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«La robotique agricole, ce n’est plus un film… C’est une réalité!»

Si la robotique agricole s’est en premier lieu fait connaître dans les élevages laitiers, ce sont désormais les modèles destinés aux maraîchers et cultivateurs qui attirent les regards. Autonomes, précis, multitâches… ils peuvent soulager les agriculteurs au quotidien et leur permettre de se consacrer à d’autres tâches. « Dans un paysage agricole changeant, les robots sont des outils que nous retrouverons bientôt dans de nombreuses fermes », estiment d’ailleurs Gérald et Laurent Tonglet, d’Agronova.

Temps de lecture : 9 min

C’est à Havelange qu’Agronova, une jeune société spécialisée notamment dans la robotique agricole, a établi ses quartiers. À sa tête, Gérald et Laurent Tonglet, deux cousins, fils d’agriculteurs, souhaitant garder un pied dans le milieu dans lequel ils ont grandi.

« Notre histoire a démarré en 2014. Nous voulions lancer un projet commun, en lien direct avec le monde agricole. Laurent avait découvert le constructeur allemand d’outils de travail du sol Güttler par le biais de son ancien employeur. À l’issue d’un voyage en Europe, il lui a été proposé de développer la marque en Belgique, en France et au Luxembourg. Agronova venait de voir le jour », se souvient Gérald Tonglet.

La jeune société s’est ensuite développée. « Nous apprécions le caractère innovant, original et familial de Güttler. Au moment d’étendre nos activités, nous avons recherché un partenaire ayant les mêmes qualités avec, si possible, un brin de technologies en plus. Nous nous sommes tournés vers Naïo Technologie, une start-up française active dans la robotique agricole. Nous leur avons proposé notre temps et, de fil en aiguille, sommes devenus leur partenaire commercial pour la Belgique et le Luxembourg en 2016. »

Oz et Dino vous accompagnent

Agronova commercialise les robots Oz, conseillé pour les exploitations de moins de 10 ha, et Dino, pour les fermes d’une taille supérieure.

Le premier est de petit gabarit et ne travaille que dans un rang à la fois. L’autonomie de sa batterie peut atteindre 8 heures selon le travail effectué. Il est principalement dédié au désherbage, grâce aux différents outils qui peuvent l’équiper (herse, bineuse, rasette…) mais peut aussi transporter des charges ou tracter une remorque pour faciliter le travail de récolte. Un siège peut lui être attelé, pour les opérations de repiquage par exemple.

Dino, lui, est un robot enjambeur destiné au désherbage des cultures légumières. Il affiche une autonomie allant jusqu’à 10 heures. Sa largeur de travail est réglable, de manière à l’adapter à la situation rencontrée (type de culture, inter-rang…). Plusieurs outils de désherbage mécanique sont disponibles : socs de binage, bineuses étoiles…

Les fonctions d’Oz ne se limitent pas au désherbage. Il transporte des charges, tracte une remorque, et un siège peut lui être attelé, pour simplifier les plantations et récoltes.
Les fonctions d’Oz ne se limitent pas au désherbage. Il transporte des charges, tracte une remorque, et un siège peut lui être attelé, pour simplifier les plantations et récoltes. - J.V.

Tous deux sont guidés par GPS. « Cela simplifie l’utilisation quotidienne, par rapport à un système de guidage par caméra ou laser. La carte de la parcelle est générée par l’agriculteur lors du semis ou du repiquage et peut être envoyée à Naïo en vue d’y apporter d’éventuelles corrections. Elle est ensuite introduite dans le logiciel, de même que sont effectués les différents réglages nécessaires (vitesse d’avancement, proximité de passage, stade de la culture à désherber…). Le robot est alors prêt à assurer les tâches qui lui incombent, avec précision et minutie. » Des caméras peuvent compléter le système en vue d’accroître la qualité du travail.

Outre Oz et Dino, la société française commercialise le robot enjambeur viticole Ted et développe un nouveau modèle, basé sur le Dino et financièrement plus accessible, en vue de cibler les grandes cultures.

