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De la planification à la sélection, la saison de reproduction des ovins débute déjà

Comme l’activité sexuelle des brebis dépend, pour la plupart de nos races, de la longueur du jour, la journée la plus longue qu’est le 21 juin marque le début d’une nouvelle saison de production. Désormais, il convient de prêter attention à la santé des agneaux en croissance et, parallèlement, de planifier la période de reproduction à venir.

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Contrairement aux trois à quatre années sèches précédentes, l’herbe ne manque pas en cette saison, bien au contraire. La plupart des exploitations auront réussi, entre les averses, à récolter suffisamment de fourrage pour l’hiver prochain. Cependant, il n’a pas toujours été facile de faucher à temps suffisamment d’herbe de qualité, ni d’obtenir un bon foin.

Les prairies qui n’ont pas été récoltées cet été, sur lesquelles l’herbe a poussé à outrance, devront rapidement être fauchées. Ainsi, une dernière coupe automnale et de qualité pourra être réalisée au moment opportun. Concernant la fertilisation, les épandages (fumier, lisier, fientes de volailles, azote minéral…) devront être effectués dans le respect du plan de gestion durable de l’azote.

Haemonchus contortus, difficilement détectable !

Outre la stratégie générale visant à prévenir ou réduire les dommages causés par les vers, il convient de s’attarder plus particulièrement sur Haemonchus contortus et Fasciola hepatica, également connu sous le nom de douve du foie, en cette période de l’année.

Les larves Haemonchus contortus n’hibernent pas, ou peu, dans les pâturages. Cependant, comme les agneaux ont commencé à excréter de plus en plus d’œufs ces derniers mois, une forte infestation peut se produire dès maintenant, ainsi qu’en automne. Alors que la majorité des autres espèces de vers causent des diarrhées chez les animaux, ce qui peut alerter rapidement l’éleveur quant à leur présence, Haemonchus contortus n’en provoque pas. A contrario, les animaux s’anémient très rapidement car les vers, installés dans la caillette, se nourrissent massivement de sang. Les muqueuses des yeux et de la bouche deviennent également pâles.

En cette période de l’année, l’état de santé du troupeau doit être surveillé, notamment  la présence d’éventuels parasites comme  Haemonchus contortus  et  Fasciola hepatica .
En cette période de l’année, l’état de santé du troupeau doit être surveillé, notamment la présence d’éventuels parasites comme Haemonchus contortus et Fasciola hepatica . - J.V.

Si l’infection persiste, l’état des animaux peut rapidement se détériorer. Leur croissance est ralentie et, dans certains cas, un gonflement de la mâchoire inférieure peut être observé. Les infections les plus graves mènent à la mort des animaux.

Pour évaluer la situation et, si nécessaire, l’état de détérioration d’un animal, la couleur de la muqueuse oculaire peut être comparée au « nuancier Famacha » qui renseigne quant aux différents degrés d’anémie. Une recherche rapide sur internet permet de le trouver facilement. Étant donné que des résistances à certains groupes de vermifuges sont régulièrement signalées, il est conseillé, en cas de problèmes, de vérifier avec son vétérinaire quelles substances peuvent être utilisées et alternées au mieux.

La douve du foie, un problème pour les agneaux et les adultes

Comme nous avons connu de nombreuses et longues périodes de pluie et d’humidité ces derniers temps, la probabilité que des problèmes liés à la douve du foie réapparaissent cette année est très élevée. La présence de ce pathogène constitue un problème pour les agneaux, mais également pour les adultes.

La douve du foie présente un cycle de développement particulier. En effet, elle se développe en plusieurs stades nécessitant un hôte intermédiaire, à savoir un mollusque d’eau douce, et un hôte définitif, habituellement un ruminant. Compte tenu du climat de ces dernières semaines, il est fort probable que ledit hôte intermédiaire soit présent en nombre.

Le cycle entier du parasite, de l’œuf à l’adulte, dure 6 mois. Il s’écoule donc un temps important entre l’excrétion des œufs et la recirculation du parasite au sein du troupeau. Il est donc important d’être vigilant en automne et en hiver, surtout lorsque les animaux ont passé l’été sur des parcelles humides, voire inondées.

Quels parents pour la saison à venir ?

Le mois d’août est le moment idéal pour décider quels sont les animaux – béliers et brebis – qui débuteront la prochaine saison de reproduction. À ce titre, chaque élevage a sa propre vision et/ou son propre choix racial, dépendant de critères environnementaux, commerciaux (vente directe à la ferme, par exemple), génétiques (participation aux concours ovins, notamment)… Certaines préfèrent élever de beaux animaux, d’autres optent pour un troupeau plus productif.

Ces éléments permettent de déterminer le type de parents que l’on souhaite conserver pour la saison à venir. La première question est de savoir avec quels animaux âgés poursuivre l’élevage. Ensuite, il convient de réfléchir aux agnelles qui seront conservées ou acquises et, plus important encore, quels béliers endosseront le rôle de reproducteur.

