Projet RobPatat : s’engager pour produire davantage de variétés robustes
Face au changement climatique, à la réduction des produits phytosanitaires et à l’augmentation des aléas de production, les variétés de pommes de terre plus résistantes apparaissent comme une piste d’avenir. Pourtant, leur développement reste marginal dans la filière conventionnelle. Le projet RobPatat a tenté d’identifier les freins et propose des solutions pour accélérer cette transition.

Pourquoi les variétés de pommes de terre résistantes aux maladies et mieux adaptées aux stress climatiques peinent-elles encore à trouver leur place dans les champs et sur les marchés ? C’est la question à laquelle le projet RobPatat a essayé de répondre. Cette étude arrive à son terme en septembre et les principaux résultats ont été présentés lors d’une conférence de presse organisée par la Fiwap et réunissant plusieurs acteurs de la filière.
Une filière convaincue de la nécessité de changer
Pour comprendre cette situation, deux enquêtes ont été menées auprès de la filière, l’une orientée vers l’industrie et l’autre vers le marché du frais. Au total, 136 entreprises ont été contactées dont 29 y ont participé.
Le premier constat qui ressort de l’enquête est que près de 90 % des répondants se disent convaincus de la nécessité d’une transition vers des variétés plus robustes. Le problème n’est donc pas tant un refus du changement mais plutôt une difficulté à passer à l’action. « Pour plus de 80 % des répondants, l’introduction d’une nouvelle variété a été un échec », affirme Vincent Berthet, bio-ingénieur à la Fiwap. Cet échec passe, par exemple, par des difficultés agronomiques, un manque d’informations sur les variétés ou encore des problèmes de conservation.
Autrement dit, les professionnels connaissent l’existence des variétés robustes, mais manquent encore de garanties pour franchir le pas.
Le manque d’informations, un premier frein
Il ressort également de l’enquête que 50 % des répondants utilisent régulièrement des variétés robustes mais que 80 % d’entre eux sur le marché du frais sont bio. La part de pommes de terre robustes dans la filière conventionnelle est donc assez faible.
« Pour pouvoir faire évoluer l’utilisation de ces variétés robustes, elles doivent d’abord égaler les variétés actuelles », précise l’ingénieur. Pour le marché industriel, les critères de qualité indispensables sont une bonne conservation, une couleur de cuisson adaptée et une matière sèche suffisante. Sur le marché du frais, la conservation est également essentielle, mais le goût et la facilité à l’épluchage jouent un rôle important.
Mais alors quels sont les freins de cette adoption ? La méconnaissance arrive en tête des obstacles identifiés. « Plus de la moitié des industriels souhaitent disposer de davantage de données sur les performances techniques et agronomiques des variétés robustes, comme leur comportement au champ et durant la conservation », explique Vincent Berthet. L’industrie constate également une certaine réserve de la part de leurs clients.
Du côté du marché du frais, en plus de ce manque d’information, la question de l’approvisionnement constitue l’autre frein majeur. Lorsqu’une variété reste marginale, les volumes disponibles sont insuffisants pour permettre à un opérateur de construire une véritable stratégie commerciale autour d’elle. Il faut donc simultanément développer la production, sécuriser les volumes et créer la demande.
L’industrie est-elle vraiment fermée aux nouvelles variétés ?
« Contrairement à une idée largement répandue, l’industrie ne semble pas opposée par principe à l’introduction de nouvelles variétés. Selon l’enquête, 92 % des entreprises interrogées se disent ouvertes à cette possibilité », renseigne-t-il.
Le véritable enjeu se situe donc davantage dans les conditions d’intégration de ces variétés. Les industriels recherchent une régularité de qualité et un approvisionnement fiable, tandis que les producteurs hésitent à cultiver une variété dont ils ne sont pas certains de trouver un débouché.
Le modèle bio montre déjà la voie
La transition est beaucoup plus avancée dans la filière bio. Selon les chiffres présentés lors de la conférence, près de 70 % des volumes commercialisés en Belgique dans le bio seraient issus de variétés considérées comme robustes, contre environ 3 % dans la filière conventionnelle au niveau des volumes présents dans les magasins. En termes de volumes au champ, la part de variétés robuste dans la filière conventionnelle s’élève à environ 1 %.
Dans le cadre du projet RobPatat, à la suite des deux enquêtes, un mémorandum a été écrit et vise à généraliser progressivement l’utilisation de ces variétés dans les filières conventionnelles, en s’inspirant notamment de l’expérience du bio.
La vision fixée à l’horizon 2030 est ambitieuse : augmenter fortement la part des variétés robustes commercialisées, accroître les volumes produits et favoriser autant que possible des origines belges et françaises.
Cinq leviers pour accélérer la transition
Pour passer de l’intention à l’action, les partenaires de RobPatate ont identifié cinq axes stratégiques.
Le premier consiste à améliorer la connaissance des variétés robustes, en produisant et en diffusant davantage d’informations sur leurs caractéristiques et leurs performances.
Le deuxième doit permettre la sécurisation de l’offre et de la chaîne d’approvisionnement. Il faut garantir que les variétés puissent être produites en quantité suffisante et que l’ensemble des maillons de la filière puisse être approvisionné.
Le troisième vise à adapter les critères de qualité et les méthodes d’évaluation des variétés. Le projet ProRob, notamment mené au Centre wallon de recherches agronomiques, doit entre autres contribuer à développer un protocole commun permettant de mieux évaluer la robustesse des variétés, face aux maladies dont le mildiou, au stress hydrique, à l’utilisation d’azote et au regard de leurs performances environnementales.
Le quatrième axe concerne la communication auprès des consommateurs. En Belgique, il n’est plus obligatoire d’indiquer le nom de la variété sur les sacs. L’idée serait, plutôt que de mettre en avant le nom des variétés, de faire connaître le concept de « variété robuste » afin de susciter une demande auprès des consommateurs, qui remonte ensuite toute la chaîne de valeur.
Enfin, le cinquième levier concerne l’accompagnement technique et économique. La formation des techniciens, l’accompagnement des producteurs et la mise en place de mécanismes de partage des risques doivent permettre de faciliter l’adoption sur le terrain.
Anticiper les prochaines crises
Selon Daniel Ryckmans, la diversification variétale ne se fera toutefois pas sans investissements. De nombreuses exploitations disposent aujourd’hui de grands bâtiments de stockage conçus pour accueillir d’importants volumes d’une seule variété. Si l’industrie demande demain davantage de diversité, cette organisation pourrait devenir un frein et nécessiter des capacités de stockage plus petites et plus flexibles, permettant de séparer plusieurs variétés. Certains producteurs commencent déjà à adapter leurs infrastructures, mais cette évolution prendra du temps.
Enfin, face à la diminution des matières actives disponibles et à des épisodes climatiques de plus en plus extrêmes, il devient nécessaire d’anticiper plutôt qu’à attendre une nouvelle crise. Les variétés robustes constituent ainsi un outil supplémentaire pour mieux sécuriser la production et réduire la dépendance aux traitements.



Le projet RobPatat entend désormais prolonger cette dynamique à travers son mémorandum ouvert aux acteurs de la filière. Les entreprises sont invitées à s’engager sur les actions qu’elles peuvent mettre en œuvre et à contribuer à la diffusion de cette nouvelle approche.
Le mémorandum est d’ailleurs disponible sur le site de la Fiwap avec un lien pour le signer : https://fiwap.be/article/5587/.





