Les MAEC en détail: diminuer la charge à l’hectare pour davantage d’autonomie fourragère (MB9)

Les MAEC en détail: diminuer la charge à l’hectare pour davantage d’autonomie fourragère (MB9)

D’une manière générale, les méthodes wallonnes de base sont appliquées « à la carte » sur certaines parcelles, sans impact sur les autres parcelles de l’exploitation. À l’inverse, la méthode « autonomie fourragère » est une méthode dite globale car elle vise la totalité des superficies fourragères, et essentiellement de prairies permanentes de l’exploitation.

Cette méthode encourage avant tout les éleveurs à s’inscrire dans un système de production animale autonome basé sur la capacité de nourrissage à l’herbe et aux cultures fourragères produites sur l’exploitation. L’ancien nom de la méthode « autonomie fourragère » mettait moins en avant les côtés positifs mais était plus explicite : la faible charge en bétail. En effet, le principal point du cahier des charges consiste à respecter une charge limitée, sur l’ensemble de l’exploitation.

Par rapport à un élevage classique, basé sur une association herbe ensilée, maïs et soja avec une charge de plus de 2,5 UGB/ha de surfaces fourragère, l’élevage en autonomie fourragère présente des risques réduits pour l’environnement. C’est particulièrement le cas pour la protection des eaux. Il limite également les émissions de gaz à effet de serre (moins de bétail, peu ou pas d’aliments et d’engrais venant de l’extérieur de la ferme). En outre, des études ont montré que l’utilisation limitée d’engrais et d’amendements permet de retrouver une proportion plus élevée de prairies riches en biodiversité dans ces fermes. Il s’agit donc d’une méthode particulièrement compatible et cumulable avec les autres méthodes concernant les prairies, qu’il s’agisse de la prairie naturelle, de la prairie à haute valeur biologique ou de l’agriculture biologique.

Le principal point du cahier des charges de l’autonomie fourragère (MB9)  consiste à respecter une charge limitée, sur l’ensemble de l’exploitation.
Le principal point du cahier des charges de l’autonomie fourragère (MB9) consiste à respecter une charge limitée, sur l’ensemble de l’exploitation.

La mesure concerne aujourd’hui 1.100 agriculteurs pour 17% des prairies permanentes en Wallonie.

La méthode aide les éleveurs qui ont un système de production animale soutenable sur le long terme, essentiellement basé sur la capacité de nourrissage du bétail avec les fourrages produits sur l’exploitation, même en cas de conditions climatiques moins favorables comme les sécheresses de ces dernières années. C’est pour maintenir ou adopter ce mode d’élevage que les agriculteurs sont rémunérés, pour compenser la perte de revenu qui y est liée.

Rentrons un peu dans le détail

L’administration calcule le nombre de bêtes détenues sur l’exploitation qui souhaite s’engager, en utilisant le système de comptage des UGB (pour Unité Gros Bétail). Cette méthode présente l’avantage de pouvoir comptabiliser en même temps des vaches (1 UGB), du jeune bétail (entre 0,4 et 0,6 UGB), des chevaux (1 UGB) et des moutons (0,15 UGB).

Une fois cette charge en bétail calculée, l’administration se penche sur les superficies fourragères de l’exploitation. Si l’exploitant présente une charge en bétail comprise entre 0,6 et 1,4 UGB par hectare, il rentre dans les critères de la méthode. Il peut dès lors bénéficier d’un soutien s’élevant à 120 euros par hectare de prairie permanente.

Prenons un exemple concret : une ferme d’élevage dispose d’une superficie de 50 hectares, répartis entre 40 hectares de prairies permanentes et 10 hectares de maïs. Le troupeau est composé, en moyenne, de 40 vaches, 1 taureau, 30 veaux et 25 génisses, ce qui correspond à 68 UGB, soit une charge moyenne de 1,36 UGB par hectare. Cette ferme pourrait dès lors s’engager en MB9 et toucherait 4.800 euros par an pour les 40 ha de prairies.

Il existe également une variante moins exigeante de la méthode, réservée aux agriculteurs situés en dehors de la zone vulnérable pour le nitrate. Pour cette variante, l’agriculteur doit présenter une charge inférieure à 1,8 UGB par hectare. L’indemnisation est alors de 60 € par hectare de prairie permanente. Cette variante représente environ 20 % des engagements.

Vous l’aurez compris : cette méthode semble sans doute inaccessible aux fermes où la charge en bétail est élevée. En revanche, les fermes avec une charge modérée et proche du seuil d’engagement peuvent la maintenir, voire réduire leur cheptel de quelques bêtes tout en améliorant leur bilan financier et leur charge de travail.

Elle est bel et bien destinée aux éleveurs, et pas simplement aux détenteurs de prairies. En effet, si la charge en bétail présente un plafond, la ferme doit également présenter suffisamment de bêtes pour atteindre la charge minimale de 0,6 UGB par hectare, faute de quoi les paiements sont réduits.

Comme il s’agit d’une méthode de base, vous n’avez pas besoin de l’intervention d’un conseiller pour vous engager. Si vous avez des questions, ce dernier pourra néanmoins y répondre. Vous trouverez les coordonnées sur www.natagriwal.be, en tapant le nom de votre commune, ou tout simplement en appelant le secrétariat au 010/47 37 71. Leur newsletter devrait donner prochainement des solutions pour faciliter le calcul de la charge.

