A l’épinette, quand on vise l’autonomie, la qualité prime sur la quantité

Jean-Marie et Arnaud Velghe, ont pu montrer les qualités de leurs croisées normandes lors de l’assemblée générale du Herd-book.
Jean-Marie et Arnaud Velghe, ont pu montrer les qualités de leurs croisées normandes lors de l’assemblée générale du Herd-book. - P-Y L.

Cest en 1959 que les parents de Jean-Marie s’installent en agriculture à Baugnies. Ils seront rejoints par ce dernier en 1988. Et, durant les 10 années qui suivent, ils continuent à pratiquer l’agriculture conventionnelle. La ferme a un avantage géographique certain. Sise en région limoneuse, elle est relativement proche d’une sucrerie. Betteraves sucrières, pommes de terre, petits pois et haricots... sont produites en grandes cultures.

C’était sans compter la construction de la ligne TGV, qui passe à 300 m de l’exploitation. « Ces travaux ont entraîné un remembrement qui a impacté l’organisation des 80 ha divisés en 42 parcelles. Du jour au lendemain, nous nous sommes retrouvés avec six parcelles de 6 à 28 ha », se souvient Jean-Marie.

Et parmi celles-ci, l’éleveur dispose d’un terrain de 16 ha (400x400m) avec une pente régulière de 3 %. « Elle était parfaite pour la plantation de pommes de terre, mais suite à de violents orages, les 2 ha au bas de la parcelle ont été noyés, rendant toute récolte impossible. Nous ne pouvions plus travailler de cette façon. Nous nous sommes alors intéressés à d’autres techniques culturales », poursuit-il.

Rendre au sol ce qu’il nous donne

C’est donc en 2000 que Jean-Marie se tourne vers l’agriculture de conservation. Techniques culturales simplifiées, non-labour, compostage des effluents d’élevage, semis direct, recours aux engrais verts, mise en place de tournières, bandes aménagées… Toutes ces techniques, mises en places pour lutter contre l’érosion, nous ont non seulement permis de réduire les heures de travail mais également des économies en carburant et donc de réduire nos émissions de CO2.

Cela va faire 20 ans que les Velghe sont dans ces pratiques et nous avons un bon taux d’humus dans les sols. Les apports en compost et en lisier sont complétés par des apports d’oligo-éléments et d’autres micronutriments utiles à l’activité microbienne des sols. Nous sommes dans une économie circulaire, à la recherche d’une autonomie maximale.

Notons que les 50 ha de grande cultures sont complétés par des cultures céréalières à vocation fourragère (10 ha).

Réhabiliter la grange en séchoir

Fort de son expérience, l’éleveur entame une réflexion sur l’alimentation des laitières. « Comment produire un foin de qualité tout en garantissant cette qualité pour nos animaux ? C’est de là qu’a germé l’idée de construire un séchoir en grange alimenté en partie par l’énergie solaire », se explique-t-il.

« Après différentes visites d’installations dans le Doubs (Fr) notamment, nous avons aménagé un hangar existant en séchoir. L’autoconstruction nous a permis de limiter les frais.»

La structure contient deux cellules de 9m x18 m et est dimensionné pour 40 laitières. « Nous pouvons sécher 5 ha à la fois. Dès que les cellules pleines, le foin est stocké dans un coin du hangar de manière à permettre de remplir à nouveau les cellules. Au moment d’affourager les bêtes, les coupes sont mélangées afin de donner une ration homogène tout au long de l’année.

«Maîtriser ce système n’a pas été une mince affaire », admet l’éleveur qui a d’abord connu une baisse de la production. L’expérience m’a permis une bonne maîtrise de l’outil. La moyenne d’étable s’est alors rétablie et l’effet santé du foin s’est confirmé.

Les 8ha de prairies non pâturées servent à produire le fourrage grossier qui sera séché pour produire un foin de qualité. Ce dernier leur permet d’être autonomes tant en énergie qu’en protéines. Pour ce faire certaines prairies contiennent des mélanges prairiaux à base de dactyle, fétuque, luzerne fléole et trèfle. ».

Notons que d’autres cellules de stockage de 35m³ accueillent différentes céréales et mélanges de céréales. Une fois par mois, le moulin mobile se rend sur l’exploitation pour réaliser les mélanges destinés à l’alimentation des laitières et du jeune bétail.

Une étable pensée pour une unité de travail

En 2010, Arnaud arrive sur la ferme avec le projet d’une nouvelle étable. L’idée ? Regrouper l’ensemble du troupeau sous un même toit afin de pouvoir gérer le cheptel avec une seule unité de travail. « Penser le bâtiment, c’était réfléchir au bien-être animal, et donc au confort des animaux! Nous avons donc opté pour une aire paillée, les caillebottis étant installés autour du robot et dans la zone où les vaches mangent. » Le bâtiment sera construit en 2014.

L’étable est pensée pour une unité de travail.
L’étable est pensée pour une unité de travail. - P-Y L.

« Nous avons attaché beaucoup d’importance à l’aération du bâtiment. Et, pour éviter les désavantages du paillage, nous nous sommes équipés d’une pailleuse suspendue. C’est d’autant plus important de pailler 2x/jour, pour garder les animaux propres, surtout en traite robotisée.

Afin de réduire la charge de travail, l’étable a été équipée d’un robot de traite et d’un robot pailleur.
Afin de réduire la charge de travail, l’étable a été équipée d’un robot de traite et d’un robot pailleur. - P-Y L.

