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Si tous les producteurs et consommateurs se donnaient la main…?

Dernièrement, de nombreux articles dans « la voix de la terre », dans les quotidiens sur la réforme de la PAC ou l’excellente émission de la RTBF « investigation » ont mis l’accent sur une dure réalité : des produits – les pommes de terre ou les tomates « chimisées »- 50 fois plus chers en grande surface que le prix payé aux producteurs ou aux travailleurs à la base. Lors des différentes interventions et avis repris dans tous ces moyens de communication, apparaît la nécessité et la possibilité de s’organiser et réagir main dans la main, producteur et consommateur. Pas mal de nouvelles réalisations ont vu le jour. L’organisation du circuit court, les uns individuellement, d’autres plus structurés par exemple, en coopérative, et certaines depuis bien longtemps telle que Coprosain depuis 50 ans. Un espoir dans cet imbroglio dont l’enjeu est capital : nourrir demain sainement et à des prix socialement abordables tout en permettant aux producteurs de continuer à vivre de par leur travail.

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Par rapport aux marges entre le prix perçu par les producteurs et celui payé par le consommateur, il faudrait impérativement que l’état intervienne pour récupérer une partie de celle-ci. Il est prioritairement inadmissible que ce soit les producteurs qui, malgré le maigre prix qu’ils reçoivent pour leurs produits, doivent encore assumer le coût de tous les contrôles réalisés à tous les niveaux pour garantir la transparence et la qualité des produits. Tous les contrôles et les obligations d’analyse réalisées par l’Afsca tout le long de la chaîne de production, transformation et vente sont totalement pris en charge par les producteurs. Cela pèse lourdement sur les coûts de ces productions de type artisanal qui supportent les mêmes règlements Afsca que les fabrications industrielles.

D’autre part, les garanties que les producteurs veulent donner à leurs produits par des labels et cahiers de charges divers (bio, produits fermiers, « agriculture paysanne ») sont contrôlées par des organismes extérieurs qui coûtent cher et les frais sont également totalement pris en charge par les producteurs.

Il serait tout à fait impératif que ces contrôles soient supportés par l’État, toutes ces procédures diverses servent à garantir au maximum la qualité des produits et donnent ainsi un maximum de sécurité aux consommateurs. Pour financer cette sécurité alimentaire, l’État devrait prélever des taxes sur les marges bénéficiaires des grandes surfaces et de l’industrie agroalimentaire relevées plus haut.

Dans le cadre de la recherche de solutions à cette insupportable pression sur les producteurs qui dure depuis de longues années, plusieurs « combattants » proposent comme arme ultime le recours général à la grève, grève des achats des produits en grande surface, à commencer par les produits issus d’au-delà des frontières européennes. En plus des effets positifs de cette action sur la diminution de CO2 du fait de la diminution des transports mondiaux, elle pourrait augmenter la pression sur les effets des accords du Mercosur qui laissent entrer chez nous des produits hors CEE sans aucune garantie de qualité.

Dans l’optique d’une création plus positive, l’action devrait davantage se concentrer vers des rencontres producteurs-consommateurs dans le but de réaliser un large consensus production alimentation santé. Celui-ci devrait arriver à « fédérer » progressivement toutes les initiatives de circuits courts individuels et surtout les groupements coopératifs au sens large. Il serait peut-être ainsi possible de se mettre d’accord sur une plateforme minimum basée sur le respect du producteur et des consommateurs et la garantie de qualité des systèmes de production. L’objectif étant, à moyen terme, de retrouver du pouvoir sur l’alimentation de la population, à partir de la rencontre entre producteurs et consommateurs de plus en plus nombreux !

Jean Frison

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