Quant aux individus plus âgés, il est bon d’être assez strict dans leur sélection. Ainsi, les animaux en mauvais état permanent, ayant des problèmes de santé, présentant de mauvaises mamelles ou encore des défauts aux pattes seront écartés. Faire preuve de compassion ne fait que retarder leur départ, et conduit souvent à de décevants agnellages.

Notons néanmoins que les brebis âgées qui sont encore en bonne santé peuvent rester productives jusqu’à un âge très avancé (8 à 10 ans). En ce qui concerne les béliers, la situation est différente. Conserver un mâle plus de trois ans peut conduire à l’apparition de problèmes de consanguinité au sein du troupeau.

Une brebis fertile et un bélier bien conformé

Les éleveurs qui se dédient professionnellement à la production d’agneaux viandeux ont tout intérêt, pour des raisons de rentabilité, à travailler avec des mères fertiles et à les accoupler avec un bélier d’excellente conformation (classe Seurop U, voire mieux, E).

La conformation et la fertilité étant plutôt corrélées négativement, les brebis doivent davantage être sélectionnées sur base de leur fertilité. Comme la masse musculaire (= conformation) présente un niveau d’héritabilité élevé (de l’ordre de 0,4 – 0,6), un grand pas en avant peut-être fait en matière de conformation en choisissant le bon bélier. Comme le dit le proverbe : « Le bélier fait la moitié du troupeau ». En termes de production d’agneaux viandeux, c’est effectivement le cas.

Garder un bélier plus de trois ans peut entraîner des problèmes de consanguinité. Il convient donc d’apporter une attention particulière au renouvellement des reproducteurs.
Garder un bélier plus de trois ans peut entraîner des problèmes de consanguinité. Il convient donc d’apporter une attention particulière au renouvellement des reproducteurs. - AC

Au sein d’une race, sélectionner sur base de la fertilité est un processus lent. L’héritabilité de ce caractère n’est que de l’ordre de 0,10 – 0,15. En conservant systématiquement des agnelles issues de mères fertiles (donnant naissance à des jumeaux, triplés ou quadruplés), on s’oriente déjà dans la bonne direction. Une alternative consiste à sélectionner des mères issues de races fertiles, mais celles-ci sont généralement moins conformables. Un compromis serait de travailler avec des mères qui sont elles-mêmes issues d’un croisement entre une race fertile et une race plus conformable, comme le Swifter (Laitier flamand x Texel).

Il convient, en outre, de savoir s’il est pertinent d’accoupler les agnelles dès leur année de naissance. Certains éleveurs préfèrent ne pas le faire, pour laisser le temps aux brebis de croître. Mais du point de vue de la rentabilité, il est clair que les jeunes brebis doivent se reproduire l’année de leur naissance. Il est néanmoins important qu’elles ne soient pas accouplées avant d’avoir atteint 60 % de leur poids adulte, ce qui, pour les races courantes, signifie qu’elles doivent peser environ 45 kg avant d’être présentées au bélier.

Le gène « Booroola » ou gène d’hyperprolificité

La sélection d’animaux de haut niveau, notamment dans les élevages bovins et porcins, est actuellement basée sur l’analyse du génome et sur des accouplements et croisements ciblés. Cela permet de progresser plus rapidement mais n’est cependant pas encore possible pour les exploitations ovines moyennes.

Mentionnons néanmoins un cas intéressant pour l’élevage ovin. La corrélation négative entre la fertilité et la conformation connaît une exception, à savoir la présence dans le génome du gène « Booroola », ou gène d’hyperprolificité, chez certaines espèces de bonne conformation. Celui-ci a, par exemple, été introduit chez le mouton Texel après croisement avec un Mérinos porteur de ce gène. Résultat : la fertilité des brebis Texel porteuses du gène « Booroola » augmente de manière significative, surtout chez celles qui sont homozygotes pour ledit caractère.

Les triplés et quadruplés sont nettement plus fréquents lors des agnelages. Dans un premier temps, la conformation recule quelque peu suite au croisement mais retrouve progressivement son niveau. Il n’est toutefois pas aisé d’acquérir des brebis portant le gène Booroola, et encore moins des béliers. D’une part, ils sont peu nombreux ; d’autre part, ils sont assez chers.

La saison des amours arrive

Pour terminer, rappelons que la taille moyenne des portées est faible et que la période de naissance est très étalée si le bélier vit toujours dans le troupeau. Les meilleurs résultats peuvent être obtenus si le mâle reproducteur n’entre pas en contact avec les brebis avant la première quinzaine d’octobre (pour les femelles portant l’inscription Texel). Soyez donc patient ! Et n’oubliez pas le bloc de couleur afin de savoir quand chaque brebis a été saillie ; cela peut éviter de mauvaises surprises durant la période d’agnelage.

D’après André Calus

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