2020-2021, la saison des extrêmes climatiques… et des prix records pour le colza d’hiver

Levée du colza en deux temps, dans un sol  toujours très sec depuis le semis.
Levée du colza en deux temps, dans un sol toujours très sec depuis le semis. - Cepicop

Avant de faire le point sur les rendements, il est bon de revenir sur le déroulement de la saison en épinglant quelques faits marquants.

L’année 2020 a été caractérisée par une sécheresse extrême et des températures caniculaires au printemps et en été. Les semis de colza d’hiver ont été réalisés dans des sols très secs rendant leur préparation très difficile et la levée de la culture très compliquée. Suite au manque flagrant d’humidité dans le sol, certains semis ont été reportés dans l’attente d’une pluie, voire annulés après la période idéale de semis. La surface du colza d’hiver a ainsi encore été réduite chez nous (8.023 ha en 2020) et dans nos pays voisins.

Le retour des pluies n’a eu lieu que fin septembre ce qui, d’une part, a stimulé les colzas déjà levés et, d’autre part, a fait germer les semences restées intactes dans le sol sec depuis le semis. De nombreuses parcelles présentaient des irrégularités de levée. Les semis précoces avec une levée rapide favorisée par une pluie étaient les plus réguliers.

L’arrivée des altises a été suivie dans le cadre du réseau d’observations mis en place par le Cepicop. Celles-ci ont été plutôt discrètes à l’automne dernier, malgré les conditions estivales en début de végétation. Toutefois, la présence de larves d’altises observées dans les tiges au printemps indique que les adultes ont pu pondre à l’automne et que ces larves, bien logées dans les pétioles des feuilles, se sont dirigées vers le cœur de la plante lors du gel très marqué du mois de février. Les tiges présentant des galeries dues aux attaques d’insectes ravageurs ont moins bien alimenté les plantes, les rendant ainsi plus sensibles à la verse rencontrée en fin de végétation.

Enfin, les mauvaises herbes ont été plus difficiles à maîtriser à cause de la sécheresse qui avait aussi empêché la germination des repousses de céréales avant les semis de colza ; ce qui a nécessité une correction durant l’automne.

Après la sécheresse, les pluies abondantes

L’automne a connu le retour de fréquentes et importantes pluies arrivées trop tardivement pour envisager un semis de colza d’hiver. Les plantes semées à bonne date mais levées tardivement n’ont pas rattrapé leur retard de développement avant l’hiver.

Effets du gel tardif et de la neige sur la culture de colza d'hiver.
Effets du gel tardif et de la neige sur la culture de colza d'hiver. - Cepicop

L’hiver a été très pluvieux et sombre. Le colza supporte mal les sols asphyxiés en cette saison. La neige a fait son retour durant cet hiver, nettement moins doux que le précédent. Les températures ont connu des extrêmes importants en février, avec des températures très négatives, sous les -10ºC au 10 février, suivies par des températures printanières une dizaine de jours après la vague de froid, laissant espérer un printemps précoce et chaud. Il n’en a rien été puisqu’il a été froid.

Arrivée très précoce des insectes

Les vols des premiers charançons de la tige et des premiers méligèthes ont été observés fin février et début mars, lors du réchauffement rapide des températures, avant une accalmie pendant presque un mois. Des éclatements de tige de colza ont eu lieu à cause des pontes de charançons de la tige devenus plus fréquents chez nous depuis quelques années.

À la fin du mois de mars et début avril, les températures estivales records et l’ensoleillement généreux ont favorisé une sortie massive des méligèthes observés sur les boutons floraux. Le colza était alors à un moment critique car la floraison était encore loin de démarrer suite aux températures fraîches du mois de mars. Ceci a nécessité un à deux traitements insecticides pour les maîtriser. Face à cette situation, l’ajout de plantes à floraison précoce n’a pas suffi cette année à apporter une solution à la présence massive des méligèthes.

Printemps froid et floraison au ralenti

Malgré un ensoleillement important, les températures trop fraîches pour la saison avec du gel nocturne fréquent (causant d’importants dégâts dans les vignes et les vergers) et le vent du nord-nord-est (vortex polaire) ont ralenti le développement de la culture du colza d’hiver qui n’est arrivé que tardivement en floraison vers la mi-avril. De plus, celle-ci a été particulièrement longue, jusque fin mai et même début juin.

