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Maxime Mabille : quand les étoiles s’alignent…

Il y a dix ans, Maxime Mabille, jeune éleveur de la province du Hainaut nous parlait de sa passion pour l’élevage Holstein et de ses ambitions. Il préparait son installation et travaillait sur l’amélioration de son troupeau. Où en est-il aujourd’hui ?

Temps de lecture : 11 min

Voir éclore un projet, s’épanouir une idée et rencontrer des gens qui s’accrochent à leurs rêves, en traçant leur chemin pas après pas, avec parfois quelques détours ou des impasses, mais en ne perdant jamais de vue la destination. Voilà ce que j’aime dans mon métier de journaliste agricole. Il y a exactement dix ans, je rencontrais Maxime Mabille à Buzet où il projetait d’agrandir son élevage Holstein du Cocher et de construire une nouvelle étable à l’arrière de la ferme de son grand-père.

Aujourd’hui, je le retrouve toujours dans une étable, toujours au milieu des vaches… mais à Roux, aux côtés de sa compagne Valentine Sambon. Entre les deux, il y a eu des rencontres, des opportunités, des défis et, surtout, la volonté de créer quelque chose de personnel.

L’appel qui remet tout en question

En 2016, les contours du projet de Maxime se dessinaient peu à peu, et puis, il y a eu un appel : « J’ai fait mes stages chez Philippe Pussemier, un éleveur de Roux. Fin 2016, je l’ai revu lors d’une réunion d’éleveurs de l’Awé. On lui avait parlé de mes projets d’installation. Il n’avait pas de repreneur et souhaitait donner un nouveau souffle à son exploitation. Il m’a appelé et proposé que l’on se voie, discute de l’avenir de sa ferme et de ce que je pouvais éventuellement lui apporter. Les bases d’une association et reprise hors cadre familial étaient plantées ».

Une transmission hors cadre familial assez unique

Cet échange rebat les cartes mais leur offre à tous les deux la clé qui leur manquait : « Philippe avait besoin de changer les choses dans sa ferme et, de mon côté, même si toute la famille était en accord avec mes projets, il y avait toujours une réserve de la part de mes grands-parents qui ne souhaitaient léser personne. Je leur ai parlé de cette nouvelle option et ils ont accueilli l’idée positivement. C’était un peu la solution que l’on attendait tous finalement ».

Les agriculteurs décident ainsi de s’associer. Dans le même temps, Maxime reprend définitivement l’élevage du Cocher et ses terres pour les intégrer à celui du Martinet. « Le fait que les fermes soient proches l’une de l’autre permettait de les combiner facilement et ma famille a été vraiment fair-play en me laissant la possibilité de m’établir de cette façon alors que certains d’entre eux sont également agriculteurs ».

La transmission est complexe mais les deux hommes peuvent compter sur le soutien de leur banquier : « Le projet était un peu unique à l’époque et a été un casse-tête à mettre en place mais notre banquier a été d’une aide vraiment précieuse. Il était heureux de voir que l’on souhaitait réellement avancer dans la même direction. Cette association, c’était du gagnant-gagnant. Pour ma part, ça me donnait l’opportunité de voir plus large sans me retrouver acculé d’un coup par les emprunts et de faire de l’élevage mon métier à part entière alors que si j’étais resté à Buzet, j’aurais sans doute dû avoir un autre boulot. Et d’un autre côté, mon intégration assurait la continuité de l’exploitation du Martinet et lui apportait de la plus-value ».

Le 1er avril 2017, les troupeaux fusionnent et Maxime s’installe définitivement : « J’ai aussi souhaité acheter directement le logement de la ferme, car il était important d’être sur place et de me sentir chez moi ».

Le premier point d’attention du jeune éleveur à son arrivée, fut les fourrages : « Nous avons réimplanté de bons fourrages afin de revoir la ration et d’avoir une bonne base. Les effets se sont vite fait sentir car nous avons pu remonter assez vite la production. Ensuite, comme on était déjà passé de 50 à 90 vaches à traire, nous avons commencé à adapter les bâtiments chaque année. »

En 2019, une nouvelle nurserie prend place : « Nous avions pas mal de soucis de grippe, nous manquions de place et nous faisions encore tout à la main. Ce nouvel espace pour les veaux était nécessaire. »

Pour s’alléger la tâche, le couple mise sur la technologie.
Pour s’alléger la tâche, le couple mise sur la technologie.

Une réorientation à son image

L’un des plus gros projets fut, sans conteste, celui de la nouvelle étable et, celui-là, Maxime l’a assumé seul. « En 2020, nous avons eu des problèmes de cellules, conséquence d’un manque de place et d’une mauvaise ventilation. Je savais que j’allais me retrouver seul peu de temps après puisque Philippe souhaitait arrêter et me remettre le reste de la ferme à l’âge de la pension ».