Il est à noter qu’un râtelier a été placé au-dessus de la table d’alimentation. Jean-Marie se souvient: «Il y a 4 ans, les vaches ont consommé quotidiennement jusqu’à 24kg d’un foin séché trop riche et un peu trop déstructuré, entraînant notamment l’augmentation des taux cellulaires. » « le râtelier a pour but de réduire la vitesse d’ingestion des productrices à l’auge pour approcher celle qu’elles ont en prairie, ce qui permet une meilleure valorisation du fourrage.»

Le foin étant très appétent, un ratelier a été placé afin de forcer les vaches à manger à un rythme proche de celui du pâturage. Les productrices peuvent ainsi mieux valoriser le fourrage.
Le foin étant très appétent, un ratelier a été placé afin de forcer les vaches à manger à un rythme proche de celui du pâturage. Les productrices peuvent ainsi mieux valoriser le fourrage. - P-Y L.

La Normande pour améliorer la qualité du lait

La construction de l’étable coïncide avec une réflexion sur le troupeau.Si les deux leveurs veulent à s’inscrire dans une économie toujours plus circulaire dans un modèle plus résilient, ils doivent valoriser leur lait, d’où la nécessité d’améliorer leurs taux. Ils pensent alors au pro-cross, le croisement trois-voies, mais cette piste est rapidement abandonnée. La normande aura finalement leur préférence pour sa mixité, ses aptitudes fromagères et sa valorisation des fourrages grossiers. Elle s’inscrit donc parfaitement dans leur philosophie d’élevage.

Une fois le choix effectué, les Velghe privilégieront le croisement par absorption pour continuer sur leur lancée tout en se garantissant un revenu. Fin 2019, le troupeau se composait de 78 individus, 42 holstein, 34 normandes croisées et deux autres.

Selon les données d’élevage (cf. Tableau 1), on constate que plus on normandise le troupeau, plus les taux de matière grasses et de protéines augmentent. Le troupeau a donc gagné sur les deux premières années 0,2 % MG et 0,1 % sur les protéines. Ce n’est pas négligeable puisque l’éleveur est payé à la matière utile et c’est ce qui permet de jouer aussi sur le plan de la transformation. Aujourd’hui, 65 % des vaches en production sont en première (+35 %) et en deuxième lactation. Jean-Marie s’attend à ce que les taux progressent encore d’année en année. L’année prochaine, l’effet système foin séché devrait être perceptible car il est toujours difficile pour une primipare d’exprimer son potentiel par rapport à un système.

Pâturage et méthode Pochon

En ce qui concerne le pâturage, Arnaud a tenu à mettre en pratique la méthode Pochon. L’objectif ? Assurer un pâturage tournant qui vient en complément au foin. Les 14 ha qui jouxtent l’exploitation sont donc répartis en 21 parcelles de 0,6ha, elles-mêmes divisées en 4 parties. La flore se compose de trèfle blanc et de graminées. Tous les deux jours, les vaches changent de parcelles, histoire de proposer aux laitière une herbe toujours appétente.

Dans ce système, les bêtes ne reviennent dans la première parcelle qu’après 42 jours, le temps nécessaire à l’herbe et aux légumineuses pour arriver au bon stade.

De l’autre côté de la route, on retrouve 14 parcelles de 0,5 ha sur lesquelles vont les jeunes bêtes. Elles ne changeront de prairies que tous les trois jours.

Une fromagerie et un magasin à la ferme

Soutenu par sa compagne, Arnaud s’engage dans la transformation du lait après avoir suivi plusieurs formations, au Carah (Ath) et à la Bergerie d’Acremont (Bertrix). A terme l’objectif est simple: transformer tout ce qui est produit en réduisant progressivement le nombre de laitières , sans nécessairement augmenter le nombre de litre par vache.

Dans l’atelier de transformation, la majorité du matériel a été achetée d’occasion pour réduire les coûts. Il est renouvelé au fur et à mesure.
Dans l’atelier de transformation, la majorité du matériel a été achetée d’occasion pour réduire les coûts. Il est renouvelé au fur et à mesure. - P-Y L.

« Au départ, je voulais produire des fromages à pâte cuite, de type comté mais mes formations m’ont poussé à diversifier les produits pour amener le client dans notre magasin. Nous produisons donc de yaourts, du beurre, du fromage à pâte dure (tomme), du camembert, de la glace, des desserts… Ce qui nécessite de matériel coûteux. « Pour les réduire, je me suis procuré du matériel d’occasion qu eje renouvelle au fur et à mesure. Ma formation de chauffagiste m’a vraiment permis de faire des économies pour adapter le matériel à notre utilisation », explique Arnaud.

Outre la production de beurre, camembert, yaourts, glaces... La famille Velghe produit la tomme de l’épinette qui a déjà été plusieurs fois primées, notamment par un coq de cristal en 2018.
Outre la production de beurre, camembert, yaourts, glaces... La famille Velghe produit la tomme de l’épinette qui a déjà été plusieurs fois primées, notamment par un coq de cristal en 2018. - P-Y L.

Les 90 % de la transformation sont vendues sur la ferme, les 10 % restant dans des petits magasins de la région. Près de 25 % du lait produit est transformé sur la ferme et valorisé à une moyenne d’1 €/l.

Depuis le début de l’année, les Velghe se sont récemment équipés d’un four. L’objectif ? Réaliser des biscuits, des tartes au maton, des meringues, et autres moelleux au chocolat… « Ma sœur est pâtissière et a rejoint notre atelier à raison de 24h/semaine. Ses productions amènes de la diversité dans notre gamme », sourit-il.

Depuis le début de cette aventure, Arnaud a remporté plusieurs prix avec son fromage dont un Coq de Cristal à Libramont en 2018. Une belle reconnaissance pour un fromager qui venait à peine de s’installer !

P-Y L.