Moissonneuses-batteuses Claeys MZ et M103 et Clayson M140: de valeureux ancêtres toujours aptes au travail!

Moissonneuses-batteuses Claeys MZ et M103 et Clayson M140: de valeureux ancêtres toujours aptes au travail!

La Nationale 40 est une route sillonnant les campagnes sur la majeure partie de son tracé. En période estivale, le paysage s’offrant aux automobilistes se compose de champs de cultures dans lesquels sont à l’œuvre nombre de moissonneuses-batteuses, tracteurs et autres presses, pour la plupart modernes et rutilants. Soudain, au détour d’un virage, le regard est happé par une vision insolite, celle de machines d’un autre temps toujours bien actives dans une exploitation. Parmi elles, une moissonneuse-batteuse Claeys MZ de 1958 qui fête cette année sa 60e saison !

Aux commandes : trois frères passionnés

Derrière cette machine à la robe jaune joliment patinée par les années évolue celle qui lui a succédé à partir de 1958, la Claeys M103, elle-même suivie par une Clayson M140. Aux commandes de ces machines se trouvent Daniel, Dominique et Marc Becue. Ces trois frères sont intarissables au sujet de ces vieilles mécaniques.

Daniel et Dominique sont agriculteurs alors que Marc a opté pour une carrière dans l’enseignement en tant que professeur de mécanique. À ce titre, c’est lui qui se charge de l’entretien et des interventions sur ces engins. « Rien de bien compliqué mais il faut rester attentif à tout avec ces machines », dit-il.

Il faut dire que les moissonneuses-batteuses, ils connaissent. Leurs parents, originaires de Flandre, se sont d’abord installés à Waterloo avant de jeter leur dévolu sur une ferme dans la région des Lacs de l’Eau d’Heure. Marc se remémore les journées passées durant son enfance et son adolescence sur les machines de récolte. Il s’agissait alors essentiellement de machines Claas, celles d’un oncle entrepreneur de travaux agricoles. Ce dernier possédait trois Claas Matador et une Claas Senator.

Après avoir usé ses culottes en tant que passager sur ces matériels, Marc a hérité d’un job de chauffeur sur l’une de ces Matador avant d’entamer son service militaire.

À l’époque déjà, il était séduit par les Claeys qui tiraient notamment leur épingle du jeu dans les récoltes versées et se révélaient très efficaces au niveau du nettoyage du grain. Il se souvient d’une Claeys MZ assurant la moisson dans la ferme voisine dans la seconde moitié des années ’50 et qui fournissait un travail de grande qualité. Il reste marqué tant par la machine elle-même et le son de son moteur Perkins P6 que par la personnalité de son propriétaire, entrepreneur, mécanicien et « bricoleur-inventeur » de talent ; il n’hésitait pas à modifier ses machines voire à en fabriquer, comme ce fut le cas d’une presse automotrice.

Si cette photo en noir et blanc semble sortie d’un album des années ’60, elle a été prise  en juillet 2018, comme en atteste la taille des ballots de paille en arrière-plan.
Si cette photo en noir et blanc semble sortie d’un album des années ’60, elle a été prise en juillet 2018, comme en atteste la taille des ballots de paille en arrière-plan.

Claeys n’était par ailleurs pas une marque inconnue pour la famille Becue puisque plusieurs de ses membres y travaillaient, dont certains ont occupé une place privilégiée. Il en était ainsi de Frans Decoene, qui n’était autre qu’un oncle de Marc, Daniel et Dominique. Frans était ingénieur chez Claeys. Déjà actif lors de la conception de la MZ, il a été en charge de l’élaboration de la nouvelle M103. De ce fait, plusieurs Claeys ont fait leur apparition dans la famille.

Si aujourd’hui la moisson s’effectue essentiellement avec une plus récente New Holland TX 34, les trois frères prennent plaisir à faire récolter leurs vieilles machines chaque année. « Si elles avancent moins vite que les matériels actuels, elles continuent à fournir un travail de bonne facture. Il faut toutefois prévoir des remorques aux flancs suffisamment bas car les goulottes ne permettent pas la vidange dans les bennes modernes. Et puis, ces machines permettent de renouer avec des sensations du passé. C’est un peu sentimental » confie Marc, en évoquant ce qui peut être assimilé à une sorte de madeleine de Proust.

