Courrier des lecteurs : un été enfumé pour des prunes
Bienvenue en 2026, l’année où le short est devenu la pièce de vêtement la plus prisée et où l’on cuit à point ! Cet été, jusqu’à présent, le soleil a pris très peu de vacances. Il a même décidé de travailler comme un fou sans se reposer derrière ses nuages, nous offrant une météo qui fait le bonheur des uns et la sueur des autres, particulièrement la nôtre ! Sueurs chaudes sous le cagnard, et sueurs froides à la vue des dégâts agricoles… Un été pour des prunes !

Côté cœur, c’est le paradis des vacanciers. Le tourisme explose dans les petites villes ardennaises, où les terrasses ne désemplissent pas. Flamands et Hollandais en visite chez nous font tellement le plein de vitamine D que leurs squelettes brillent probablement dans le noir ! Le soleil nous la joue « coquine » ! Il déshabille les gens, les chausse de lunettes trop bizarres et s’éclipse l’espace d’une soirée quand il en a trop vu, le temps de faire son show au clair de la lune, en attendant les étoiles filantes… Et là, on chante avec Julien Clerc : « Laissez, laissez entrer le soleil ! ». Pourquoi se plaindre de tant de soleil, en ces doux jours de mi-août ? Les panneaux solaires en font une overdose de lumière : il se produit tellement d’électricité photovoltaïque qu’on pourrait presque alimenter la Lune.
Mais n’est-ce pas trop ? Côté pique, l’agriculture fait grise mine, et ses champs sont couleur de cendre à midi ! La sécheresse a transformé nos vertes campagnes en savanes dignes du Roi Lion. Ne cherchez plus de l’herbe tendre dans le gazon de nos prairies, rasées de près par nos ruminants au Gillette ProGlide avec sa technologie FlexBall. Le sol est aussi sec qu’une pâte feuilletée oubliée depuis une semaine sur l’appui d’une fenêtre. Pour nos vaches, question affouragement, c’est le régime d’hiver : elles attaquent déjà les stocks de foin prévus pour la morte-saison, en se demandant si Saint-Nicolas et Père Noël auront encore de quoi leur distribuer des friandises…
La gestion de l’eau prend des airs de sport national, pour la chasse au gaspi ! On traque les fuites de robinets, et arroser son géranium sera bientôt passible d’une amende, si la sécheresse continue. Même nos rivières ont soif ! Ces vénérables « prairies humides », adorées comme le veau d’or par les écologistes, ont perdu toutes leurs eaux, et l’on peut rouler partout en tracteur, là où l’on s’embourbe à coup sûr en année normale ! La situation est surréaliste, pour qui connaît l’Ardenne et ses fonds de vallées marécageux. Autrefois, les agriculteurs auraient profité de la situation pour poser des drains, mais ce temps-là n’est plus, depuis que Natura 2000 est passé par là !
De l’eau ! Encore de l’eau ! Par curiosité, je suis allé dégager un puits creusé en 1976 et délaissé depuis lors. Il n’a jamais été sec, et nous y allions pomper le précieux H20 pour abreuver les animaux… et pour la maison, car le réseau public de distribution d’eau était beaucoup moins performant voici 50 ans ! « Mon » puits, enseveli sous les broussailles, est encore rempli jusqu’à deux mètres de la margelle. Il faut dire qu’il est situé sur une source, tout au fond d’une prairie de 5 hectares en forme de cuvette. Il est intarissable, mais son eau est très ferrugineuse, donc pas du tout gentille avec les tuyaux des abreuvoirs.
Ceci dit, le jour où l’Ardenne manquera d’eau, le reste de la Belgique sera transformé en Sahara… Et il nous restera toujours nos forêts et leur microclimat ! Mais hélas, celles-ci aussi dégustent salement ! Les arbres perdent leurs feuilles en août quasi comme à l’automne. C’est carrément flippant ! De plus, avec cette chaleur, les dangers d’incendie sont partout : le moindre barbecue mal maîtrisé menace de transformer le bosquet du voisin en brasier géant. Un roulement grippé en surchauffe, sur une moissonneuse ou une presse, peut à tout moment déclencher un incendie dans une céréale et se propager à une sapinière inflammable comme de l’étoupe.
Les Hautes-Fagnes en feu
Ça ne manque pas chez nous… Ces 15 et 16 août, le méga incendie des Hautes-Fagnes a transformé l’Ardenne en vaste fumoir à jambon, envahi de volutes bleutées, très irritantes pour les poumons sensibles ! Misère ! Et comment éteindre cette fournaise ? D’un coup, les agriculteurs et leurs épandeurs de lisier ont accédé au statut de sauveurs de la patrie grâce à leurs tonneaux très efficaces pour pomper rapidement de l’eau et asperger ensuite les coupe-feu. Si seulement il pouvait pleuvoir quelques jours ! Un dicton dit chez nous que la « Notre-Dame d’été remet ou défait tout » : ce serait très sympa de sa part de nous envoyer de la pluie en abondance !





