La croisade des enfants de la terre

La croisade des enfants de la terre

Cela ne vous évoque-t-il rien ? En 2021, rien de nouveau sous le soleil de Satan : les grandes puissances mondiales échouent gravement à se coordonner en ordre de bataille pour lutter contre les grands maux de ce 21e siècle : changements climatiques, injustices Nord-Sud, catastrophes humanitaires, racisme et exclusions, épuisement des ressources naturelles, saccages écologiques, conflits armés, etc, etc. La pandémie de Covid-19 a bénéficié d’une attention davantage collective, tant la menace était grave et concrète, avec toutefois de déplorables distorsions de traitement entre régions du monde, selon leur richesse et leur niveau de développement. La campagne de vaccination illustre le manque désespérant de solidarité Nord-Sud ! Chez nous, elle progresse à pas de géant ; dans les pays pauvres, elle peine à démarrer, faute de moyens. On leur refile des médicaments sans grand intérêt, et les vaccins les moins prisés.

En 1212, l’échec de leurs dirigeants incita des « enfants » de France et d’Allemagne à essayer de régler eux-mêmes le problème. Ces « enfants » (« pueri ») étaient en réalité des pauvres gens, des invisibles, des sans-droit, pour la plupart adolescents, filles et garçons. Ils répondaient à l’appel d’aller libérer la Terre Sainte, lancé par des illuminés fous de Dieu. Deux colonnes de plusieurs dizaines de milliers de « croisés » partirent ainsi à pied pour Jérusalem, armés de leurs seules croyances, vêtus misérablement et sans aucune nourriture, en chantant des cantiques et récitant des psaumes tout au long de leur cheminement. Les grandes villes riches les chassaient sans pitié hors de leurs murs ; les paysans des campagnes leur donnaient du pain et des légumes, puisant dans leurs maigres réserves pour soutenir cette Croisade des Enfants. Le brigandage et les dangers de la route, la malnutrition, les maladies et l’épuisement coûtèrent la vie à 90 % d’entre eux ; les survivants se dirigèrent vers la Méditerranée, persuadés qu’elle allait s’ouvrir comme la Mer Rouge devant les Hébreux de Moïse fuyant l’Égypte. Le miracle n’eut point lieu -tu m’étonnes !- et les « enfants » s’embarquèrent sur les navires d’un « généreux » capitaine qui acceptait de les aider, mais qui vendit les filles à des maisons closes et les garçons comme esclaves à Alexandrie ! Ainsi s’acheva la désastreuse et pitoyable Croisade des Enfants, moquée par les puissants et pleurée par les paysans. Le Diable en rit encore !

Encore une fois, cette effroyable mésaventure ne vous renvoie-t-elle pas à une croisade bien actuelle, fort semblable ? Et à d’autres, celles que mènent les enfants de la terre ? Faites-vous partie de ceux qui se tordent de rire quand ils voient Greta Thunberg se fâcher toute rouge devant les Grands de ce monde ? Quand ils écoutent les discours des jeunes pour le climat ? Quand ils découvrent en Inde la révolte des paysans juchés sur leurs petits tracteurs-jouets ? La petite Laponne au visage poupin s’époumone et gigote comme une marionnette au bout de ses fils ; elle dénonce l’échec des gouvernements à agir pour le climat, comme les « enfants » de 1212, motivés par l’échec des royaumes chrétiens à libérer le Tombeau du Christ. On la dit manipulée par les lobbies écologistes ; on les disait manipulés par des magiciens malfaisants, des hérétiques, des Musulmans. Faut-il croire les enfants ? Quand la jeunesse, ou un groupe sans pouvoir et sans représentation politique, s’empare d’une cause et la porte sur la place publique, la réaction agacée des instances dirigeantes n’est que méfiance et désinformation.

Nous autres agriculteurs, enfants de la terre par excellence, menons semblable croisade pour défendre notre métier, nos familles, notre mode de vie et sa sagesse ancestrale. Nos croyances et notre combat à mains nues font bien rigoler tous ceux qui nous tiennent pour de stupides culs terreux, tout juste bons à nous esquinter pour eux et vivre sous leur joug. Les industries agro-alimentaires, les commerces en amont et en aval de l’agriculture, les administrations publiques et les officines para-agricoles se moquent bien de notre cortège d’innocents, armés de notre seule foi, de nos prières et de nos mises en garde. Nous pouvons bien disparaître les uns après les autres, être réduits en esclavage ou prostitués par les aides PAC et les multiples directives, par l’endettement et les innombrables formalités, ils ne lèvent qu’un œil tantôt amusé, tantôt exaspéré sur l’agriculture et ses enfants de la terre, partis vers le néant pour une croisade sans retour, comme la Croisade des Enfants de 1212…

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