Et Marc de poursuivre ensuite avec un retour dans le passé, en parcourant l’historique de chacun de ses modèles.

Claeys MZ, la première automotrice

La production de la Claeys MZ débute en 1952. Présentée au salon de l’agriculture de Paris, elle y fait sensation : c’est la première moissonneuse-batteuse automotrice européenne. Et elle se révèle particulièrement moderne pour l’époque.

La documentation originale fait référence aux points forts suivants : rendement, construction robuste, maniabilité et facilité d’entretien. La table de coupe (de 2,50 m, 3 m, 3,60 m ou 4 m) est dotée d’un rabatteur à longues griffes se révélant très efficace dans les récoltes versées et bien plus performant que les modèles à lattes de bois présents chez certains concurrents. Commandé hydrauliquement depuis le poste de conduite, sa vitesse peut être réglée indépendamment de la vitesse d’avancement.

Cette Claeys MZ livrée en août 1958 récolte des céréales depuis 60 ans
!
Cette Claeys MZ livrée en août 1958 récolte des céréales depuis 60 ans !

La vis sans fin de grand diamètre dispose déjà de doigts escamotables ; sa vitesse et sa hauteur peuvent être ajustées. La hauteur de coupe est réglable hydrauliquement de 5 à 70 cm, tandis qu’un système de suspension par ressorts protège la coupe en terrains difficiles.

Le battage est assuré par un batteur de 60 cm de diamètre et 1,030 m de largeur, associé à un contre-batteur à 14 battes. Des tôles d’ébarbage peuvent compléter le dispositif en orge et procurer un grain parfaitement poli. Selon Claeys, ces organes permettent de séparer jusqu’à 92 % du grain.

Les secoueurs sont au nombre de 5 et sont montés sur des roulements à billes étanches, plutôt que sur les plots en bois traditionnellement rencontrés. Si la structure des secoueurs est fabriquée en bois, les cribles sont métalliques et offrent une surface totale de 3,6 m². Enfin, le nettoyage est assuré par deux grilles et un ventilateur réglable.

La boîte de vitesses comporte 4 rapports avant et une marche arrière. Un variateur de vitesse à commande hydraulique permet par ailleurs de moduler la vitesse d’avancement de 0 à 20 km/h sans discontinuité. La polyvalence de cette machine a été prise en compte par le constructeur puisque Claeys vante son système de traction universel permettant la monte de pneus de différentes tailles, voire de chenilles métalliques destinées aux rizières, tout en préservant les capacités de traction et de freinage originales.

Sur la Claeys MZ, l’armature des secoueurs est construite en bois  alors que les cribles sont métalliques.
Sur la Claeys MZ, l’armature des secoueurs est construite en bois alors que les cribles sont métalliques.

La Claeys MZ peut être livrée avec une plate-forme d’ensachage et un trieur ou avec une trémie de 1.500 l. La liste des options est longue ; s’y retrouvent notamment un hache-paille, une presse botteleuse à deux liens, un pick-up pour ramassage d’andains, un récupérateur de balles, une trémie de 2.000 l…

La famille Becue a acquis sa Claeys MZ il y a une vingtaine d’années. Il s’agissait d’une machine que Marc connaissait bien. Elle appartenait à un agriculteur de la région de Thuin, qui en possédait deux. Lorsque celui-ci décida de se défaire de l’une d’elles, il contacta Marc qui ne tarda pas à revenir avec celle-ci par la route, avec sa coupe de 3 m et toute la documentation d’époque : livret d’instructions, livre de pièces et bon de livraison.

Ce dernier, datant du 16 août 1958, mentionne : « 1 moissonneuse-batteuse Claeys Type MZ – nº27977 – 3 m – moteur Perkins P6 – complète + éclairage ». Après une légère révision d’usage, cette machine poursuivit son labeur dès la saison suivante, sans jamais connaître de défaillance importante. « Difficile d’imaginer une telle fiabilité avec les matériels d’aujourd’hui… » souligne Marc.

Claeys M103, élaborée par l’oncle, conduite par les neveux

En 1958 apparaît la Claeys M103. Frans Decoene participa de façon très active à l’élaboration de cette nouvelle machine et était chargé de sa supervision. La Claeys M103 conserve les qualités qui ont fait la renommée de la MZ mais, par rapport à celle-ci, différentes améliorations lui sont apportées.

