Le secteur laitier enregistre désormais sa consommation d'antibiotiques

Avec l’enregistrement obligatoire des antibiotiques dans Bigame, un benchmarking va pouvoir être réalisé et permettre ainsi aux éleveurs laitiers de comparer leurs pratiques.
Avec l’enregistrement obligatoire des antibiotiques dans Bigame, un benchmarking va pouvoir être réalisé et permettre ainsi aux éleveurs laitiers de comparer leurs pratiques. - P-Y L.

L’enregistrement de l’utilisation d’antibiotiques dans les élevages de bovins laitiers doit permettre de mieux suivre l’évolution de leur consommation. La participation du secteur montre également sa volonté de contribuer aux efforts de réduction énoncés dans la « Convention antibiotiques ». Dans cette dernière, pouvoirs publics et secteurs concernés se sont, entre autres, engagés en 2016 à réduire d’ici 2020 de 50 %, par rapport à 2011, l’ensemble de la consommation d’antibiotiques chez les animaux.

L’usage d’antibiotiques sélectionne en effet les bactéries résistantes et détruit la flore intestinale normale et vitale. Les infections causées par des bactéries résistantes sont plus difficiles à traiter et représentent donc un réel danger pour la santé et le bien-être des animaux et des humains. La résistance aux antibiotiques peut également être transmise de l’animal à l’homme, et inversement ! Ce risque existe particulièrement chez les éleveurs, en contact étroit avec les animaux. Mais les contacts indirects au sein de notre environnement peuvent également entraîner la transmission de la résistance. Utiliser moins d’antibiotiques est donc essentiel !

Le dernier rapport de BelVetSac (Belgian Veterinary Surveillance of Antibiotic Consumption) montre que 24 % des objectifs de réduction doivent encore être réalisés, et ce en trois ans. C’est pourquoi il est indispensable de miser pleinement dans les prochaines années sur l’information, la sensibilisation et le suivi des utilisateurs et des fournisseurs d’antibiotiques, et ce, dans tous les secteurs. L’enregistrement de la consommation d’antibiotiques dans les exploitations laitières belges représente donc une avancée importante.

Un benchmarking pour y remédier

L’intérêt de disposer de données propres à chaque élevage est de permettre des analyses de benchmarking personnalisées. Le résultat des analyses est envoyé aux éleveurs et aux vétérinaires dans un rapport de benchmarking individuel.

Notons que le benchmarking revient en fait à la comparaison des exploitations entre elles. Des valeurs limite sont établies sur la base de cette comparaison. Ces valeurs permettent la répartition des exploitations en trois groupes : celui des faibles consommateurs, celui des consommateurs se situant dans la zone de vigilance et celui des gros consommateurs. Ce principe est appliqué indépendamment de l’espèce animale, mais les valeurs limite diffèrent évidemment en fonction de l’espèce animale et même de la catégorie animale.

Tant pour les éleveurs que pour les vétérinaires

Tout d’abord, les gros consommateurs, ceux qui se situent dans la « zone rouge », doivent fournir des efforts particuliers pour réduire leur utilisation d’antibiotiques. Une collaboration étroite entre l’éleveur et le vétérinaire d’exploitation est ici capitale. L’unité « Avis et communication » de l’Amcra, le Centre de connaissances concernant l’utilisation d’antibiotiques et la résistance à ces substances chez les animaux , a récemment publié un modèle de « Plan d’approche », un outil permettant au vétérinaire et à l’éleveur de mettre en évidence de manière structurée les causes d’une consommation élevée d’antibiotiques. Ils peuvent ensuite identifier les points d’action, énoncer des objectifs spécifiques à l’exploitation et convenir des mesures à prendre. Un plan d’approche peut aussi apporter une aide précieuse aux exploitations se situant depuis longtemps dans la zone de vigilance pour qu’elles parviennent à réduire durablement leur consommation d’antibiotiques tout en préservant la santé et le bien-être des animaux.

Les premiers rapports de benchmarking pour les éleveurs du secteur laitier seront réalisés dans le courant de 2019. Aujourd'hui, l’accent est mis sur le bon démarrage de l’enregistrement des antibiotiques utilisés. Les analyses pertinentes ne sont en effet possibles que si elles sont basées sur des données correctes. Les éleveurs et les fournisseurs d’antibiotiques jouent dans ce processus un rôle central.

Les vétérinaires feront aussi prochainement l’objet d’un benchmarking afin de pouvoir confronter ceux qui prescrivent ou fournissent trop d’antibiotiques avec leur pratique. Le benchmarking des vétérinaires, couplé à celui des éleveurs, permet de couvrir la totalité de l’utilisation d’antibiotiques en médecine vétérinaire.

Un enregistrement correct est donc essentiel

IKM-Vlaanderen demande à ses producteurs laitiers d’utiliser le système de collecte de données du Registre AB. Ce système, qui existe depuis 2014, est aujourd’hui une asbl indépendante réunissant Belpork, Belplume et IKM-Vlaanderen. Dans le Registre AB, ce sont les fournisseurs d’antibiotiques qui doivent enregistrer la quantité d’antibiotiques livrée. Ce sont principalement les vétérinaires qui le font, mais cela peut aussi être les pharmaciens et les fabricants d’aliments composés pour animaux. L’enregistrement doit s’effectuer pour quatre catégories de bétail laitier : les veaux de moins de 3 mois, ceux âgés de 3 à 8 mois, le jeune bétail âgé de 24 mois maximum et le bétail laitier de plus de 24 mois. La catégorie « autre » est prévue pour les taureaux, les vaches allaitantes et le bétail viandeux.

Les éleveurs sont responsables de l’enregistrement correct et complet des données et doivent donc les contrôler régulièrement. Un élément important de l’enregistrement des données est la date limite à laquelle il doit être fait. Les antibiotiques utilisés durant un mois doivent être consignés dans le Registre AB au plus tard le 6e jour du mois suivant. Le site www.abregister.be fournit de plus amples informations sur le fonctionnement et l’utilisation du Registre AB pour le bétail laitier. On y trouvera aussi les coordonnées du service d’assistance.

En Wallonie, c’est QFL-QMK qui chargent leurs affiliés d’enregistrer leur utilisation d’antibiotiques dans Bigame (Base Informatique de Gestion des Antibiotiques et des Médicaments en Élevage). Ce système, mis sur pied par l’Arsia et l’Awé, existe depuis 2015. Il a été greffé sur Cerise et My@wenet, deux portails destinés aux éleveurs et vétérinaires. Il fonctionne selon les mêmes principes que le Registre AB, à la différence que les seuls fournisseurs y ayant accès sont les vétérinaires. Le site www.arsia.be donne de plus amples informations sur le fonctionnement et l’utilisation de Bigame.

En définitive, l’enregistrement de l’utilisation d’antibiotiques vise une vision globale et permet son benchmarking. Dans un prochain article, nous approfondirons le contenu du rapport de benchmarking. Une chose est d’ores et déjà certaine : plus les données seront correctement et intégralement enregistrées, plus leur analyse sera pertinente et le rapport utile.

D’après l’Amcra asbl