Conseiller, accompagner et rassurer

« Actuellement, cinq à six Oz sont utilisés en Belgique, de même que deux Dino », détaille Gérald. « Notre pays est, certes, un petit marché mais il présente un potentiel important. Les cultures à haute valeur ajoutée, où rentabiliser au mieux ce type d’investissement, sont nombreuses : maraîchage, pépinière, sylviculture… »

Cela se traduit d’ailleurs dans les contacts qu’ont les cousins Tonglet avec leurs potentiels clients. « Il y a cinq ans encore, rares étaient les agriculteurs à se soucier de la robotique. Aujourd’hui, ils s’y intéressent de plus en plus et nous questionnent fréquemment sur le sujet. Il ne manque plus que la concrétisation de l’acte d’achat », témoignent-ils. En effet, passer de la conduite d’un tracteur à la gestion d’un robot autonome, ou presque, inquiète encore.

« Il convient de surveiller le robot afin de garder la main sur son travail, d’adapter ses réglages et d’intervenir en cas de problème. »

En la matière, le Centre wallon de recherches agronomiques joue heureusement le rôle de facilitateur. Plusieurs robots, toutes marques confondues, y sont testés jusqu’en 2023 en vue d’évaluer leurs performances mais aussi de conseiller les potentiels acheteurs et d’accompagner les utilisateurs. « Ce type de démarche sert la robotique. Elle la fait connaître et lève les craintes observées sur le terrain. C’est un réel plus qu’un centre indépendant puisse guider les agriculteurs. »

Agronova accompagne également les acquéreurs dans la prise en main de leur nouveau matériel. Et souhaite rassurer les potentiels futurs utilisateurs : « Il est possible de maîtriser un robot en 1 à 2 mois. De plus, l’interface de contrôle des deux modèles est similaire, ce qui facilite le passage de l’un à l’autre. »

Le prix : un premier frein levé

« À l’heure actuelle, les robots agricoles sont des produits finis et aboutis, fréquemment mis à jour. Leur prix n’est plus un frein à l’achat », poursuit Gérald.

L’acquisition d’un tel engin s’envisage désormais comme un investissement permettant de réduire d’autres coûts. Celui de la main-d’œuvre notamment. « Le désherbage est une opération chronophage et répétitive, qui requiert du personnel. De nombreux maraîchers ou agriculteurs peinent à trouver les bras dont ils ont besoin. Les robots apportent une solution à ce problème, tout en leur permettant de faire évoluer leur activité. ».

En effet, en automatisant cette tâche, l’exploitant peut se consacrer à la pleine gestion de ses cultures et parcelles. Il peut également développer une activité nouvelle. On pense ici, pour les maraîchers principalement, à la vente directe, génératrice immédiate de plus-value. « Il convient néanmoins de toujours surveiller le robot afin de garder la main sur son travail, d’adapter le cas échéant ses réglages et d’intervenir en cas de problème. »

La gestion de l’enherbement est une tâche chronophage et répétitive.  C’est pourquoi la plupart des constructeurs, dont Naïo Technologies avec  ses modèles Oz et Dino (ici en photo), l’ont ciblée en premier lieu.
La gestion de l’enherbement est une tâche chronophage et répétitive. C’est pourquoi la plupart des constructeurs, dont Naïo Technologies avec ses modèles Oz et Dino (ici en photo), l’ont ciblée en premier lieu. - J.V.

Ces nouveaux engins remplacent aussi d’autres matériels. Ainsi, ils peuvent se substituer aux bineuses, des outils dont on sait que les prix d’achat sont directement proportionnels au niveau d’équipement désiré. Ce remplacement est d’autant plus envisageable que le panel d’accessoires disponibles pour les robots est étendu. « Que ce soit des outils du commerce ou « maison », tout est envisageable. L’imagination des utilisateurs constitue leur seule limite. »

De nouvelles applications ?

Les robots actuels sont fiables et se montrent efficaces en matière de désherbage. Ne serait-il dès lors pas temps d’envisager de nouvelles applications ?

Gérald détaille : « La plupart des sociétés se sont orientées vers la gestion de l’enherbement pour les raisons évoquées précédemment. Du côté de Naïo, les réflexions portent maintenant sur le semis. Un robot équipé d’un semoir pourrait générer la carte GPS de la parcelle et la réutiliser tout au long de la saison pour son entretien ». Avec un intérêt réel ? La réponse est plus nuancée : « Le semis est déjà très bien maîtrisé. Il faudrait donc analyser en profondeur si le robotiser conduit à une plus-value suffisante ».