Les températures ont été trop fraîches pendant une grande partie de la floraison, laissant les abeilles à l’intérieur des ruches malgré le bon ensoleillement. Ce n’est que vers le 10 mai et en fin de floraison, à la fin du mois, que les températures sont devenues propices à l’activité de pollinisation des abeilles.

Mi-mai, le retour de la pluie tant attendue a boosté le colza toujours en floraison.

En juin, le ressalissement des terres par les coquelicots, les gaillets et les laiterons était bien visible, en conséquence d’une moins bonne maîtrise des mauvaises herbes à l’automne.

Averses orageuses, verse et… récolte perturbée

Les pluies généralement favorables au bon remplissage des siliques après la floraison ont été très nombreuses et surtout très abondantes en juin et en juillet. Ces averses intenses et incessantes, souvent sous forme d’orages, accompagnées de vent violent et localement de grêle ont entraîné la verse en cultures de colza et de céréales, et quelques dégâts d’égrenage. Ces conditions exceptionnelles ont fortement perturbé la récolte qui a démarré en juillet, après l’escourgeon, et s’est terminée avant la mi-août.

La maturité du colza d’hiver varie selon les variétés. Cette année, les variétés les plus précoces présentaient une couleur très noire, à cause des champignons saprophytes se développant à la faveur des conditions très humides. Une des conséquences de ces conditions extrêmes est la germination des graines constatée dans plusieurs parcelles, avant la récolte.

De grandes différences de tenue de tige ont été observées en fonction de la maturité/surmaturité du colza, de la présence de galeries d’insectes fragilisant les tiges en fin de cycle et, surtout, en lien avec les conditions climatiques exceptionnellement humides et venteuses.

Eclatement de tige du colza et présence de larves creusant des galeries encore visibles à la récolte.
Eclatement de tige du colza et présence de larves creusant des galeries encore visibles à la récolte. - Cepicop

Les rendements ont également traduit les difficultés rencontrées au champ et peuvent être qualifiés de moyens en 2021. Avec une large fourchette, la moyenne se situera entre 3,5 et 4 t/ha, avec des rendements faibles inférieurs à 3 t et les meilleurs rendements dépassant 4.500 kg/ha. Les premiers résultats de qualité indiquent également une teneur en huile moyenne.

Cette campagne culturale aura connu d’importants contrastes : d’une implantation du colza difficile dans des sols très secs à la fin de l’été 2020, jusqu’à une récolte dans des sols gorgés en eau en juillet et août 2021, rendant l’accès difficile au champ pour le matériel agricole.

Envolée rapide des prix

Au cours de cette année culturale, on observe un élément important au niveau de l’évolution à la hausse des prix du colza, liée notamment à une plus faible production en Europe suite aux problèmes d’implantation (sécheresse en 2020) qui ont entraîné une réduction drastique des surfaces dans des pays tels que la France et l’Allemagne, deux grands pays producteurs de colza. La demande en huiles et en protéines est actuellement très forte par rapport à l’offre, ce qui amène des tensions sur les prix des graines, des huiles et des tourteaux. La pandémie de Covid-19 a entraîné une plus faible production d’huile de palme et une hausse des importations chinoises de matières premières.

En un an, le prix du colza sur le marché à terme Euronext a grimpé de 150 à 200 €/t ; il a largement dépassé les 500 €/t, pulvérisant les records historiques rencontrés il y a 10 ans. Ce niveau de prix attractifs va stimuler la culture de colza en Europe. Les prochains semis pourront bien augmenter pour répondre à la demande.

Choisir des profils différents

La sélection génétique est dynamique en colza d’hiver. Chaque année, une cinquantaine de variétés sont testées dans les essais à Gembloux et dans le Condroz ; de nombreuses nouvelles variétés font leur apparition ( tableaux 1 et 2 ). Cette année, très marquée par les extrêmes climatiques, aura plutôt avantagé les variétés tardives à la floraison et à maturité, avec toutefois quelques variétés précoces qui se démarquent. Lorsque les tiges étaient complètement brunes à la récolte, les rendements étaient les plus faibles.

C’est pourquoi, il est important, d’une part, de tester les variétés plusieurs années de suite ( tableau 3 ) pour acquérir des références plus solides et, d’autre part, de choisir des variétés avec des profils différents pour s’adapter au climat.

Christine Cartrysse

Cepicop