Lutte contre l’antibiorésistance en médecine vétérinaire: tenir bon la barre malgré un bilan mitigé

Derrière le veau de boucherie, le porc sevré est la  catégorie animale à consommer le plus d’antibiotiques.
Derrière le veau de boucherie, le porc sevré est la catégorie animale à consommer le plus d’antibiotiques. - Art by Pixel - stock.adobe.com

Afin de réduire l’antibiorésistance, il est extrêmement important de ne pas utiliser plus d’antibiotiques que nécessaire en misant sur l’adoption de mesures préventives. Les autorités et les secteurs partenaires de la convention antibiotiques 2016-2020 avaient fixé trois objectifs de réduction par rapport à 2011. La fin de la convention est marquée par la réalisation et le dépassement de l’objectif de réduction concernant les aliments médicamenteux contenant des antibiotiques. Une forte réduction entre 2011 et 2020 a été obtenue pour les deux autres objectifs, l’utilisation totale d’antibiotiques et l’utilisation des antibiotiques critiques, mais ces deux objectifs n’ont pas été atteints.

Par rapport à 2019, les résultats montrent une stabilisation en 2020 de la consommation totale d’antibiotiques et une légère augmentation des aliments médicamenteux contenant des antibiotiques. Cependant, la baisse globale de l’utilisation d’antibiotiques par rapport à 2011 reste supérieure à 40 %, de même que l’utilisation d’aliments médicamenteux enregistre toujours une diminution de plus de 70 %. Par contre, l’utilisation d’antibiotiques d’importance critique a subi une très forte hausse, de 32,1 %, par rapport à 2019 (Cf. tableau 1). Ce résultat est imputable à l’augmentation de l’utilisation des (fluoro)quinolones chez les poulets de chair. La réintroduction des articles de l’arrêté royal du 21 juillet 2016 sur l’utilisation des antibiotiques critiques chez les animaux garantira, espérons-le, une diminution de leur utilisation à partir de 2021.

« Tous les indicateurs ne montrent toutefois pas une tendance négative », souligne Fabiana Dal Pozzo, coordinatrice de l’Amcra. « L’utilisation de la colistine, un antibiotique de dernier recours en santé humaine, est en constante diminution en médecine vétérinaire, avec une baisse cumulative de 71,3 % par rapport à 2012 (- 11,3 % par rapport à 2019) ».

Dries Minnen, de l’Agence des médicaments, explique : « De plus en plus de bactéries deviennent résistantes aux antibiotiques. Chaque année, 7.000 personnes meurent dans le monde en raison de la résistance aux antibiotiques. D’ici 2050, ce nombre passera à 10 millions de personnes par an si nous n’apportons pas de solution. Cela aura un impact majeur sur la santé publique. À titre de comparaison, le coronavirus a causé jusqu’à présent près de 4 millions de morts dans le monde. Heureusement, on observe une tendance à la baisse du nombre de souches d’E. coli multirésistantes provenant d’animaux, tout comme on observe une tendance à la baisse de la résistance aux antibiotiques d’importance critique. Ce que nous faisons fonctionne donc, et a un effet sur notre santé et celle des animaux. »

Utilisation d’antibiotiques par secteur animal

Le BD100 (traitement sur 100 jours) est le nombre qui indique combien de jours un animal reçoit un traitement antibiotique en 100 jours de présence dans l’exploitation. Ce chiffre est calculé par catégorie d’animaux : porc de reproduction, porc sevré, truie et verrat, poulet de chair, poule pondeuse et veau de boucherie.

L’utilisation d’antibiotiques était la plus élevée chez les veaux de boucherie avec une BD100 médiane de 21,39. Cela signifie que 50 % des élevages de veaux de boucherie administrent des antibiotiques aux animaux de moins de 21,39 sur 100 jours, mais aussi que 50 % des élevages le font sur plusieurs jours. On constate toutefois une baisse de 21 % par rapport à 2018 (26,92).

Le « porc sevré » est la catégorie animale qui obtient le deuxième score le plus haut, à savoir 17,64. Par rapport à 2018, on note une baisse de 10 %. Les plus gros utilisateurs ont une utilisation plus importante chez les porcelets sevrés que chez les veaux de boucherie.

En troisième position suivent les poulets de chair avec un BD100 médiane de 5,92. Cela représente une diminution de 4 %. Une augmentation de l’utilisation des antibiotiques a été observée pour les verrats et les truies (+5 %) et pour les poules pondeuses (+60 %).

Les Pays-Bas font mieux

Tous les résultats ont été publiés dans le rapport BelVet-SAC, commandé par l’agence des médicaments. « Les 2 principales sources des chiffres du rapport sont les distributeurs en gros et les entreprises d’aliments composés qui ont des licences pour les aliments médicamenteux », explique Jeroen De Wulf (Amcra).

« Pour calculer l’utilisation des antibiotiques, nous examinons la quantité d’animaux (biomasse) et la quantité d’antibiotiques utilisés. L’utilisation totale d’antibiotiques n’a pas diminué entre 2019 et 2020. Nous constatons plutôt une stagnation. C’était une année spéciale pour beaucoup de raisons, dont la pandémie qui nous a tous touchés. Celle-ci a probablement rendu plus difficile la relation entre le vétérinaire et l’éleveur. Les efforts de réduction ont donc été mis en attente pendant un certain temps. Nous avons tout de même obtenu de beaux résultats, mais cela ne veut pas dire qu’il est temps de se reposer. »

M. de Wulf lance un appel à tous pour qu’ils reprennent leurs efforts et continuent à travailler sur la voie de la réduction. « Le nouvel objectif d’utilisation totale des antibiotiques d’ici 2024 est une réduction de 65 % par rapport à 2011. C’est ce à quoi nous nous attelons. Si l’on considère le reste de l’Europe, la Belgique se situe quelque part dans la moyenne en ce qui concerne l’utilisation des antibiotiques. Nous avons commencé comme l’un des pays où l’utilisation est la plus élevée. L’évolution est donc positive. Mais nous pouvons encore faire beaucoup mieux. Surtout si l’on considère nos pays voisins. Les Pays-Bas ont une production intensive similaire, mais font beaucoup mieux en matière d’utilisation des antibiotiques. »

Une nouvelle convention antibiotiques 2021-2024

Conscients des efforts qui sont encore à réaliser, l’Autorité fédérale et les secteurs partenaires ont signé une nouvelle convention antibiotiques 2021-2024 en début d’année 2021. Elle comprend de nouveaux objectifs de réduction et des engagements de la part des secteurs et de l’autorité.

Des démarches supplémentaires ont été entreprises pour mettre sur pied un plan national d’action One-health de lutte contre la résistance antimicrobienne (et une structure de gestion. Ce plan favorise la collaboration entre les secteurs de la santé humaine, animale et de l’environnement ainsi qu’entre les divers services publics fédéraux et entités fédérées. Il prévoit, pour le pilier de la santé animale, des objectifs stratégiques et opérationnels, intégrant notamment ceux définis dans le plan Vision 2024 de l’Amcra et dans la convention antibiotiques 2021-2024.

D’après Sanne Nuyts

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