L’éleveur s’est donc interrogé sur ce qu’il souhaitait pour la suite. « À ce moment-là, nous cultivions encore des betteraves ainsi que des céréales et je pulvérisais moi-même. Mais, mon truc, c’est d’être dans les vaches. J’aime ce qui va vite et pouvoir passer d’une activité à l’autre. Je me lasse assez rapidement du travail en tracteur. J’ai décidé d’orienter la ferme dans ce sens et cela passait par la construction d’une étable performante et des cultures dédiées au troupeau. Aujourd’hui, les parcelles de la ferme accueillent principalement de l’herbe, du maïs et des betteraves fourragères. On opère aussi parfois des échanges avec d’autres agriculteurs de la famille pour équilibrer la rotation. »

Quelques détours

Et puis, il y a aussi des choix que l’on n’aurait pas faits ou que l’on doit postposer par priorité. « S’il y a une chose que je devrais envisager autrement, c’est la reprise du matériel. Lors de mon installation, j’ai repris tous les outils présents. Ce n’était pas la meilleure décision. Je perdais mon temps et mon argent en réparation et j’ai payé certaines machines plusieurs fois. Maintenant, nous avons décidé d’investir en neuf dans ce qui est nécessaire et tourne quotidiennement. Cela nous permet de commencer la journée sans s’attendre systématiquement à une mauvaise surprise ».

Le nouveau bâtiment a été prévu pour accueillir un robot de traite : « Quinze jours après le début des travaux, en 2022, un propriétaire m’a annoncé qu’il vendait 12 ha. Le projet de robotisation a donc été reporté. Tout est prévu pour, mais il verra sans doute le jour durant la prochaine décennie. Ça nous demande un peu de sacrifices car nous passons quand même 7 heures par jour à la traite mais cela reste très fonctionnel et de toute façon nous avons aussi besoin de voir comment le marché du lait va se stabiliser ».

Des craintes pour les jeunes qui s’établissent

En effet, quand Maxime a repris, le prix du lait se situait entre 30 et 35 centimes. « Pour l’époque, on pouvait considérer ce prix comme bon, puis le Covid est passé par là et tout a flambé. Il est désormais impossible de traire à 30 centimes. En 2022, on était à 60 centimes, et cela nous a bien permis de faire face aux imprévus des travaux mais, ensuite, on a alterné entre bonne et moins bonne année avec une année 2026 médiocre que personne n’avait vu venir. On est descendu à 32 centimes alors que pour être confortable on a besoin de 48 centimes. C’est assez déroutant et ça l’est encore plus quand on pense au renouvellement des générations qui s’annonce. La moyenne d’âge des éleveurs est aux alentours de 60 ans. Énormément d’entre eux sont donc en fin de carrière et peuvent se permettre de traire à 36 centimes. Mais, quand ils remettront, ils ne pourront pas le faire pour rien et les jeunes qui prendront leur suite ne pourront pas accepter ce prix. J’entends beaucoup de projets qui sont mis en pause. Que va-t-il se passer ? »

Une équipe de choc

Un autre tournant pour la ferme et pour Maxime fut l’arrivée de Valentine. « Je l’aidais déjà régulièrement tout en travaillant comme policière à Bruxelles. J’ai décidé de le rejoindre à temps plein sur l’exploitation et je me suis associée avec lui courant 2024, après le départ à la retraite de Philippe. Je viens d’une ferme d’élevage BBB, j’ai donc découvert certaines choses mais je me suis très vite adaptée et j’adore réellement ce que je fais. Tout le monde nous disait que nous étions dingues de laisser tomber un job à l’extérieur et de travailler ensemble mais j’ai trouvé ma place. Nous sommes à égalité et nous envisageons nos projets à deux et dans le même sens même si parfois, on demande encore à voir le patron », rigole-t-elle.

« Nous nous sommes d’abord donnés le temps de voir si cela fonctionnait bien et c’était le cas. Nous discutons du planning et nous nous conseillons l’un l’autre mais, à part la traite, nous avons chacun nos tâches et nous nous faisons confiance. C’est vraiment confortable et cela libère l’esprit de pouvoir compter sur la personne avec qui on travaille. Pour l’instant, on a décidé d’assurer en duo même si c’est intense et que nous aurions sans doute besoin d’une troisième personne. Nous avons déjà tenté avec quelques ouvriers. Néanmoins, c’est compliqué de pouvoir compter sur quelqu’un avec cet horaire et ce rythme intense ».

Et Valentine de compléter : « À moyen terme, les gens se démotivent. Nous avons aussi eu quelques stagiaires, mais c’est souvent la loterie. Certains sont intéressés et c’est alors assez facile de les intégrer dans notre routine. D’autres sont en déconnexion et, même si on essaie de créer du lien et de les motiver, ils ne posent même plus une question. C’est décevant. Cela oblige aussi à faire entrer quelqu’un dans notre vie privée et nous prive de notre sas de décompression quand le travail est fini ».

