La peste porcine africaine, une souche virulente… et très résistante!

La peste porcine africaine, une souche virulente… et très résistante!
Resilience Blog

T rès contagieuse, souvent mortelle chez les porcs – domestiques et sauvages –, la peste porcine africaine (PPA) est un virus entraînant une maladie des plus dangereuses pour les porcs au vu de l’inexistence de vaccins ou de médicaments pour la prévenir ou la guérir.

Si elle s’avère fatale pour les porcs en Europe, rappelons qu’elle ne présente aucun risque pour l’homme et les autres espèces animales.

Des signes cliniques chez les porcs européens

La PPA est endémique en Afrique sub-saharienne, à Madagascar et en Sardaigne. Des foyers sporadiques ont été détectés dans d’autres régions, mais leur éradication fut rapide.

Introduit en Géorgie en 2007 chez des sangliers sauvages, le virus s’est depuis lors énormément propagé à l’intérieur de l’ancienne Union soviétique, entraînant les récents foyers au sein de l’UE.

La maladie touche essentiellement les porcs domestiques et sauvages (Suidés) en Europe qui présentent des symptômes cliniques. En Afrique si les cochons sauvages n’en présentent aucun, ils sont toutefois considérés comme réservoir du virus.

Transmise par contacts directs et indirects !

Ce dernier se transmet principalement via contacts directs et indirects avec des animaux infectés. En cas de contact direct, la transmission a surtout lieu de groin à groin. La transmission par l’air n’est possible qu’à très courte distance, son importance est donc secondaire.

Étant donné qu’on retrouve le virus dans tous les tissus et fluides corporels des porcs, tous les produits, matériaux et surfaces qui ont été contaminées par des individus malades (surtout du sang, et aussi d’autres sécrétions et excrétions…) constituent une source d’infection (les logettes, les vêtements, les véhicules…). Une transmission due au matériel médical n’est pas non plus à exclure.

Dans le cycle sylvatique prédominant en Afrique subsaharienne, le virus est transmis via des tiques du genre Ornithodoros qui sont des vecteurs compétents dans lesquels le virus peut survivre pendant des années. Le virus peut aussi se transmettre mécaniquement via des insectes piqueurs comme la mouche d’étable (Stomoxys calcitrans ).

Notons que le comité scientifique de l’Afsca juge ses deux voies négligeables. En effet, bien qu’observées dans la péninsule ibérique, les tiques concernées ne sont pas présentes en Belgique. Et pour la mouche d’étable, ce vecteur ne peut jouer un rôle qu’en cas de présence d’un foyer, et encore, uniquement au niveau local.$µ

En 1985, la maladie avait pu être introduite chez nous via la distribution de déchets  alimentaires contenant de la viande de porc contaminée.
En 1985, la maladie avait pu être introduite chez nous via la distribution de déchets alimentaires contenant de la viande de porc contaminée. - CTK

Une forme particulièrement résistante

Ce qui fait la force de la souche ? Sa résistance dans l’environnement. Elle peut survivre jusqu’à 18 mois dans du sérum et du sang à température ambiante, 150 jours dans de la viande désossée conservée à 4ºC, 140 jours dans du jambon séché et plusieurs années dans des carcasses congelées. Le virus résiste au salage.

En 1985, la maladie avait pu être introduite en Belgique via la distribution à des porcs domestiques de déchets de cuisine contenant de la viande de porc contaminée. Les viandes non traitées doivent être chauffées durant 30 minutes à au moins 70ºC pour inactiver le virus ; 30 minutes à 60ºC suffisent pour le sérum et les fluides biologiques.

La peste porcine est avant tout une maladie hémorragique. L’incubation dure de 3 à 15 jours, jusqu’à plusieurs semaines pour les souches les moins virulentes.

La gravité des lésions et les symptômes diffèrent bien entendu en fonction de la virulence de la souche concernée :

– forme hyper-aiguë : morts subites ;

– forme aiguë : fièvre (40,5-42ºC), lésions hémorragiques dans divers organes et tissus, les animaux sont raides et se lèvent difficilement, peau rouge autour des oreilles, sur l’abdomen et les membres, anorexie, cyanose, manque de coordination, détresse respiratoire, vomissements, diarrhée, décès après 6 à 13 jours, avortement, porcelets faibles avec ataxie. Les animaux qui survivent restent porteurs toute leur vie. La mortalité est d’à peu près 100 % chez les porcs domestiques ;

– forme subaiguë : symptômes moins intenses, fièvre modérée, perte d’appétit, démarche chancelante et troubles de la coordination des mouvements, avortement, décès après 15-45 jours. La mortalité se situe entre 30 et 70 % ;

– forme chronique : symptômes divers, perte de poids, fièvre intermittente, symptômes respiratoires, ulcères cutanés, claudication, arthrite, évolution clinique sur 2 à 15 mois, faible mortalité.

Les produits carnés en lice, l’importation de suidés sous la loupe

À en croire l’avis du comité scientifique, le sang et tous les produits en contenant, notamment les viandes, constituent la principale source d’infection, et donc aussi le risque d’introduction le plus élevé.

Les risques les plus importants résident dans la migration de la main-d’œuvre et le tourisme de la chasse, suivis par le tourisme en général et les échanges intracommunautaires de Suidés et d’autres produits dérivés crus ou congelés en provenance des régions infectées.

Une hypothèse plus que probable au vu du nombre de personnes provenant des pays actuellement infectés qui travaillent en Belgique. Il n’est d’ailleurs pas rare que ces travailleurs ramènent des denrées alimentaires de leur pays. Celles-ci auraient pu accidentellement contaminer des animaux chez nous.

En outre, il est également possible que ces personnes, de par leur activité, aient des contacts avec des animaux infectés dans leur pays d’origine, suivis de contacts avec des porcs en Belgique.

Selon l’Afsca, un certain nombre de pays infectés sont populaires pour le tourisme de la chasse. Il est donc également possible que des venaisons soient ramenées et accidentellement appétés par des porcs belges. Étant donné la résistance du virus dans l’environnement, une transmission indirecte via les véhicules et autres matériels constitue une autre possibilité.

L’importation (il)légale de suidés vivants et le transport en général en provenance de zones infectées sont aussi considérés comme d’importants vecteurs. Malgré l’interdiction d’importer des Suidés de zones infectées, l’arrivée de tels animaux en provenance de nouvelles régions infectées est toujours possible avant la détection d’un premier foyer. En outre, une transmission indirecte est possible via des véhicules et des matériels qui ont été utilisés lors d’un transport dans des régions infectées après une désinfection absente ou inadéquate.

À noter que le risque d’introduction de la PPA est fortement lié au niveau de biosécurité des exploitations porcines individuelles. La plupart des exploitations en Belgique ont toutefois un degré de biosécurité raisonnable. Toutefois, les exploitations présentant une faible biosécurité, et surtout celles ayant un parcours extérieur, peuvent permettre un contact avec des sangliers.

Ceux-ci jouent actuellement un rôle important dans la propagation du virus. Il semble que dans les pays infectés d’Europe de l’est, les sangliers sont surtout infectés par effet de débordement du virus à partir de petites exploitations porcines.

Le direct

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