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L’Europe mise sur la résilience des filières animales

La commission change sensiblement de ton à l’égard de l’élevage. Avec la présentation de sa première stratégie européenne dédiée au secteur, accompagnée d’un plan protéines et d’une réforme de la législation sur la santé animale, l’exécutif affirme désormais que l’élevage constitue un pilier de la souveraineté alimentaire, de la résilience économique et de la vitalité des territoires ruraux. Une inflexion saluée par les organisations agricoles, même si plusieurs interrogations demeurent

quant à sa traduction concrète.

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Pendant plusieurs années, l’élevage européen a principalement été abordé sous l’angle de ses impacts environnementaux. La stratégie présentée le 8 juillet par la commission marque une évolution sensible. Sans renoncer aux objectifs climatiques, elle affirme désormais que l’élevage constitue un secteur stratégique qu’il convient de renforcer plutôt que d’affaiblir.

L’exécutif européen justifie ce changement par l’accumulation des crises : multiplication des épizooties, dérèglement climatique, tensions géopolitiques, hausse des coûts de production et difficultés de renouvellement des générations. L’élevage représente aujourd’hui près de 7 millions d’emplois en Europe, génère quelque 400 milliards  € de chiffre d’affaires annuel et contribue largement à la vitalité des zones rurales grâce au maintien des prairies et des paysages.

Cette évolution traduit également une inflexion plus large de la Pac. Après plusieurs années durant lesquelles les débats se sont principalement concentrés sur la réduction des émissions et des impacts environnementaux de l’élevage, la commission affirme désormais que la transition ne pourra réussir sans préserver la viabilité économique des exploitations. « Le changement ne peut avoir lieu si la transition n’est pas rentable pour les agriculteurs et si les coûts ne sont pas équitablement répartis tout au long de la chaîne de valeur », a rappelé le commissaire Hansen lors de la présentation de la stratégie.

Une stratégie pour renforcer la résilience des filières

La feuille de route s’articule autour de plusieurs priorités : améliorer la résilience économique des exploitations, renforcer leur compétitivité, accélérer l’innovation et accompagner la transition environnementale. La commission entend notamment mobiliser la Pac et la Banque européenne d’investissement pour développer de nouveaux outils de gestion des risques, faciliter les investissements et mieux faire face aux crises climatiques et sanitaires. Autre pilier de cette stratégie : le lancement d’un plan européen pour les protéines. La commission ambitionne de réduire la dépendance de l’Union aux importations de soja en portant à 35 % d’ici à 2035 la part des protéines produites en Europe pour l’alimentation animale.

La santé animale occupe également une place centrale. Face à la recrudescence des maladies animales, la commission souhaite renforcer les dispositifs de surveillance, développer les outils numériques de détection précoce et donner une place plus importante à la vaccination préventive, en complément des mesures de biosécurité. La commission confirme par ailleurs son intention de réviser progressivement les règles relatives au bien-être animal, notamment en poursuivant la sortie des systèmes d’élevage en cage, tout en annonçant un accompagnement financier destiné aux exploitations concernées.

La commission entend également mieux valoriser les standards européens auprès des consommateurs. Elle souhaite développer une identification plus lisible de l’origine des produits afin de mettre en avant les modes de production fondés sur le fourrage local, les pratiques à faibles émissions de carbone et les exigences élevées en matière de bien-être animal. Une plateforme européenne dédiée à l’élevage sera en outre créée pour diffuser les innovations et partager les bonnes pratiques entre les États membres.

Un accueil favorable, mais des réserves sur la mise en œuvre

Au parlement, Benoît Cassart salue un changement de doctrine. Selon lui, la commission reconnaît enfin le rôle stratégique de l’élevage dans la souveraineté alimentaire européenne et dans le maintien des territoires ruraux. Il se félicite également que soient désormais valorisés les services écosystémiques rendus par les élevages, notamment en matière de biodiversité, de prévention des incendies et d’entretien des espaces ruraux.

L’eurodéputé accueille favorablement le plan protéines et le renforcement annoncé des politiques de santé animale, même s’il regrette l’absence d’un mécanisme européen d’achats groupés de vaccins vétérinaires. Il appelle toutefois à la prudence sur deux dossiers. Le premier concerne la réciprocité des normes appliquées aux produits importés. Si le principe est réaffirmé par la commission, Benoît Cassart estime qu’il devra s’accompagner de contrôles crédibles pour éviter les distorsions de concurrence. Le second porte sur la suppression progressive des cages pour les poules pondeuses et les truies. Une évolution qu’il juge inévitable mais qui nécessitera, selon lui, des investissements importants, des délais réalistes et la garantie que les produits importés respecteront effectivement les mêmes exigences que celles imposées aux producteurs européens.

Les Jeunes Agriculteurs européens (Ceja) ont accueilli eux aussi favorablement cette stratégie, qu’ils considèrent comme un signal positif en faveur de l’avenir de l’élevage. L’organisation salue une approche fondée sur la résilience, la compétitivité, la durabilité et la reconnaissance de la diversité des systèmes d’élevage européens. Elle rappelle toutefois que le succès de cette feuille de route se mesurera à sa mise en œuvre concrète. Pour attirer une nouvelle génération d’éleveurs, l’UE devra transformer ses ambitions en instruments opérationnels : soutien à l’installation, accès au financement, meilleure rémunération des producteurs, partage des coûts de la transition et visibilité à long terme. Autant de conditions jugées indispensables pour restaurer la confiance des jeunes agriculteurs dans les politiques européennes.

Cette première stratégie européenne pour l’élevage traduit une évolution notable des priorités de l’exécutif. En plaçant davantage l’accent sur la souveraineté alimentaire, la résilience économique et la compétitivité des filières, la commission entend réconcilier transition écologique et maintien d’une production animale forte. Sa mise en œuvre sera désormais scrutée de près, tant par les États membres que par les éleveurs, qui attendent que les ambitions affichées se traduisent en instruments financiers, en simplifications administratives et en règles de concurrence réellement équitables.

Marie-France Vienne

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