Apporter une fertilisation localisée peut également être envisagé. Dans ce cas, il convient d’optimiser la gestion du poids de l’engin, celui-ci ayant une influence directe sur son autonomie électrique.

Dans une vision plus globale, les robots pourraient analyser la culture à chacun de leur passage. « Comme le ferait un drone, mais de manière beaucoup plus simple et accessible. » L’ensemble des données récoltées permettrait un suivi en temps réel de la culture : évolution de la croissance, présence d’éventuels pathogènes… « Il serait ainsi possible d’intervenir au bon moment et avec la bonne solution en vue de protéger la culture des attaques extérieures. »

Enfin, les robots pourraient travailler 24h/24. Une vision qui convainc peu l’équipe d’Agronova. « Un fonctionnement quotidien de huit à dix heures me semble largement suffisant. Nous estimons que l’utilisateur doit toujours être en mesure de gérer son matériel. Comment le ferait-il durant la nuit ? »

Un marché à haut potentiel

Quant au marché, Gérald et Laurent le voient en constante croissance pour les dix prochaines années. « Les recommandations du Giec ainsi que les modifications apportées à la politique agricole commune auront une grande influence sur l’agriculture européenne : réduction de l’usage des intrants, expansion du bio… La robotique peut apporter une solution aux problèmes que rencontreront les agriculteurs. D’autant que les prix des engins diminuent sans qu’il n’en soit de même de leurs performances », détaille Gérald.

« Ne me faites toutefois pas dire ce que je n’ai pas dit ! Si les robots feront partie intégrante de l’agriculture de demain, ils ne domineront pas les campagnes wallonnes. Nous ne verrons pas des fermes s’équiper de dix engins… Mais ils permettront de soulager les agriculteurs qui le souhaitent sur certaines tâches énergivores et s’inscriront dans un changement beaucoup plus large dans le mode de gestion de nos exploitations agricoles. »

« Les robots soulagent les agriculteurs sur certaines tâches énergivores et chronophages. »

De son côté, Agronova compte s’étendre davantage et mise sur une nouvelle activité. « Dans le courant de l’année, nous allons proposer un service de désherbage robotisé, comme pourrait le faire un entrepreneur de travaux agricoles. C’est encore inédit dans nos régions. Cela fera mieux connaître la robotique auprès de potentiels utilisateurs. » La société ne souhaite toutefois pas en faire son business principal mais imagine que, demain, une entreprise pourrait se spécialiser et proposer ce type de prestation à ses clients.

Un développement accru au nord du pays est également à l’ordre du jour. « Les cultures légumières y sont légion. C’est en quelque sorte une terre d’accueil pour nos robots. »

Avec quelle concurrence ?

Un nombre croissant d’acteurs majeurs du machinisme agricole s’intéresse à la robotique et aux tracteurs autonomes. Citons notamment le groupe CNH (avec ses tracteurs autonomes New Holland et Case IH), Fendt (avec le robot de semis Xaver) et, plus récemment, John Deere (avec un tracteur autonome, lui aussi). Une concurrence qui n’effraye pas Agronova. « Et qui n’en est pas vraiment une », ajoute Gérald.

« Se baser sur un tracteur pour commercialiser un robot ou un engin autonome, ce n’est pas le même métier que développer un robot de A à Z en s’appuyant sur les besoins du terrain. Je pense que sont plutôt les petits acteurs spécialisés dans la robotique qui viennent grignoter des parts de marché aux géants. De plus, je ne suis pas certain que l’avenir soit aux grandes largeurs et fortes puissances… Oz et Dino sont nettement plus légers qu’un tracteur et limitent la compaction des sols. Ce sont des engins à tailles humaines. »

Et de conclure : « La réalité se situera probablement entre nos modèles et ceux des tractoristes. Il est difficile de prévoir la forme que revêtira la robotique dans dix ans… Mais c’est certain qu’elle fera partie du paysage agricole ! ».

Jérémy Vandegoor

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