mettre à l’honneur le Cheval de Trait Ardennais, fierté locale et source de revenus pour les éleveurs des Hauts Plateaux ! Cent ans plus tard, de sa puissante foulée, le fier destrier ardennais trotte toujours avec autant d’allant dans le ring d’honneur, mais partage la vedette avec des monstres de technologie aussi massifs que nos vieilles fermes trapues. Les machines exposées ne se résument plus à quelques machines à traction animale, comme il y a cent ans : faucheuses, faneuses, lieuses et autres arracheuses de pommes de terre… Place aux moissonneuses-batteuses connectées, aux semoirs combinés et autres pulvérisateurs auto-moteurs…

La Foire de Libramont s’est développée de manière exponentielle, avec ses 30 ha de stands, allées, bâtiments, aires de démonstrations et rings de concours. Pendant quatre jours, la densité de professionnels au mètre carré y est plus élevée que dans un métro bruxellois à l’heure de pointe. Ici se négocient les contrats de l’année ; ici l’on scrute la dernière nouveauté à la mode et l’on compare la génétique des Blanc-Bleu Belge comme d’autres comparent des voitures de sport. Pour l’économie rurale, la foire est un accélérateur du feu de dieu ! On vient y faire du business, toujours avec une poignée de main franche, et souvent après avoir partagé une bière locale.

Sur le plan agronomique, Libramont n’a jamais été un simple champ de foire pour badauds. C’est un laboratoire à ciel ouvert de notre agriculture. On y parle transition écologique, gestion de l’eau, santé du sol et bien-être animal. C’est le lieu où la recherche scientifique rencontre la réalité du terrain. Les agriculteurs y viennent pour découvrir des solutions concrètes aux défis climatiques et économiques, prouvant au monde entier que le secteur sait se réinventer sans attendre qu’on lui dicte sa conduite.

Libramont attire bon an mal an ses 200.000 visiteurs, et remplit un rôle socio-culturel intemporel. C’est en quelque sorte le « Nouvel An » du monde agricole : on s’y retrouve en famille, on y croise le voisin qu’on n’a pas vu depuis six mois (alors qu’il habite à cinq cents mètres de là), et on refait le monde en partageant une boisson houblonnée ou un morceau de fromage. C’est un moment de fierté partagée, un shoot d’énergie positive, indispensable pour un secteur qui en a bien besoin. Cette année, le focus mis sur la « Génération Agricultrice » rappelle d’ailleurs que l’avenir de nos fermes conjugue performance et mixité !

Car pour souffler ses cent bougies, la Foire ne se contente pas de regarder le passé : elle braque ses projecteurs sur l’avenir en choisissant le thème « Cultive ton flow » (= affirme ta personnalité ; trouve ta voie), lequel replace les jeunes au cœur des enjeux de demain. Ce slogan résonne en écho à l’Année Internationale des Agricultrice, censée bousculer les vieux clichés du patriarcat terrien : fini le temps où la fermière était reléguée aux seules tâches administratives ou à la fabrication du beurre dans l’ombre. Aujourd’hui, des femmes pilotent des exploitations, gèrent les investissements, excellent dans la sélection génétique et mènent les transitions technologiques. Le renouveau des campagnes sera mixte, dynamique et ultra-connecté, ou ne sera pas.

De plus, ne vous y trompez pas : sous les chapiteaux, on ne fait pas que flatter le dos des vaches, car Libramont est aussi le plus grand ring politique de l’année ! Pour les syndicats agricoles, c’est la rentrée des classes avant l’heure et l’occasion rêvée de sortir les fanions et de montrer qu’ils sont là. Disparition des fermes, accords internationaux douteux, faible rentabilité agricole, lourdeurs administratives, normes européennes… C’est ici que les revendications paysannes trouvent leur plus puissant amplificateur. Les ministres et responsables politiques de tous bords y défilent d’ailleurs en rang serré, serrent des mains d’un air compassé, font les beaux devant leurs électeurs. Mais attention, le public de Libramont est expert : un mandataire politique qui ne sait pas faire la différence entre un épi de blé et un épi d’orge est vite repéré, et moqué… À Libramont, on écoute les promesses, mais on attend surtout des actes… depuis cent ans !

Pendant quatre jours, la cité centre-ardennaise devient le centre du monde médiatique wallon. Caméras de télévision, studios de radio délocalisés, journalistes de la presse écrite et influenceurs agri-connectés envahissent les allées. Cette couverture offre une opportunité unique, du moins en théorie : celle de replacer l’agriculteur au centre du village et sur le devant de la scène. Loin des clichés ou des débats dirigés des plateaux de télé, les caméras filment la réalité, le savoir-faire et la passion. C’est le moment de l’année où le grand public comprend enfin que le lait ne vient pas tout seul dans les berlingots, et que derrière chaque morceau de viande ou portion de légumes, il y a un bon et brave paysan, folklorisé quelquefois, vilipendé trop souvent, admiré parfois, exploité toujours

Libramont 2026 nous racontera un siècle de passion, de luttes paysannes, de rencontres, d’innovations agricoles ; cent ans d’averses typiquement belges ou de coups de soleil mémorables vécus au fil de dix décennies par six ou sept générations d’agriculteurs venus comme chaque année visiter LEUR Foire. Alors, joyeux anniversaire à toi, Libramont !

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