À titre d’exemple, la position plus basse du poste de conduite offre une meilleure visibilité sur la coupe. Bien construite, la M103 acquiert rapidement une réputation enviable et connaît un réel succès commercial. 27.510 unités tomberont ainsi des chaînes de montage entre 1958 et 1967.

La puissance d’environ 80 ch de la machine est fournie par un moteur qui, en fonction de la période et/ou du pays de commercialisation, peut être de marque Perkins, Ford ou Deutz. Le système de battage est directement dérivé de la MZ. La vitesse du batteur peut être modulée entre 400 et 1.100 tr/min. Il en est de même de la table de coupe, au niveau de laquelle le constructeur insiste dans sa documentation que la vis sans fin ne nécessite aucun graissage.

Les silhouettes surannées de la MZ et de la M103 tranchent  avec celles beaucoup plus modernes des éoliennes.
Les silhouettes surannées de la MZ et de la M103 tranchent avec celles beaucoup plus modernes des éoliennes.

La M103 se démarque de la MZ par le nombre de secoueurs : 4 au lieu de 5. Également montés sur roulements à billes étanches, leur construction est cependant entièrement réalisée en acier. La surface de séparation est portée à 3,7 m².

Le caisson de nettoyage se caractérise par de grandes surfaces de grilles pour l’époque, avec des dimensions de 1 m x 1,5 m pour la grille supérieure et d’1 m x 1,05 m pour la grille inférieure. Si la grille supérieure est réglable, la grille inférieure est interchangeable. Il est toutefois possible, sur demande, d’opter pour une grille inférieure réglable.

Le grain propre est transporté dans une trémie à vidange rapide de 2.000 l. Au niveau des options, relevons la possibilité d’équiper la moissonneuse-batteuse d’une direction assistée ou d’un chariot de transport pour la barre de coupe.

Deux exécutions particulières de la M103 figurent au catalogue Claeys : d’une part, la M103R, prévue pour les rizières et caractérisée par un système de battage spécifique et la monte de pneus rizière 18x26 ou de chenilles, et d’autre part la M103M, destinée à la récolte du maïs.

Cette dernière version est dotée d’une table de coupe très profonde et tout à fait particulière : celle-ci est munie d’un rabatteur à 3 pans (au lieu de 5) assurant une alimentation régulière sur 3 à 5 rangs de maïs. Une fois sectionnées par la lame de coupe, les tiges de maïs tombent sur des tapis d’amenée garnissant le fond du tablier et occupant toute la largeur de la barre de coupe, jusqu’à ce qu’elles soient prises en charge par la vis sans fin, puis par le convoyeur et, enfin, par un système de battage spécial.

Grâce à cet équipement original, la Claeys M103 était capable de récolter le maïs, et cela en tous sens, indépendamment de l’orientation des lignes de maïs.

La Claeys M103 ici présentée date de 1964. Elle fut acquise par un oncle de Marc en 1966 après avoir effectué deux saisons chez un entrepreneur et marchand/réparateur de machines agricoles dans le Nord du pays.

Marc se rappelle que cette machine est venue de Flandre par la route, de nuit, jusqu’à Waterloo. Cela fait à présent une dizaine d’années qu’elle a rejoint la MZ et la M140 dans les champs des frères Becue.

« C’est une machine que je connais depuis très longtemps. J’ai passé d’innombrables heures dessus quand j’étais jeune, debout à côté de mon oncle. Lorsqu’il a été question de la vendre, nous n’avons pas hésité longtemps pour la reprendre. C’est une machine épatante car elle affiche de très nombreuses heures de travail au compteur. Elle a beaucoup travaillé et dans toutes les conditions. Pourtant, elle fonctionne toujours comme au premier jour. Par rapport à la MZ, il faut reconnaître qu’elle est plus souple à conduire et que le poste de conduite abaissé offre un net avantage en matière de visibilité mais, chaque médaille ayant son revers, il est aussi plus exposé à la poussière… », analyse Marc.

Clayson M140, pour les « aristocrates » de la moisson

Quant à la troisième machine, la Clayson M140, elle date aussi de 1964. Elle a été achetée d’occasion en 1981 et a assuré la moisson sur les exploitations de Dominique et Daniel jusqu’à l’acquisition de la New Holland TX 34 il y a quelques années. « Nous nous sommes refusés à la vendre et continuons de l’utiliser en appoint de la TX 34 », dit Marc.