Le couple mise dès lors sur la technologie : « Nous avons par exemple un robot repousse-fourrage. Ça nous soulage de cette tâche et ça améliore l’ingestion des aliments de nos bêtes. À l’avenir, le futur robot, pourra sans doute nous aider à gagner du temps et de la souplesse tout en nous apportant un meilleur suivi des données… Ce sont ce genre de pistes que nous explorons ».

Privilégier la génétique tout en s’assurant une rentrée

L’élevage du Martinet compte 390 bêtes et 150 vaches – pour un troupeau de 170 avec les vaches en tarissement – et produit 1.700.000 l de lait par an. « Nous ne reproduisons que par insémination. Les meilleurs éléments sont inséminés avec des doses sexées tandis que les autres sont croisées avec du BBB. Nous nous assurons ainsi d’avoir des femelles en suffisance et nous développons notre génétique. Ce grand nombre de femelles nous permet aussi de faire un tri dans nos femelles et de ne garder que les meilleures. On dit souvent qu’élever beaucoup d’animaux ce n’est pas rentable et que ça coûte de l’argent. Ce n’est pas tout à fait faux cependant dans notre cas, ça nous permet d’évoluer en qualité. Nous assurons le volume de lait produit, privilégions la bonne génétique et assurons des rentrées via les veaux croisés ». Les jeunes bêtes répondent aussi à une demande de génisses en lait. « Ce sont des primipares qui quittent l’élevage quinze jours à trois semaines après la naissance de leur veau, nous assurons le démarrage. Les éleveurs ont ainsi accès à une bête directement productive, saine, avec les quatre quartiers fonctionnels et, de notre côté, nous valorisons bien notre surplus d’animaux au lieu de le vendre pour la réforme en viande ».

Hormis les génisses en lait, les animaux qui quittent l’élevage sont tous vendus par le même marchand, à la commission : « C’est-à-dire qu’il les négocie au mieux au marché de Ciney et nous transfère ensuite la somme obtenue moins sa commission. Nous travaillons comme cela depuis des années et en totale confiance ».

Maxime est également investi dans le herd-book de sa race, membre de la commission laitière Hainaut et Brabant et représente sa laiterie, Inex, au Comité du lait. « La laiterie collecte le lait tous les trois jours. Nous avons un contrat de collaboration mais pas de « quotas » de production, c’est-à-dire qu’elle s’engage à prendre tout ce que l’on produit. Nous sommes heureux de cette coopération car il s’agit d’une entreprise à l’esprit encore assez familial avec des produits à plus-value, majoritairement vendus sur le Benelux ce qui permet une certaine maîtrise du prix du lait contrairement à ceux qui travaillent à l’international et qui ne sont jamais certains de conserver leurs contrats. Nous nous sentons considérés. »

Les vaches du Martinet reçoivent une ration composée de 30 kg de maïs, 10 kg d’herbe préfanée,  10 kg de pulpes surpressées, 1 kg de paille, 2 kg de drêche de la brasserie du Martinet située à 500 m,  4,5 kg de correcteur protéique et 1,5 kg  de concentré de production pour une production de 36 l par jour.
Les vaches du Martinet reçoivent une ration composée de 30 kg de maïs, 10 kg d’herbe préfanée, 10 kg de pulpes surpressées, 1 kg de paille, 2 kg de drêche de la brasserie du Martinet située à 500 m, 4,5 kg de correcteur protéique et 1,5 kg de concentré de production pour une production de 36 l par jour. - D.J.

Toujours présents au concours

L’élevage du Martinet participe à quatre ou cinq concours Holstein par an. « Pour ces événements, nous pouvons, entre autres, compter sur deux de nos amis pour préparer et présenter les bêtes avec nous. Valentine assure à la ferme et j’essaie de faire le lien. Nous serons là à Libramont. C’est un concours que nous préparons avec le même professionnalisme et la même envie de performer que les autres mais il faut reconnaître que la présence du public est moins définie par les animaux que pour un concours comme la Nuit de la Holstein. De plus, c’est davantage le Graal pour l’élevage BBB ».

Avancer dans le même sens

Au cours de ces dix ans, les choses ont bien évolué pour Maxime Mabille… « Nous sommes heureux du chemin parcouru, nous aimons ce que nous faisons et comme nous le faisons. Même si ça demande des sacrifices, nous l’avons choisi ». Et d’ajouter : « L’agriculture wallonne devrait être davantage ouverte à la transmission hors cadre familiale. Il devrait même exister une banque de données dans ce sens. Il est tellement dommage de voir les fermes se vider alors que d’autres jeunes pourraient les faire revivre. C’est assez exceptionnel ce que nous avons vécu et tout cela grâce à la patience, la communication et l’envie de deux parties d’avancer dans le même sens ».

Et dans dix ans, où retrouverai-je Maxime ? Gageons qu’il sera toujours dans sa ferme, au milieu de ses vaches… et avec sa Valentine !

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