Des questions techniques au sujet du cahier des charges de cette MAEC?

Natagriwal répond aux quatre questions les plus fréquentes.

Quelles sont les prairies qui sont primées ?

Les prairies s’entendent comme suit : toute prairie ou culture fruitière pluriannuelle-haute tige déclarée au système intégré de gestion et de contrôle (en abrégé : « SIGeC »), pour l'année en cours, à l'exception des prairies temporaires.

Quelles sont les surfaces prises en compte pour le calcul de la charge ?

Il s’agit des superficies fourragères, telles que reprises dans les codes cultures du groupe 1 (prairies et fourrages en BIO) : prairies permanentes (code 610,618,670,678,600,608), avec moins de 50 arbres fruitiers par ha (code 610), à vocation à devenir permanente (code 623), prairies temporaires (code 62), parcours porc et volaille (code 760), maïs ensilage (code 201), trèfles (code 72), luzerne (code 73, 56), lotier corniculé (code 57), sainfoin (code 58), navets fourragers (code 746), carottes fourragères (code 742), autres fourrages (code 743) et les mélanges de légumineuses fourragères + graminées prairiales (code 543). Un mélange céréales-légumineuse ne peut donc pas être pris en compte.

Le producteur doit-il déterminer les parcelles pour lesquelles il souhaite engager la MB9 ou est-ce d’office sur toutes les parcelles ?

La MB9 s'applique aux parcelles que le producteur désigne dans sa DS. L’exploitant doit donc demander l’aide uniquement sur les parcelles de prairies qui restent en prairie permanente durant la durée du contrat.

Est-ce qu’un éleveur, constatant qu’il sera limite pour rester sous le seuil de 1,4 UGB/ha, peut louer et déclarer des prairies supplémentaires le temps d’une année ?

Oui, à partir du moment où c’est lui qui les exploite réellement. Il les déclare à la pac et ces superficies supplémentaires interviennent dans son calcul de charge. Les parcelles de prairies supplémentaires (louées temporairement le temps d’une année) ne peuvent, par contre, pas comporter de demande d’aide pour un engage.

Une mesure complémentaire au passage en bio

Natagriwal est allé à la rencontre d’agriculteurs qui se sont engagés dans le programme agroenvironnemental pour leur poser quelques questions sur leur engagement. Cap sur l’Est de la Belgique, près de Malmedy, en direction de l’exploitation de Rainer Lentz.

Fin des années 90, Rainer reprend cette ferme d’environ 110 ha. Le bio fait déjà partie de ses objectifs mais d’une part, il ne souhaite pas réduire la taille de son cheptel et d’autre part, il ne possède pas assez de terrain. Confronté à ce dilemme, il y a 6 ans, il trouve un arrangement avec un collègue voisin qui souhaite arrêter de traire. « Les veaux femelles restent chez moi leurs 3 premiers mois de vie, ils partent ensuite chez mon confrère et reviennent chez moi pour le vêlage. » Et tout le monde y trouve son compte. Actuellement, il élève environ 130 vaches et quelques taureaux. Le passage en bio l’a naturellement conduit vers l’autonomie fourragère.

Qu’est-ce qui vous a motivé à vous engager dans le programme agroenvironnemental ?

Pour moi, le fermier doit agir avec correction et protéger la nature ! Les récentes sécheresses nous ont montré que nous, les agriculteurs, avions un rôle essentiel à jouer et qu’il était logique de l’endosser. De plus, les primes justifient à elles seules l’investissement réalisé. Il faut être honnête, si les primes n’existaient pas, certains agriculteurs ne s’engageraient pas.

Comment gérez-vous votre fourrage ?

Nous sommes en autonomie fourragère à 100 % sauf ces deux dernières années où la grande sécheresse que nous avons connue nous a conduits à acheter du fourrage non produit sur nos terres. Il y a 3 ans, nous avons investi dans un séchoir en grange. Cela prend un peu de temps à maîtriser, nous avons commis quelques erreurs au début mais maintenant, je peux dire que nous sommes rôdés.

Certains agriculteurs engagés en autonomie fourragère se trouvent confrontés à des prix du marché assez bas alors qu’ils doivent vendre leurs bêtes pour respecter la limite de 1,4 UGB. Que leur conseillez-vous ?

J’avoue ne pas être trop concerné par ce problème car nous disposons suffisamment d’hectares pour respecter la limite imposée. Mais à mes confrères qui se trouveraient face à ce dilemme, je leur conseillerais de ne pas attendre. Notre marché présente de telles incertitudes au niveau des prix qu’il ne sert à rien de patienter et courir le risque de perdre la prime. Il faut aussi tenir compte du fait que conserver les bêtes à la ferme représente un coût. L’un dans l’autre, la question est vite tranchée.

Mettez-vous en place d’autres pratiques favorables à l’environnement ?

La totalité de nos prairies sont permanentes. Et comme nous avons arrêté les engrais chimiques, nous avons pu passer 1 hectare de prairie, en MC4, prairie de haute valeur biologique. Nous avons creusé quelques mares agricoles. De nombreux arbres bordent nos prairies pour protéger notre bétail. Nous disposons également d’un vaste réseau de haies, entre 10 et 12 km.

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