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Déforestation : la filière élevage réclame une mise en œuvre plus réaliste

À quelques mois de l’entrée en application du règlement européen sur la déforestation (EUDR), le parlement a accueilli un débat particulièrement animé sur ses conséquences pour l’élevage européen. Si aucun intervenant n’a contesté l’objectif de lutter contre la déforestation mondiale, la quasi-totalité des participants ont dénoncé une mise en œuvre jugée excessivement complexe, coûteuse et encore entourée de nombreuses incertitudes. Au cœur des préoccupations : le soja destiné à l’alimentation animale, la traçabilité des bovins et le risque de perte de compétitivité face aux producteurs des pays tiers.

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Comment concilier lutte contre la déforestation et compétitivité de l’élevage européen ? C’est à cette question que devait répondre la réunion organisée par l’Intergroupe « Élevage durable » du parlement. En ouvrant les débats, Benoît Cassart a rappelé que le règlement répondait à un objectif légitime, empêcher que les importations européennes contribuent à la déforestation, mais il s’est interrogé sur les conséquences concrètes du règlement pour les agriculteurs européens.

L’eurodéputé wallon a notamment pointé le paradoxe qu’il perçoit entre l’imposition de nouvelles contraintes administratives aux producteurs européens et la poursuite d’accords commerciaux comme celui avec le Mercosur, susceptibles d’accroître les importations agricoles en provenance de régions où la pression sur les forêts demeure élevée. Selon lui, la véritable question est de savoir comment concilier les engagements internationaux de l’UE en matière de lutte contre la déforestation avec la préservation de la compétitivité de son agriculture.

Une lourdeur administrative dénoncée par l’ensemble de la filière

Le représentant du ministère allemand de l’Agriculture, Felix von Glisczynski, a illustré l’approche retenue par Berlin. L’Allemagne soutient pleinement les objectifs du règlement EUDR (European Union Deforestation Regulation) mais estime que les obligations doivent être proportionnées au risque réel de déforestation. Le gouvernement fédéral s’appuie ainsi sur les systèmes nationaux existants d’identification des bovins afin d’automatiser les déclarations. Selon lui, 99 % des exploitants allemands pourront satisfaire aux nouvelles exigences avec une charge administrative quasi nulle.

En Belgique, le ton était sensiblement plus critique. Daniel Coulonval, président de la Fwa, a souligné les nombreuses incertitudes qui demeurent autour de la définition même de la déforestation, du statut de certaines parcelles agricoles ou encore de la prise en compte des permis délivrés avant 2021. Selon lui, les agriculteurs ne disposent toujours pas de réponses suffisamment précises pour appliquer sereinement le règlement. Au-delà des questions juridiques, c’est surtout la charge administrative qui inquiète la profession. Daniel Coulonval estime que les contrôles devraient être réalisés principalement par les autorités nationales à partir des bases de données existantes, plutôt que d’imposer de nouvelles formalités aux exploitants. Il s’interroge également sur le financement des adaptations nécessaires, évaluées à près de 900.000  € pour la Belgique.

Le soja cristallise les inquiétudes sur la compétitivité européenne

Face à ces critiques, la commission européenne a défendu le règlement tout en reconnaissant les difficultés rencontrées depuis son adoption en 2023. Sa représentante, Monika Hencsey (DG Environnement), a rappelé que plusieurs simplifications avaient déjà été introduites et que les reports successifs de son entrée en vigueur avaient précisément pour objectif de laisser davantage de temps aux États membres et aux opérateurs pour s’adapter. Elle a également assuré que l’exécutif travaillait à une application harmonisée du règlement dans l’ensemble de l’UE et à l’interconnexion des bases de données nationales afin d’alléger les démarches administratives.

Si le débat portait officiellement sur l’ensemble du secteur de l’élevage, c’est le soja destiné à l’alimentation animale qui a concentré l’essentiel des discussions. Vice-président de Coceral, Giorgio Dalla Bona a décrit une chaîne mondiale d’approvisionnement particulièrement complexe, impliquant des milliers de producteurs, collecteurs, transformateurs et exportateurs avant l’arrivée des marchandises en Europe. Selon lui, chaque nouvelle exigence documentaire multiplie les coûts logistiques, les risques juridiques et les délais de livraison.

Le responsable de Coceral a également évoqué les investissements déjà consentis par les entreprises pour adapter leurs systèmes informatiques à la future réglementation. Sa société affirme avoir engagé près de deux millions d’euros dans des équipes spécialisées et des outils numériques, sans disposer encore d’une visibilité suffisante sur les modalités définitives d’application. Il estime que le soja conforme au règlement EUDR pourrait coûter entre 8 et 15 % plus cher que le soja conventionnel, un surcoût qui serait inévitablement répercuté sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’élevage européen.

Les échanges avec les participants ont confirmé ces inquiétudes. Plusieurs d’entre eux ont regretté une étude d’impact insuffisante et plaidé pour une approche davantage fondée sur les risques, évitant d’imposer les mêmes obligations à des producteurs européens opérant dans des zones sans déforestation qu’à des importateurs actifs dans des régions tropicales.

En réponse, la commission a assuré que le nouveau système informatique était désormais opérationnel, que les États membres progressaient dans l’interconnexion de leurs bases nationales et que de nouveaux documents d’interprétation seraient prochainement publiés afin de répondre aux nombreuses questions encore en suspens. Au terme de près de deux heures de débat, un constat s’est imposé. Personne n’a remis en cause la nécessité de lutter contre la déforestation. En revanche, la plupart des intervenants ont estimé que le succès du règlement dépendra désormais moins de ses objectifs que de sa capacité à être appliqué de manière simple, harmonisée et compatible avec les réalités économiques des filières agricoles européennes. Plusieurs participants ont même appelé la commission à envisager un nouveau report si les difficultés techniques et administratives ne sont pas levées dans les prochains mois.

Marie-France Vienne

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