Accueil Politique

Le parlement européen veut préserver la viande, le vin… et les moyens

La commission de l’Agriculture du parlement européen (Comagri) a largement adopté, le 5 octobre, son rapport sur l’avenir de la politique européenne de promotion des produits agroalimentaires. Les eurodéputés réclament le maintien d’un financement ambitieux et refusent que certains secteurs, au premier rang desquels la viande et le vin, soient écartés ou défavorisés.

Temps de lecture : 4 min

Le message envoyé par les eurodéputés est sans grande ambiguïté. Par 37 voix contre 7 et une abstention, la Comagri son rapport d’initiative sur la politique européenne de promotion des produits agroalimentaires. Les parlementaires y défendent le maintien d’un dispositif doté de moyens suffisants et accessible à l’ensemble des filières agricoles, y compris la viande et le vin, dont la place dans les campagnes européennes de promotion continue de faire débat.

Au cœur des discussions, la viande et le vin ont une nouvelle fois cristallisé les divergences. Pour une large majorité des membres de la Comagri, il n’est pas question d’exclure ces productions du dispositif européen ni de leur appliquer un traitement moins favorable. « Nous avons défendu un principe fondamental : garantir un traitement équitable à tous les secteurs et produits agricoles éligibles, y compris la viande et le vin, sans discrimination ni diabolisation », s’est félicité le rapporteur du texte, l’eurodéputé italien Salvatore De Meo issu des rangs démocrates-chrétiens.

Pas de hiérarchie entre les productions

Depuis plusieurs années, la place accordée aux produits carnés et aux boissons alcoolisées dans les campagnes financées par l’UE alimente les débats, notamment au regard des objectifs européens en matière de santé publique, d’environnement et d’évolution des régimes alimentaires. La Comagri choisit ici une autre ligne : celle d’une politique de promotion qui demeure ouverte à l’ensemble des secteurs agricoles éligibles. Les vins de qualité et les viandes rouges doivent donc pouvoir continuer à bénéficier des dispositifs européens au même titre que les autres productions.

L’orientation a été accueillie avec satisfaction par Farm Europe et Eat Europe. Les deux organisations, qui avaient déjà alerté sur l’avenir de la politique européenne de promotion, voient dans le vote de la Comagri un signal politique fort en faveur du maintien d’un traitement équitable entre les différentes filières. Elles insistent notamment sur le rôle de cette politique dans la valorisation des systèmes européens de qualité et des indications géographiques, mais aussi dans le renforcement de la compétitivité des produits européens sur les marchés internationaux. Pour Farm Europe, la promotion constitue ainsi bien davantage qu’un simple instrument de communication : elle participe à la reconnaissance de la valeur ajoutée des productions européennes et des normes qui encadrent leur production.

Farm Europe alerte sur le budget

C’est cependant sur le terrain budgétaire que l’inquiétude est la plus vive. Les eurodéputés demandent que les moyens consacrés à la promotion restent ambitieux et soient maintenus au moins au niveau atteint en 2026. Farm Europe et Eat Europe rappellent, à cet égard, avoir tiré la sonnette d’alarme lorsque la commission a fait connaître son intention de réduire de près de 50 % le budget de la promotion en 2027. Une telle contraction serait, selon les deux organisations, difficilement conciliable avec l’ambition européenne d’améliorer la reconnaissance des produits agroalimentaires de l’UE et d’en soutenir la consommation.

La question est d’autant plus sensible que la promotion est devenue un instrument de compétitivité dans un environnement commercial incertain. Elle permet non seulement de mettre en avant les produits européens, mais aussi leurs signes de qualité, leur origine et les exigences qui entourent leur production. Pour les filières tournées vers l’exportation, elle contribue également à consolider des débouchés ou à en ouvrir de nouveaux.

Des campagnes plus faciles à adapter

Les parlementaires souhaitent parallèlement simplifier l’accès aux financements européens. Les procédures administratives sont régulièrement jugées trop lourdes, notamment pour les organisations professionnelles et les structures disposant de moyens humains limités. Le rapport préconise donc un allègement des démarches, mais aussi davantage de souplesse une fois les campagnes approuvées. Les bénéficiaires devraient pouvoir réorienter plus facilement les produits mis en avant, les financements ou encore les marchés ciblés lorsque les circonstances l’exigent.

Cette flexibilité apparaît d’autant plus nécessaire que l’environnement commercial international est devenu particulièrement mouvant. Une crise géopolitique, la fermeture soudaine d’un débouché ou une évolution rapide de la demande peuvent rendre en quelques mois une stratégie de promotion beaucoup moins pertinente qu’au moment de son approbation. La Comagri souhaite également renforcer les programmes dits « multi », qui associent des organisations issues de plusieurs États membres. Ces campagnes transnationales sont considérées comme particulièrement aptes à porter une image commune de l’agriculture et de l’alimentation européennes au-delà des frontières de l’UE.

Avec ce vote très largement majoritaire, la commission de l’Agriculture pose donc plusieurs lignes rouges : ne pas opposer les filières entre elles, conserver la viande et le vin parmi les productions pouvant bénéficier de la promotion, simplifier le dispositif et lui maintenir des moyens financiers suffisants. Farm Europe et Eat Europe appellent désormais la commission à tenir compte de ce signal. Leur argument est simple : l’UE peut difficilement afficher sa volonté de renforcer son agriculture et sa présence sur les marchés mondiaux tout en réduisant fortement l’un des instruments destinés précisément à promouvoir ses produits.

Marie-France Vienne

A lire aussi en Politique

UE-Philippines : un accord commercial aux contours encore incertains

Politique Les principales discussions autour de l’accord commercial UE-Philippines sont finalisées, et un compromis a été conclu entre les parties. Un texte dont le contenu reste pour le moment assez flou, même si Bruxelles promet de nouvelles opportunités pour le secteur agroalimentaire européen. Ce nouveau traité commercial représente une étape supplémentaire dans le développement de la stratégie de l’UE vers l’Indo-pacifique.
Voir plus d'articles