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40 jours sans viande,pour ou contre?

Début de semaine, on apprenait le lancement, en Wallonie, d’une campagne « Jours Sans viande » du 1er mars ou 15 avril. Les professionnels du secteur et certains consommateurs ont vivement réagi à cette annonce.

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L a campagne « Jours Sans Viande », qui en est à sa sixième édition en Flandre, sera cette année lancée pour la première fois en Wallonie et à Bruxelles. L’opération, à l’initiative de la jeune flamande Alexia Leysen, se déroulera du 1er mars au 15 avril. Selon les organisateurs, « L’objectif n’est pas de défendre un végétarisme complet mais bien d’inspirer un maximum de citoyens à adopter un mode de vie plus durable en mangeant moins de viande et de poisson pendant 40 jours ». Même si la campagne se déroule pendant le carême, elle n’est pas liée à une conviction religieuse. « Cette période symbolique est traditionnellement un temps de réflexion et nous l’avons jugée propice pour inciter les citoyens à réfléchir à l’impact de leur consommation sur la planète, alors que les défis environnementaux sont énormes », indique Stéphanie Kint, chargée de la communication de la campagne. « La consommation de viande et de poisson a de graves conséquences sur l’empreinte écologique, non seulement à cause des gaz à effet de serre qui sont émis, mais aussi en raison de l’énorme consommation d’eau et de terre nécessaires à leur production », soutiennent les initiateurs du projet.

«Appliquez-vous à garder en toute chose le juste milieu» Confucius

Vous en pensez quoi ?

Suite à cette annonce, un sondage a été proposé, lundi, aux lecteurs du tout nouveau site www.sillonbelge.be. Ainsi, près de 60 % de d’entre-eux pensent que ce type de campagne peut avoir un effet destructeur sur les élevages et éleveurs wallons. 20 % des internautes s’interrogent également sur la pertinence de la cible alors que d’autres produits s’avèrent, preuves et études à l’appui, véritablement nocifs pour la santé.

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Les syndicats agricoles se sont également fait entendre. « Ce type de campagne dénigre le travail des agriculteurs et éleveurs belges qui ne ménagent pourtant pas leurs efforts pour produire une viande de qualité. Plutôt que d’inciter à manger moins de viande, il faudrait inciter à manger de la viande de qualité », suggère Gwenaëlle Martin de la Fugea.

La Fwa apporte, quant à elle, quelques précisions sur les conditions dans lesquelles se pratique l’élevage en Wallonie et rappelle l’intérêt de manger de la viande tant pour la santé, que pour l’environnement et l’économie de notre région. « L’élevage, tel qu’il est pratiqué en Wallonie, est un élevage responsable, intimement lié au sol, et sévèrement contrôlé. Les arguments développés par ceux qui critiquent le secteur de l’élevage sont généralement totalement inexacts et ne se réfère pas à la manière dont nos éleveurs travaillent », écrit-elle dans un communiqué. « Les agriculteurs wallons sont excédés par la confusion constante qui est faite entre leur façon de produire, et celle qui existe dans d’autres régions du monde. Qu’ils produisent des végétaux, du lait, du bœuf, du porc, du poulet, ils veulent rappeler qu’ils travaillent en harmonie avec la nature, avec le souci d’utiliser de façon parcimonieuse les ressources naturelles de la région », dit-elle encore.

De son côté, le ministre fédéral de l’agriculture, Willy Borsus souhaite également rééquilibrer le débat. Il rappelle que le Conseil Supérieur de la santé recommande la consommation de 300g de viande rouge par semaine, ce qui correspond à la consommation moyenne belge, consommation d’ailleurs réduite de moitié en 30 ans. Il note également qu’il est possible de soigner son empreinte écologique en consommant local. « Il est clair qu’il faut éviter de manger de la viande qui a traversé la planète et privilégier la proximité. Il revient au consommateur de choisir ses produits en fonction de leur provenance et de favoriser le ‘Made in Belgium’ », précise-t-il. Il insiste sur le fait que, dans notre pays, les prairies liées à l’élevage constituent des puits de carbone qui contribuent aux objectifs de réduction d’émission de gaz à effet de serre. Pour Willy Borsus : « Il faut arrêter avec ces idées reçues. La viande est un aliment local, sain, bon pour la santé et qui peut être ‘environnement-friendly’. Bien évidemment, elle doit être, comme d’autres produits, consommée avec raison, et dans le respect du bien-être animal ». Dans l’objectif de redorer le blason de la viande belge, le Ministre a d’ailleurs lancé une table-ronde réunissant le secteur agricole et l’horeca afin d’encourager davantage les restaurateurs belges à servir dans leurs assiettes cette viande locale qui, bien élevée et bien préparée, peut rivaliser avec les races les plus réputées mondialement.

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