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Des cultures intercalaires pour dynamiser les sols

C’est bien difficile de maintenir les calendriers d’implantation des cultures maraîchères cette année. Toutes les situations sont possibles, suivant le niveau d’indépendance des approvisionnements en eau de nos parcelles. Devant les résultats des productions et ventes, nous sommes enclins à nous dire qu’il s’agit en priorité de maintenir l’activité et de survivre économiquement. Autant que possible…

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Une vision un peu plus longue est requise. Il y a les cultures d’automne et d’hiver à implanter dès que possible. Il y a les sols à protéger et à maintenir en activité biologique. Cela peut être l’occasion d’installer des cultures intercalaires. Pour les unes comme pour les autres, il faudra de l’eau.

Ces cultures intercalaires sont implantées sur une sole entre la récolte d’une culture et l’implantation d’une autre. Nous pouvons les comparer aux Cipan des grandes cultures, avec comme grande différence la durée souvent plus courte de l’occupation du terrain. Une autre différence, technique cette fois, est le type de matériel disponible à la ferme maraîchère pour broyer les parties aériennes des cultures et l’incorporer au sol.

En couvrant le sol lors des périodes sans production plusieurs fonctions sont remplies simultanément. Les avantages compensent largement le coût de l’implantation. L’emploi des cultures intermédiaires permet de rencontrer les souhaits de bonne gestion économique et environnementale.

Les espèces seront choisies aussi en tenant compte de la durée attendue de la période de végétation. Le choix sera également guidé par le coût des semences, par les possibilités de destruction avec les outils disponibles à la ferme et par la sensibilité au gel.

Retenir l’azote et d’autres éléments

Les cultures intercalaires vont rapidement puiser l’azote comme les autres éléments minéraux pour la constitution de leur charpente végétale. La courte période de développement dans le contexte des fermes maraîchères permet une destruction de la culture alors que la masse n’est pas encore lignifiée. La minéralisation des éléments mobilisés se fera très rapidement après l’incorporation au sol pour autant que l’humidité le permette. Retenons qu’en pratique, 30 à 70 unités d’azote seront captés dans les 5 à 7 semaines de développement, selon la nature et le développement de la masse végétale.

En cas de lignification, les débris végétaux seront plus riches en carbone. Leur décomposition mobilisera de l’azote du sol avec une crainte de faim d’azote de la culture suivante, comme l’effet paille après céréales dans les rotations de grandes cultures. Pour les cultures maraîchères, ce point est important. La plupart des cultures se développent rapidement et ont besoin d’éléments très disponibles. Nous préférons donc le plus souvent des cultures intermédiaires détruites et incorporées au sol ou mises en paillage alors qu’elles sont peu lignifiées, qu’elles sont encore physiologiquement jeunes.

Maîtriser l’enherbement

La présence de la culture intercalaire va bloquer la germination de pas mal d’adventices. La conséquence pratique est un certain nettoyage de la parcelle. C’est important cette année, avec les mauvaises levées d’adventices lors de la longue période de sécheresse.

Au lieu de cette situation, le maraîcher peut opter pour le choix de laisser la culture sous jachère noire, de travailler superficiellement le sol plusieurs fois en guise de faux semis afin de réduire le niveau d’enherbement. Pour autant que nous soyons certains de ne pas oublier de travailler le sol pour empêcher le développement de graines (galinsoges, pâturin annuel…), cette solution est très valable également. Elle a l’inconvénient de ne pas permettre la mobilisation de l’azote mais au contraire de favoriser la minéralisation et donc les pertes potentielles.

En pratique, c’est la météo qui décidera pour nous, selon les possibilités ou non d’espérer une levée d’une culture intercalaire en sols ultra secs, ou selon la météo du moment.

Améliorer la structure du sol

Les racines améliorent la structure par leur action physique de pénétration dans le sol. Les enracinements fasciculés, comme celui des poacées (graminées) et pivotants, comme celui des radis et moutardes sont performants. Leur importance est particulière pour les fermes pratiquant le non-labour, notamment sur les ados permanents.

L’effet des enracinements puissants ne remplace pas les façons culturales décompactant le sol. Il les complète.

Une meilleure activité biologique

L’effet sur la vie du sol est le plus remarquable en cette période d’été et bientôt d’automne. Sa température est élevée, l’incorporation d’une masse d’une vingtaine de tonnes de matière fraîche sur les quelques premiers cm va faire un énorme bien à la vie dans le sol. Cet effet sera d’autant plus marqué que le pH est correct. Avec des fortes variations, nous pouvons retenir qu’une production de 2 à 3 t de matière sèche de la culture intermédiaire intervient de manière significative dans la mobilisation en vue de la remise à disposition de grandes quantités d’éléments fertilisants. La faune auxiliaire du sol est stimulée.

De l’implantation…

Le semis se fera à la volée ou au semoir, selon la forme, la taille des parcelles mais aussi suivant les espèces choisies. Les semoirs maraîchers conviennent pour la plupart des semis de cultures intermédiaires. Pour les cas où les dimensions de semences diffèrent fortement dans un mélange, il est plus aisé de semer en deux ou plusieurs passages. Pour les parcelles cultivées sur ados ou billons, nous pouvons opter pour le semis intégral de la surface ou seulement de la surface cultivée nette.

Les mélanges agricoles conviennent si la terre reste libre près de 3 mois. Si ce n’est pas le cas, le maraîcher peut opter pour l'avoine brésilienne,  la caméline,  les moutardes blanches ou noire, les vesces, voire un ray-grass italien.
Les mélanges agricoles conviennent si la terre reste libre près de 3 mois. Si ce n’est pas le cas, le maraîcher peut opter pour l'avoine brésilienne, la caméline, les moutardes blanches ou noire, les vesces, voire un ray-grass italien. - F.

… à la destruction

Le plus souvent, la culture intermédiaire est détruite mécaniquement, thermiquement par le gel, ou chimiquement. La destruction se déroulera de préférence lorsque le couvert n’est pas encore lignifié, avant la pleine floraison et en tout cas avant la production de semences viables. Les outils animés (herses à axes horizontaux) courants en maraîchage conviennent bien la plupart du temps. La limite d’emploi sera la portance du sol en cas de fortes pluies d’automne.

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