« Comparativement à la M103 qui est de la même année, il est clair que des efforts importants ont été entrepris par le constructeur pour accroître les capacités mais aussi le confort du conducteur. Le design de la machine la rendait aussi beaucoup plus moderne ». Dans ses prospectus d’époque, le constructeur n’hésite d’ailleurs pas à prétendre que le propriétaire d’une M140 fait partie de « l’Aristocratie de la moisson ».

Lancée en 1963, cette nouvelle série de moissonneuses-batteuses comporte 4 modèles : les M122, M133, M135 et M140. Si les M133 et M135 conservent le même batteur de 1.030 mm de large et 600 mm de diamètre que sur les générations précédentes, il n’en est pas de même pour les deux modèles d’entrée et de sommet de gamme.

La Clayson M140 arbore un design résolument plus moderne.
La Clayson M140 arbore un design résolument plus moderne.

Ainsi, la M122 adopte un batteur de 46 cm de diamètre. La M140, le plus gros modèle, hérite d’un nouveau batteur de plus grande capacité, mesurant 600 mm de diamètre et 1.255 mm de large. Doté de 8 battes, sa vitesse est réglable de 450 à 1.050 tr/min. Le contre-batteur à 14 battes se distingue par un angle d’enveloppement de 112º et par son extension en forme de peigne augmentant encore la surface de séparation. La capacité de séparation annoncée par Clayson est de 95 %.

Les profil et inclinaison des secoueurs ont également été revus pour accroître les capacités de l’engin. L’ajout de crêtes au niveau des secoueurs rend le secouage plus énergique. Les secoueurs, d’une longueur de 3,80 m, offrent une surface de 4,88 m². La capacité de la trémie a été augmentée à 2.650 l.

Quatre dimensions de table de coupe sont proposées : 4,20 m, 4,80 m, 5,40 m ou 6,60 m. Celle-ci, protégée par une suspension oléo-pneumatique, est pourvue d’un nouveau système d’entraînement de la lame, via un balancier horizontal, ne générant ni vibrations ni efforts anormaux. Cette nouvelle coupe autorise des vitesses d’avancement supérieures, y compris en conditions défavorables.

La difficulté ? Trouver des pièces

Les Claeys MZ et M103 ainsi que la Clayson M140 sont indiscutablement des modèles emblématiques, qui ont marqué de leur empreinte la mécanisation des travaux agricoles dans nos campagnes et qui ont projeté la fabrique de moissonneuses-batteuses de Zedelgem à l’avant-plan. Cette dernière est aujourd’hui, au niveau mondial, un centre de recherche technologique et une usine de premiers plans dans le développement et la construction de moissonneuses-batteuses.

Alors que nous sommes sur le point de prendre congé de nos hôtes, Daniel, Dominique et Marc nous réservent une dernière surprise : une seconde Claeys MZ ! Antérieure à 1958, sa datation n’a pas encore été définie précisément. Des recherches sont à effectuer au départ de son numéro de série.

La Claeys MZ avale les derniers épis de froment.  Elle met ainsi un terme à la moisson 2018, sa soixantième !
La Claeys MZ avale les derniers épis de froment. Elle met ainsi un terme à la moisson 2018, sa soixantième !

Cette machine, disposant d’une plate-forme d’ensachage en lieu et place de la trémie, est en cours de restauration. Actuellement partiellement démontée, Marc s’affaire à lui redonner vie. Passionné, le courage et l’envie ne lui manquent manifestement pas. Même si quelques obstacles se dressent encore devant lui, nul doute qu’il parviendra à ses fins.

« Cette restauration est déjà bien avancée. J’espère pouvoir remonter cette MZ dans un futur relativement proche. La difficulté principale, c’est de trouver des pièces, surtout lorsque celles-ci sont spécifiques. Sur cette machine, il me manque le tambour trieur surplombant les bouches d’ensachage et il semble quasiment introuvable… Au pire des cas, j’essaierai d’en confectionner un moi-même », nous dit-il. Qui sait, peut-être l’un de nos lecteurs pourrait-il l’aider à trouver cette pièce rare ?

N.H.

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